Moments inoubliables

Difficile de répondre à la question que tout le monde se pose : qu’ai-je préféré? Souvent, Elise et moi nous sommes faits la réflexion que nous ne changerions pas grand chose au voyage que nous avons fait. Nous avons trouvé l’équilibre qui nous convenait entre itinérance et étapes reposantes, entre paysages naturels et villes, entre lieux incontournables et détours personnels. La plupart du temps, nous avons su éviter la foule des touristes qui flétrit le plaisir de la découverte. Mais pas toujours. Parfois, nous n’avons pas fait le petit effort qu’il convenait pour échapper à la masse qui se presse sur un site renommé. En écrivant cela, je repense par exemple aux pyramides mayas de Chichén Itzá, dans le Yucatán. Objectivement, le site est une splendeur. Mais, le jour où nous l’avons visité, le soleil qui dardait des rayons brûlants, la foule des touristes déversés par les cars et l’attitude oppressante des vendeurs de souvenirs ont gâché le plaisir de la visite. Si nous avions eu le courage de venir tôt le matin, nous aurions échappé à ces trois fléaux conjugués. Je dis courage, mais, en fait, dans le cas d’espèce il s’est agi simplement d’un manque de préparation. Je ne m’attendais pas à de telles conditions. A l’inverse les sites d’Uxmal ou d’Edznà étaient quasiment déserts quand nous les avons visités ce qui leur conférait une beauté sauvage et mystérieuse.

La beauté d’un site ne suffit donc pas toujours à rendre le moment inoubliable. Les conditions de la visite, aussi bien que l’état physique et mental dans lesquels on se trouve sont déterminants. Et parfois c’est une alchimie impossible à prédire qui rend l’instant magique. Par exemple, lorsque nous sommes montés au Machu Picchu, nous venions de vivre deux jours de ciel couvert et de pluie continue, la météo annonçait un temps pluvieux, le matin était blême et la vallée embrumée, nous avions nos pulls et nos capes de pluie et nous étions résolus à découvrir les ruines incas sous des conditions hostiles. Quel n’a pas été notre émerveillement, lorsqu’arrivés au sommet, nous avons observé les nuages qui s’écartaient pour laisser paraître le bleu du ciel et la douce lumière d’un soleil matinal! Cette sensation était si intense, qu’en écrivant ces lignes je la ressens encore et j’éprouve de nouveau ce mélange d’émotion et de plénitude.

En repensant à notre voyage, je me suis dit que j’allais faire la liste des lieux où j’avais ressenti une émotion aussi forte ou presqu’aussi forte. Voici cette liste, dans l’ordre chronologique du voyage, avec pour chaque lieu une photo. Elle est évidemment toute personnelle. Il s’agit bien d’instants illustrés par des photos et non d’une sélection de photos.

 

Anse Saint-Jean, Québec, Canada

 

Mount Rushmore, Dakota du Sud, Etats-Unis

 

Monument Valley, Utah/Arizona, Etats-Unis

 

Grand Canyon, Arizona, Etats-Unis

 

Bryce Canyon, Utah, Etats-Unis

Death Valley, Californie, Etats-Unis

 

Los Angeles, Etats-Unis

 

Edznà, Campeche, Mexique

Palenque, Chiapas, Mexique

 

Machu Picchu, Pérou

 

Rio de Janeiro, Brésil

Chutes d’Iguazu, Argentine/Brésil

 

Perito Moreno, Patagonie, Argentine

 

Torres del Paine, Patagonie, Chili

 

Ahu Tongariki, Ile de Pâques

 

Rano Rakano, Ile de Pâques

Bora Bora, Polynésie Française

 

Uluru, Australie

 

Batu Caves, Kuala Lumpur, Malaisie

 

James Bond Island, Thaïlande

 

Bouddha couché, Wat Pho, Bangkok, Thaïlande

 

Temples de Chiang Mai, Thaïlande

 

Angkor Vat, Cambodge

 

Temples taoïstes de Saigon, Vietnam

 

Hoi An, Vietnam

 

Rizières entourées de pics karstiques, Tam Coc, Vietnam

 

Baie de Bai Tu Long, Vietnam

 

Place de la Liberté, Taipei, Taïwan

 

Gorges de Taroko, Taïwan

 

Forêt d’Alishan, Taïwan

 

Osaka-jo, Japon

 

Parc de Nara, Japon

 

Temples de Kyoto, Japon

 

Une année sur la route

Que retiendrai-je de cette année de voyage en famille? Qu’est-ce que le temps, qui efface progressivement les souvenirs, me laissera comme images inoubliables? Quelles impressions survivront dans ma mémoire? J’ai le sentiment qu’il est difficile de répondre à ces questions. Les photos seront là comme des petits cailloux jalonnant le chemin du temps écoulé. Mais les émotions seront-elles aussi fortes ou se dissiperont-elles inexorablement? Est-ce que cette année m’a changé, nous a changés?

