Nous quittons le continent américain

Le 27 décembre, nous avons quitté  le continent américain et débuté notre traversée du Pacifique où deux étapes sont prévues, l’Ile de Pâques et la Polynésie Française, avant de rejoindre l’Australie où nous passerons pratiquement un mois.

J’écris cet article depuis Bora Bora, où nous restons jusqu’au 13 janvier. Dans les prochains jours, je posterai des articles sur l’Ile de Pâques.

Avant de refermer la page de l’Amérique latine, je voulais revenir en quelques phrases sur les trois mois passés, octobre, novembre, décembre. Nous avons visité successivement la péninsule du Yucatán au Mexique, la ville de Lima et les Andes péruviennes entre le Machu Picchu, Cuzco et Puno, la ville de la Paz en Bolivie, les villes de São Paulo et Rio au Brésil, les chutes d’Iguazu à la frontière entre le Brésil et l’Argentine, la ville de Buenos Aires, la côte uruguayenne du Río de la Plata entre Colonia del Sacramento et Montevideo, le sud de la Patagonie argentine à El Calafate et jusqu’au glacier Perito Moreno, la Patagonie chilienne entre Torres del Paine, Puerto Natales et Punta Arenas, le désert d’Atacama et enfin la capitale chilienne Santiago. Cette énumération montre la densité de notre programme et la variété des paysages rencontrés. Ceci étant, nous avons eu de nombreuses étapes calmes qui nous ont permis de trouver un bon équilibre entre visites, détente et travail avec les filles. En trois mois, nous avons connu des ambiances bien différentes. Dans certains pays, certains endroits, la culture indienne est restée très présente (Yucatán, Andes, San Pedro de Atacama). Dans d’autres, au contraire, c’est la culture européenne qui s’est imposée (Lima, Buenos Aires, São Paulo, Montevideo, Santiago). Rio de Janeiro est une exception car l’influence africaine est décisive dans l’identité de la ville.

Je ne connaissais pas l’Amérique latine. Je l’ai découverte à l’occasion de ce voyage. Je retiens la richesse du patrimoine archéologique au Mexique et au Pérou, les paysages à couper le souffle dans les Andes, en Patagonie ou dans le désert d’Atacama, le charme de Buenos Aires et la beauté envoûtante de Rio. Et bien sûr, je n’oublierai pas l’accueil exceptionnel que nous a réservé la famille à São Paulo. Dans l’ensemble, nous avons d’ailleurs rencontré des gens très accueillants. Ce continent m’a fait prendre conscience du poids des cultures ibériques, des langues espagnole et portugaise dans le Monde. Les connexions qui existent entre l’Espagne et le Portugal et les pays d’Amérique du Sud, devraient conduire les pays du nord de l’Europe à considérer leurs voisins du Sud avec plus de respect qu’ils ne le font généralement. Ce lien historique et culturel entre l’Espagne, le Portugal et l’Amérique latine est une chance pour l’Europe que nous ne cultivons pas suffisamment.

Voilà, nous laissons derrière nous ce continent où tant de souvenirs se sont construits. Notre connaissance de l’espagnol et du portugais nous a sans doute bien souvent facilité les choses. Nous ne bénéficierons pas du même avantage sur le continent asiatique où nous devrions passer plus de 4 mois…

 