Nous avons vécu une année exceptionnelle. Aucun problème sérieux n’est venu obscurcir notre route. Ni maladie, ni perte d’objets, ni violences… Dans l’ensemble, nous avons rencontré des gens accueillants. Les endroits où l’accueil a été plus froid ont été rares. Nous avons vu des lieux extraordinaires et je me souviens de grands moments d’émotions. Je crois l’avoir déjà écrit ; j’ai également beaucoup aimé le temps passé en famille. Je me souviendrai assurément des moments consacrés aux cours. Les filles m’ont surpris par leur calme, leur capacité d’adaptation et leur aptitude à relativiser les petits désagréments du voyage.

Vivre une année sur la route avec un gros sac à roulette et un petit sac à dos comme seuls bagages nous fait prendre conscience que nous encombrons nos vies de nombreux objets superflus. Cette expérience, si elle comporte sa part de contraintes, fait naître un profond sentiment de légèreté. Les préoccupations du voyage se résument essentiellement à trois questions : comment se déplacer? Où dormir? Comment se nourrir? Si on est en capacité de répondre à ces trois questions alors tout va bien! Et par la force des choses, on apprend vite à relativiser les imprévus. Dans un voyage comme celui-ci, il n’est en effet pas possible de tout maîtriser. Et donc, on apprend à s’adapter tout en devenant plus insouciant.

Si le budget a été bien calculé, on comprend vite qu’il est aisé de trouver des réponses aux trois questions essentielles évoquées ci-dessus, avec les outils de communication disponibles de nos jours. Faire un tour du Monde n’est pas une aventure comme cela pouvait l’être il y a 30 ans. Au cours de cette année, j’ai pris un peu plus conscience de la réalité du concept de village global. Même si on observe des différences de culture, de traditions d’un pays à l’autre, il existe bel et bien un socle commun, que l’on nommera modernité ou mondialisation ou numérisation, qui permet de ne jamais être complètement perdu. Cela facilite la vie du voyageur. Mais peut-être est-ce dommage car il perd un peu du sel du voyage?

C’est un lieu commun : l’argent fait tourner le Monde. Au cours de cette année, nous avons mesuré les différences de richesse qui existent d’un pays à l’autre ou à l’intérieur d’un même pays. Je n’oublierai pas la pauvreté extrême ou les misères rencontrées dans les Andes, dans les rues de San Francisco, au Cambodge, ou dans le coeur rouge de l’Australie.

Durant ce voyage, je ne voulais pas me contenter d’une position seulement contemplative. Je tenais à être acteur de ce moment pour partager, pour en conserver des traces, pour en faire un temps de réflexion. J’ai pu me livrer à la photographie comme jamais auparavant. Le blog a été ma discipline, mon rendez-vous quasi quotidien avec l’écriture. Bien sûr, il a nécessité un effort constant mais la satisfaction recueillie en a été que plus grande. J’en profite d’ailleurs pour remercier les lecteurs actifs ou silencieux qui ont suivi ce récit.

L’organisation du voyage au fil de l’eau, les visites, la photographie, le temps consacré au blog, les cours faits avec les filles, ont empli une bonne partie de mes journées. Mais il me restait encore du temps pour lire et réfléchir. J’ai beaucoup lu. J’ai réfléchi. Je peux le dire maintenant ; j’ai changé. Etrangement, alors que nous faisions un voyage avec de nombreux vols en avion, j’ai senti naître progressivement en moi une nouvelle conscience écologique. Cela peut paraître facile à dire maintenant. Mais si j’avais eu cette conscience écologique avant de partir, je n’aurais pas fait le voyage que nous avons fait. Entendez-moi, je ne veux pas dire que je n’aurai pas fait un tour du Monde. Je veux dire que je l’aurai fait différemment. Il n’est plus le moment d’y réfléchir et je ne me suis pas penché suffisamment sur la question. Mais probablement, aurai-je imaginé un tour du Monde avec le minimum de vols en avion, voire sans aucun vol. La traversée de l’Atlantique peut, par exemple, se faire en bateau. Bien sûr, cela aurait signifié visiter moins de pays, voyager plus lentement. Comme je l’écris, il n’est plus temps d’y penser maintenant. Ce qui est fait est fait.

Alors à la question « Est-ce que ce tour du Monde m’a changé? », je pense pouvoir répondre que oui. Plus qu’auparavant, je prends une certaine distance par rapport aux événements. J’espère être davantage en mesure d’apprécier la réelle valeur des choses. Et puis surtout, cette conscience écologique qui m’accompagne désormais a profondément changé mon regard sur le Monde.

 

Ré-installation

Deux mois ont passé déjà depuis notre retour en France. Nous avons retrouvé la famille et revu un certain nombre d’amis. Souvent on nous demande comment se passe le retour. Est-il difficile de se ré-acclimater? Etonnamment, tout s’est passé très vite. Je me rappelle encore de l’accueil que nous a réservé notre proche famille à l’arrivée à Roissy et de la route depuis l’aéroport. J’avais le sentiment d’être parti si peu de temps. Ce qui m’a frappé, c’est que tout semblait inchangé. Je connaissais la route par coeur. Tout se trouvait à la même place. Cette impression de retrouver un lieu connu m’a semblé étrange, un peu comme si je sortais d’un rêve. Au fond de moi, j’ai également ressenti un grand apaisement, heureux d’avoir accompli un si beau voyage sans anicroche, des souvenirs plein la tête, heureux de retrouver des êtres chers.

Dans les jours qui ont suivi, je me rappelle avoir noté le confort d’échanger en tout lieu avec ma langue natale.

Nous avons dormi chez mes parents quelques jours dans l’attente de récupérer notre maison, mise en location en meublé jusqu’à fin juin. Sur le plan culinaire, mon plus grand plaisir a été de retrouver la saveur des fromages français.

Les premiers jours ont été occupés à acheter une petite voiture d’occasion, à faire l’état des lieux de la maison, à relancer tous les abonnements et assurances, à planifier le déménagement. Nous avons été heureux de retrouver une maison en bon été global même si quelques dommages ont justifié la retenue d’une partie de la caution. Il nous a fallu quelques jours pour ranger nos affaires personnels, sorties des cartons, et pour avoir le plaisir de retrouver notre « chez nous ». Nous avions fait un important tri dans nos affaires personnelles avant de partir. En revenant, nous avons continué de nous débarrasser de vêtements ou d’objets devenus inutiles. Nous avons beaucoup donné à Emmaüs. Mais il a fallu également que nous réinvestissions un peu dans les vêtements, notamment pour les filles qui ont beaucoup grandi en un an.

Je suis entré en contact avec la mairie pour voir comment je pouvais communiquer à propos de notre expérience. Cette proposition a semblé avoir rencontré un intérêt. Plusieurs possibilités ont été évoquées : article dans le journal de la commune, stand-up et échange avec les habitants de la commune, exposition photo. Affaire à suivre…

Le mois de juillet est passé sans que nous nous en apercevions.

Elise a repris le travail début août. Quant à moi, je suis toujours en discussion avec mon employeur qui ne sait pas comment me réintégrer. Je suis inactif pour le moment bien que rémunéré. J’ai gardé les filles tout le mois d’août. Je profite de cette dernière semaine avant l’école pour faire réviser les 4 opérations à Alice, qui rentre au CM1 lundi prochain.

Deux mois sont passés et je crois que le moment est venu pour moi de faire quelques bilans de cette très belle année. Je publierai donc quelques articles dans les prochains jours.

 

Tbilissi, une belle capitale

Si nous avons été un peu inquiets des événements qui ont précédé notre arrivée en Géorgie, nous avons vite été rassurés par le calme qui régnait dans la ville. Tbilissi accueille une population cosmopolite et est une ville ouverte sur le Monde. Notre séjour a été servi par un temps ensoleillé, parfois chaud. Nous avons pris beaucoup de plaisir a déambulé dans les rues de la ville. Notre tour du Monde s’est terminé sur une très belle note.

 

Georgian Museum of Fine Arts, Tbilissi

Pour notre dernière journée à Tbilissi, nous avons visité ce très beau musée dédié aux peintres et sculpteurs géorgiens depuis le début du XXème siècle à nos jours. Aménagé dans un bâtiment historique, l’intérieur du musée est très lumineux et met bien en valeur les oeuvres. L’escalier central, sur 4 niveaux, est entièrement en verre, ce qui donne, semble-t’il, une forte sensation de vertige aux personnes qui y sont sensibles.

La collection compte un nombre impressionnant de tableaux qui montre la recherche d’une expression picturale moderne dans l’art géorgien. S’il peut sembler souvent à la remorque de mouvements occidentaux, notamment du début du XXème siècle, j’ai été très sensible à l’esthétique très personnelle développée par certains artistes. J’ai pris en photo quelques tableaux des artistes qui m’ont le plus touché. Vous noterez peut-être ma préférence pour l’art figuratif.


Façade du musée


Drapeau géorgien dans le café du musée


Escalier de verre


Radish Tordia


Oleg Timchenko


Tato Akhalkatsishvili

Les bords du fleuve Koura

Tbilissi s’est construite autour du fleuve Koura, importante voie de communication au travers du Caucase, qui se jette dans la Caspienne au sud de Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan). La capitale de la Géorgie indépendante a su valoriser cet environnement naturel en associant harmonieusement monuments historiques, parcs et élégantes constructions modernes. Un téléphérique part du parc Rike (en photo ci-dessous), sur la rive gauche, et monte sur la colline qui surplombe la rive droite de la ville.