Départ pour São Paulo

Nous avons quitté la Paz au milieu de la nuit. Nous avions réservé une voiture avec chauffeur la veille au soir. Il était 3h30 du matin quand celui-ci est arrivé pour nous amener à l’aéroport El Alto, situé sur l’Altiplano. Autant dans la journée, La Paz était impressionnante de bruits et d’agitation, autant la nuit, le silence régnait et les rues étaient désertes. Les seuls bruits que l’on entendait étaient les chiens qui aboyaient ou hurlaient à la mort. Les rues étaient noires, vides, comme si toute trace de vie avait disparu. J’ai déjà vu des villes la nuit. Mais je n’en ai jamais vu d’aussi déserte, d’aussi lugubre. Sur la 1/2 heure de route que nous avons eue pour rejoindre l’aéroport, nous avons dû croiser tout au plus 2 ou 3 voitures. Le chauffeur ne s’arrêtait pas au feu rouge. De temps en temps, nous croisions une ombre qui ressemblait à un spectre sorti d’un cimetière. Cette traversée nocturne m’a fait une drôle d’impression. Je pense que je n’aurais pas été surpris de croiser une horde de morts vivants à la poursuite d’un malheureux chien. Cela m’a évoqué également les nouvelles de Borges où on ne sait plus où se termine le rêve et où commence la réalité. A un moment donné, deux hommes au bord de la route, dans cette ville morte, nous ont fait signe pour que la voiture s’arrête. Le chauffeur est passé sur la file de gauche et a accéléré. Je me disais que cette route de nuit présentait certains risques. Mais j’étais encore à moitié enveloppé des vapeurs du sommeil duquel le réveil m’avait extirpé brutalement et je ne parvenais pas à m’inquiéter réellement.

Nous sommes arrivés à l’aéroport à 4h du matin. Il était quasiment vide. Des avions devaient décoller avant le nôtre. Mais personne n’était présent pour l’enregistrement. Après une demi-heure d’attente, l’enregistrement a pu enfin commencer. Alice n’était pas bien, probablement indisposée par l’altitude et le réveil en pleine nuit. Elle a vomi avant d’arriver aux toilettes. 5 minutes plus tard tout allait mieux. Les bagages enregistrés et les billets en poche, nous nous sommes dirigés vers les contrôles de sécurité et nous avons pu embarquer à l’heure prévue, pour décoller à 6h.

Le vol n’était pas direct. Nous avons fait une escale d’une heure et demie à Santa Cruz de la Sierra.

Finalement, nous sommes arrivés à São Paulo avec un peu de retard. Clemencia, la cousine d’Elise, et Charles, son mari, nous attendaient à l’aéroport.

En sortant de l’aéroport, j’ai été immédiatement surpris par la différence avec la Bolivie. Les infrastructures étaient toutes très luxueuses, les habitations semblaient modernes. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est le parc automobile. La similitude avec l’Europe m’a frappé. En quelques heures de vol, nous étions passés de l’un des pays les plus pauvres à l’une des villes les plus modernes et les plus dynamiques d’Amérique du Sud.

La guerre du Pacifique

La guerre du Pacifique est un conflit qui opposa la Bolivie et le Pérou au Chili, à la fin du XIXème siècle. Lors de cette guerre, la Bolivie perdit son unique accès à la mer. Les conséquences de cette guerre ont été si négatives pour la Bolivie, qu’elle n’a eu de cesse de revendiquer, depuis, un accès au Pacifique. Très récemment, Evo Morales, le président de la Bolivie a porté devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) une revendication territoriale, fruit de cette histoire, pour tenter de désenclaver le pays. Le 1er octobre 2018, la CIJ a rejeté la demande bolivienne.

Le colonel Eduardo Abaroa, mort en martyre lors de ce conflit, dans une attitude de défit qui rappelle celle du général Cambronne à Waterloo, est un héros national en Bolivie. Le 23 mars, jour de sa mort, est un jour férié, nommé jour de la mer.

Dans le téléphérique, La Paz

Le téléphérique est un moyen de transport parfaitement adapté pour une ville comme La Paz, qui présente des différences d’altitude aussi importantes d’un quartier à l’autre. Mais le passage de 3600 m à 4000 m en quelques minutes peut être difficile à encaisser pour l’organisme qui n’y est pas préparé. Nous avons tous les 4 ressentis de réelles difficultés à respirer lorsque nous sommes arrivés à 4000 m.

La Paz

La Paz est la capitale administrative de la Bolivie : c’est le siège du gouvernement national. L’agglomération compte plus de 2 millions d’habitants. La ville est située à 3600 m d’altitude. Elle est entièrement entourée de montagnes. Le site donne l’impression d’un chaudron bouillonnant. L’altiplano, qui entoure la ville, est une région de hauts plateaux situés à 4000 m d’altitude. Par beau temps, les sommets enneigés qui culminent à plus de 6000 m forment un cadre féérique. La ville a bâti un réseau de téléphérique qui permet aux habitants de se rendre aisément d’un quartier à l’autre. La vue depuis les hauteurs de la ville et depuis le téléphérique est fascinante. Malheureusement, lorsque l’on redescend à la hauteur des trottoirs, les choses sont bien différentes. La ville est bruyante, grise, sale. Certaines constructions modernes sont de vrais attentats à l’encontre des bâtiments historiques qu’elles écrasent par leurs dimensions.

Je n’aime pas critiquer les villes. J’essaye toujours de trouver des aspects positifs. Mais je dois dire que ce que nous avons vu de La Paz ne me permet pas d’identifier de réels aspects positifs. Le site est magnifique. Mais ce que la ville est devenue est effrayant. Il faudrait une politique extrêmement volontariste pour transformer ce qui existe : interdire les véhicules qui sont de vraies épaves (et malheureusement, c’est presque la majorité du parc automobile et de bus), lancer une grande campagne de rénovation urbaine, faire la place belle aux architectes! Idéalement, interdire l’usage du klaxon en ville… mais là je vais sans doute trop loin! Malheureusement, il faudrait sûrement de l’argent qui fait défaut au pays pour entreprendre une telle rénovation.

Ceci étant, nous étions dans un quartier moins désagréable, où sont situées de nombreuses ambassades, notre appartement était très confortable et la personne qui nous le louait était extrêmement sympathique.

 

Le mal aigu des montagnes

Les péruviens et les boliviens lui donnent le nom de Soroche. Le mal aigu des montagnes est susceptible de survenir lorsque l’on rejoint des hautes altitudes en un délai court, ce qui ne laisse pas le temps au corps de s’accoutumer. Il peut survenir dès 2000 m, mais le risque augmente très fortement lorsque l’on monte au-dessus de 3000 m. Il est provoqué par la diminution de la pression artérielle et de l’oxygène disponible au niveau cellulaire, du fait de la diminution de la pression atmosphérique. Ce mal se manifeste par des maux de têtes, des difficultés à respirer, des nausées, une fatigue généralisée, des insomnies… Les symptômes sont à prendre avec le plus grand sérieux, car le mal peut dégénérer et provoquer un oedème pulmonaire ou un oedème cérébral, pouvant être fatal. Certaines personnes sont plus sujettes à ce mal que d’autres.

Nous étions directement concernés par ce risque puisque les altitudes de Cuzco, Puno et La Paz sont respectivement de 3400 m,  3800 m et 3600 m. Entre le vendredi 26 octobre et le jeudi 8 novembre, nous n’aurons eu que 2 jours pleins de répit à Aguas Calientes à 2000 m d’altitude. Je redoutais que nous souffrissions de ce mal et je m’attendais à ce que nous fussions très fatigués les premiers jours.

Au moment de quitter Lima, nous avons sollicité de nouveau le chauffeur de taxi qui nous avait conduits de l’aéroport à l’hôtel. En nous conduisant à l’aéroport, il nous a, à son tour, alerté sur le mal des montagnes. Il nous a demandé si nous avions acheté des pilules préventives recommandées pour en limiter les effets. J’ai répondu par la négative. Il nous a proposé de nous conduire à une pharmacie pour que nous prenions lesdites pilules, chose que nous avons faite. Je ne sais pas si ce sont ces pilules qui nous ont aidés, mais nous avons finalement peut souffert du mal des montagnes. Ca a été pour moi un premier constat, renouvelé par la suite, de la gentillesse des péruviens.

Le premier jour, 2 heures après avoir atterris, nous avons marché un peu dans les rues de Cuzco. Nous avons senti qu’il fallait marcher lentement, que l’effort était plus important qu’à l’habitude. Mais ce désagrément était léger en regard des symptômes décrits par la littérature, les guides touristiques et les blogs. Le lendemain nous nous sommes promenés plus longuement dans Cuzco avec toujours le même sentiment qu’il fallait marcher plus lentement et que l’on s’essoufflait plus vite qu’à l’accoutumée, mais rien de très gênant. Ce qui est étrange, c’est que la gêne est censée déclinée avec les jours. Or, dix jours après notre arrivée en altitude, la gêne est constante et tend même à augmenter, depuis que nous sommes arrivés à La Paz. Il faut dire que la ville de La Paz est particulièrement polluée, ce qui doit ajouter une difficulté supplémentaire!

Nous commençons à attendre avec impatience notre retour au niveau de la mer.

Notre voyage contrarié par un village péruvien en état d’insurrection

Je ne vous ai pas encore raconté les moments passés dans les Andes à Cusco, au Machu Picchu ou sur le lac Titicaca. Je le ferai dans les tous prochains jours.

Mais avant, il m’a semblé plus important de vous raconter à chaud notre périple d’hier entre Puno, au Pérou sur le bord du lac Titicaca, et La Paz, la capitale administrative de la Bolivie.

La distance entre Puno et La Paz est inférieure à 300 km. Une journée dédiée à ce trajet en car semble, à première vue, raisonnable. D’ailleurs, il n’existe pas d’autres moyens commodes pour joindre ces deux villes proches. Il existe bien un aéroport à proximité de Puno, à Juliaca (1 heure de route quand même). Mais il n’y a pas de connexion directe entre cet aéroport et celui de La Paz. Il faut prévoir au minimum deux changements et 16 à 18 heures pour l’ensemble du voyage.

Sur le conseil de l’hôtel où nous résidions à Puno, la veille de notre départ – samedi 3 novembre, nous nous sommes rendus dans le centre de Puno pour réserver notre trajet en car auprès de l’une des agences de voyage. L’hôtel nous avait indiqué qu’elles étaient fiables et proposaient toutes des services comparables. Nous avons donc réservé notre billet dans la première agence venue : Transzela.

Il y a deux routes pour faire le trajet Puno-La Paz. La première route contourne le lac Titicaca par le sud et passe la frontière au niveau de la petite ville de Desaguadero (environ 2.000 hab.). La seconde route passe la frontière au niveau de la ville de Yunguyo (environ 11.000 hab.), passe par la station balnéaire bolivienne de Copacabana (6.000 hab.), puis traverse le lac Titicaca au niveau du détroit de Tiquina avant de rejoindre La Paz. Nous espérions obtenir des billets pour le premier trajet car il est plus rapide : il peut être bouclé en 5 heures, formalités de douanes incluses, quand il s’élève plutôt à 7 heures pour la seconde option. Malheureusement, l’agence de voyage nous a indiqué qu’il n’existait plus que des billets pour le trajet passant par Copacabana, avec un changement de car dans la station balnéaire bolivienne. L’heure d’arrivée était prévue entre 15h et 16h, heure bolivienne (La Bolivie a une heure d’avance sur le Pérou). Nous nous sommes donc résolus à les prendre. Nous avons choisi un car plutôt luxueux : deux niveaux, sièges larges complètement inclinables, wi-fi… Le prix restait tout à fait abordable : 200 sols pour 4, soit environ 50 € à 4.

Dimanche matin, nous nous sommes levés à 5h30, le temps de boucler les valises, de prendre un petit-déjeuner rapide et de nous rendre en taxi au terminal de bus, pour 6h30.

Après quelques formalités d’enregistrement et de taxes au terminal de bus, nous rejoignons la zone d’embarquement. Le conducteur nous apprend alors que l’on risque d’avoir quelques difficultés sur la route car il y a une grève dans la ville de Llave à une heure de route de Puno. Il nous indique que si la route est bloquée, nous devrons quitter le car, récupérer les valises et marcher environ 2 kilomètres pour retrouver un autre car. Nous nous y résignons. Nous partons à 7h comme prévu.

Après une heure de route, nous arrivons au lieu du blocage : devant nous, une ligne continue de cars et de véhicules arrêtés sur le bord de la route. Le car navigue encore quelques centaines de mètres, laissant subsister un dernier espoir, puis il se gare et arrête son moteur. Nous sommes invités à descendre du véhicule et à récupérer nos bagages pour commencer à marcher.

Nous sommes à 3.500 m d’altitude, le soleil brûle. Heureusement, nous avons nos casquettes qui nous protègent du soleil. La température est acceptable autour de 20°C mais avec nos gilets et parka ou doudounes légères, elle nous semble rapidement oppressante. Nous enlevons nos vêtements que nous portons comme nous pouvons. Pour rappel, nous avons deux sacs à roulettes, 4 sacs à dos pour le matériel sensible (ordinateurs, tablettes, cours des filles, quelques jouets pour Alice…), la sacoche appareil photo. Il faut ajouter un petit sac de sport Adidas, acheté récemment, qui nous sert à transporter le linge sale que nous n’avons pas eu le temps de laver. Nous épargnons Alice, qui marche sans sac à dos. Nous nous répartissons le reste à 3. Commence un long exode. Des dizaines de personnes marchent sur la route dans les deux sens. Beaucoup de péruviens. Parfois des femmes ou des hommes âgés, chargés de lourds fardeaux. Mais aussi des touristes, qui ont comme nous abandonné leur car. Nous commençons par longer une très longue file de véhicules arrêtés sur le bord de la route, peut-être sur près d’un kilomètre. Nous arrivons ensuite vers des mini barrages faits de brics et de brocs : des pierres plus ou moins grosses éparpillées sur le sol, des choses calcinées encore fumantes dégageant des odeurs âcres, des carcasses de voiture brûlées, des restes de véhicules agricoles, des pneus…

Après deux kilomètres de marche, le premier barrage réel avec quelques grévistes se présente devant nous. Nous sommes obligés pour la première fois de porter nos valises sur quelques mètres. Des mots, des insultes s’échangent en espagnol entre les personnes qui passent et les grévistes. Rien de bien violent, pour autant. Aucun véhicule à 4 roues ne pouvait passer où nous sommes passés. Quelques 2 roues nous dépassent de temps en temps, parfois chargées de 3 personnes.

Notre marche continue ainsi, entre débris divers, objets calcinés fumants. Nous commençons à apercevoir des mini-taxis à 3 ou 4 roues, des véhicules bringuebalants, qui nous hèlent pour nous proposer de nous accompagner, évidemment moyennant rémunération. Après environ 4 kilomètres, nous voyons la tête de notre groupe s’arrêter auprès d’une station service fermée. Je m’approche pour comprendre ce qui se passe. Je me dis que nous sommes près du but. Que nenni! J’apprends qu’il nous reste encore 4 kilomètres de marche. Les gens qui me connaissent anticipent probablement la suite des événements. Je m’énerve! Tout juste si d’autres personnes me soutiennent dans ma protestation. Mes arguments sont simples : la compagnie ne nous a pas dit la vérité – marcher 2 km ou 8 km ce n’est pas la même chose, nous avons des enfants, nous sommes chargés de bagages, nous marchons en plein soleil à plus de 3.500 m d’altitude, si quelqu’un a un problème de santé ce sera leur responsabilité, ils doivent trouver une solution. Les deux personnes de la compagnie qui sont restées avec nous, un conducteur et une jeune femme, passent quelques appels et nous proposent finalement de faire véhiculer les enfants et les bagages les plus importants par un villageois. Les quelques 6 à 7 enfants, dont Emma et Alice, sont ainsi placés dans un véhicule avec plateforme à l’arrière. La jeune femme de la compagnie monte avec eux. Ils nous garantissent la sécurité de l’opération. Nous laissons partir ainsi nos deux filles, qui ne semblent pas inquiètes outre mesure. De notre côté, nous reprenons notre longue marche dans les rues de Llave, jonchées de détritus en tout genre. Heureusement, nous n’avons plus nos grands sacs.

Nous marchons encore une heure ainsi et arrivons à l’extrémité est de la ville, devant une rivière. A cet endroit, un pont permet à la route de chevaucher la rivière. Nous retrouvons Emma et Alice, pas trop inquiètes. J’apprendrai plus tard, qu’elles ont vu devant elles, courir des gens. La situation semble très confuse quand nous arrivons. Des villageois nous apprennent que la route du pont est coupée car des groupes lancent des pierres sur les passants. Les deux personnes de la compagnie semblent dépassées par les événements. Elles nous proposent de faire demi-tour pour retourner à Puno. Cette fois-ci, je ne suis pas le seul à protester. Certaines personnes décident de lâcher le groupe pour trouver d’autres méthodes pour continuer. Une française indique qu’elle doit absolument continuer car elle doit prendre un avion le lendemain à La Paz. Nous apprenons, au passage, que la compagnie n’a pas de bus qui nous attend de l’autre côté de la rive. La solution à laquelle ils pensaient dès le départ, c’est de nous faire continuer le voyage, à leur frais, dans des collectivos, petits taxis fourgonnettes pouvant prendre une quinzaine de personnes. Une nouvelle fois ce mensonge me met en colère mais je me dis que l’essentiel est de rejoindre La Paz et que même si le confort n’est plus celui que nous avons payé, il est préférable de maintenir la pression sur la compagnie plutôt que de partir à l’aventure avec d’autres qu’il faudra de toute façon payer. Pour tout vous dire, je ne comprends pas ceux qui sont partis sans demander de remboursement et en acceptant de payer encore autre chose. Après de longues minutes d’attente et de discussion, les personnes de la compagnie nous proposent de rejoindre la rive est de la rivière par un pont qui se trouve plus au nord. Nous acceptons cette solution.

Une nouvelle fois, nous voilà repartis pour marcher avec nos bagages. Cette fois-ci, nous ne sommes plus sur une route goudronnée mais sur des chemins caillouteux. Heureusement, les roues de nos sacs sont tout terrain et passent pas trop mal. Cette fois-ci, nous passons devant les yeux de centaines de péruviens installés pour regarder le conflit qui semble se durcir entre grévistes et policiers. Nous entendons ce qui ressemble à des coups de feux, nous voyons des fumées de lacrymogènes… Heureusement, nous sommes loin. Les villageois qui nous regardent sourient, lancent des plaisanteries. Est-ce de la sympathie, de la moquerie, un sentiment de revanche sur les gringos que nous incarnons à leurs yeux? Je ne saurais le dire. Mais en tout cas, je ne leur en veux pas et je souris avec eux, malgré la difficulté de l’effort et l’épuisement.

Après 10 kilomètres de marche, nous rejoignons enfin les fameux collectivos. Nos valises sont balancées sur les toits. Nous attendons encore une bonne demi-heure et nous partons enfin. Quand on regarde la carte, on s’aperçoit que Llave, la bien nommée (ça veut dire clé en espagnol) est un point de passage obligé entre Puno et la frontière bolivienne, sauf à faire un très long détour par des routes incertaines (peut-être des pistes!).

Une heure et demie de route dans le collectivo et nous rejoignons la frontière avec le Pérou. A cet endroit, nous quittons le collectivo qui n’est pas habilité à franchir la frontière. Nous faisons les formalités administratives côté péruvien, puis côté bolivien. Les postes frontières sont logés dans des bâtiments miséreux et dérisoires. Mais le contrôle se passe rapidement. La jeune femme de la compagnie de car, seule à nous avoir accompagnés aussi loin, nous invite désormais à monter dans un nouveau collectivo pour aller jusqu’à Copacabana. Enfin, je monte dans un collectivo avec une quinzaine de personnes. Elise, les filles et l’accompagnatrice montent pour leur part dans un taxi. En arrivant à Copacabana les filles rient beaucoup car le taxi qui comptent 7 places a réussi à faire monter 9 personnes, en finissant par asseoir un vieux monsieur sur un coussin au-dessus du frein à main!

A Copacabana, la femme de l’agence Transzela nous explique que nous venons de rater notre car pour La Paz! Elle nous propose de nous chercher des places dans un autre car. Elle part à pied dans le centre ville qui se trouve à environ 500 mètres de l’agence. Au bout d’une vingtaine de minutes, nous la voyons revenir en courant pour nous dire de nous dépêcher car elle a trouvé un car qui est sur le point de partir. Après une marche forcée, nous rejoignons le car en question : il n’a pas de climatisation, les sièges sont minuscules, les espaces entre rangées le sont tout autant, de gros chiens montent à l’arrière du car, les fenêtres sont laissées ouvertes pour faire l’aération. Nous sommes loin du car présenté la veille! Mais nous faisons contre mauvaise fortune bon coeur.

Après une nouvelle heure de route, nous voilà arrivés au détroit de Tiquina. Je m’attendais naïvement à ce que nous fassions la traversée à bord d’un ferry… En approchant du quai, dans une rue qui ne nous permet pas de voir le détroit, tous les passagers sont invités à descendre. On nous dit que nous remonterons plus loin. Finalement, au bout de la rue nous découvrons un spectacle étonnant : des dizaines de barges font faire la traversée aux voitures, aux cars et à tous les véhicules qui veulent franchir le détroit. Le lac semble très agité à cet endroit. On voit les cars tanguer de manière impressionnante. De notre côté, nous comprenons que nous devons payer la traversée (pas chère!) pour l’effectuer sur de petites embarcations d’une quinzaine de personnes. Nous voilà partis sur cet eau aux vagues vigoureuses. Ca tangue, ça balance dans tous les sens. Plusieurs fois, je me dis qu’il suffirait de pas grand chose pour que le bateau se renverse. J’ai d’ailleurs été invité au départ du bateau à changer de place pour mieux équilibrer. Alice et moi, qui nous trouvons face à face à l’arrière et à l’extérieur, sortons du bateau bien mouillés.

Après une pause « commodités », nous remontons dans le car, en route pour La Paz. Il nous reste encore environ 2 heures de route. Les derniers kilomètres, dans les faubourgs de La Paz nous semblent interminables. Nous n’avançons plus qu’au pas. Le spectacle autour de nous est étourdissant entre le fracas des klaxons, les piétons qui traversent n’importe comment, les véhicules qui ressemblent pour certains à de vieux débris. La chaleur dans le car devient insupportable. Le soleil a déjà fortement décliné quand nous découvrons la splendide cuvette de La Paz, entourée de montagnes, dont certaines sont enneigées. Après encore quelques kilomètres faits au pas, le car s’arrête dans un carrefour encore plus bruyant et plus chaotique que les précédents. Il nous annonce que le car s’arrête ici. Selon Google, nous n’avons pas rejoint le terminal de bus qui se trouve à 2 kilomètres. Avant de descendre, le chauffeur de car nous dit que ce lieu est plutôt mal famé et qu’il faut faire très attention. Pas de terminal de taxi, des taxis qui passent devant nous déjà occupés, beaucoup de collectivos (des dizaines!) qui passent près de nous en klaxonnant… Finalement, je parviens à héler un taxi qui ne semble pas spécialement intéressé pour nous prendre. Quand je lui parle du quartier où nous devons aller, il réfléchit et finit par me dire de monter. Je ne négocie pas le prix car je suis déjà content d’avoir trouvé quelqu’un dont mon instinct me dit qu’il est digne de confiance. Je lui demande malgré tout le prix : il me dit « setenta », c’est-à-dire 70 bolivianos (environ 8 euros). Je pense que c’est cher pour le pays, mais je valide sa proposition.

Je pensais que nous étions sauvés. Mais nous avons encore souffert avec le taxi qui ne connaissait pas l’adresse, n’avait ni plan, ni GPS. J’ai dû le guider avec Google, une fois arrivé dans le quartier. Après 12 heures de voyage, c’est épuisé comme jamais, et avec un profond sentiment de soulagement que nous avons découvert l’appartement cosy qui se situe dans le quartier des ambassades. Nous y séjournerons jusqu’au 8 novembre, date de notre envol pour São Paulo.