Moments inoubliables

Difficile de répondre à la question que tout le monde se pose : qu’ai-je préféré? Souvent, Elise et moi nous sommes faits la réflexion que nous ne changerions pas grand chose au voyage que nous avons fait. Nous avons trouvé l’équilibre qui nous convenait entre itinérance et étapes reposantes, entre paysages naturels et villes, entre lieux incontournables et détours personnels. La plupart du temps, nous avons su éviter la foule des touristes qui flétrit le plaisir de la découverte. Mais pas toujours. Parfois, nous n’avons pas fait le petit effort qu’il convenait pour échapper à la masse qui se presse sur un site renommé. En écrivant cela, je repense par exemple aux pyramides mayas de Chichén Itzá, dans le Yucatán. Objectivement, le site est une splendeur. Mais, le jour où nous l’avons visité, le soleil qui dardait des rayons brûlants, la foule des touristes déversés par les cars et l’attitude oppressante des vendeurs de souvenirs ont gâché le plaisir de la visite. Si nous avions eu le courage de venir tôt le matin, nous aurions échappé à ces trois fléaux conjugués. Je dis courage, mais, en fait, dans le cas d’espèce il s’est agi simplement d’un manque de préparation. Je ne m’attendais pas à de telles conditions. A l’inverse les sites d’Uxmal ou d’Edznà étaient quasiment déserts quand nous les avons visités ce qui leur conférait une beauté sauvage et mystérieuse.

La beauté d’un site ne suffit donc pas toujours à rendre le moment inoubliable. Les conditions de la visite, aussi bien que l’état physique et mental dans lesquels on se trouve sont déterminants. Et parfois c’est une alchimie impossible à prédire qui rend l’instant magique. Par exemple, lorsque nous sommes montés au Machu Picchu, nous venions de vivre deux jours de ciel couvert et de pluie continue, la météo annonçait un temps pluvieux, le matin était blême et la vallée embrumée, nous avions nos pulls et nos capes de pluie et nous étions résolus à découvrir les ruines incas sous des conditions hostiles. Quel n’a pas été notre émerveillement, lorsqu’arrivés au sommet, nous avons observé les nuages qui s’écartaient pour laisser paraître le bleu du ciel et la douce lumière d’un soleil matinal! Cette sensation était si intense, qu’en écrivant ces lignes je la ressens encore et j’éprouve de nouveau ce mélange d’émotion et de plénitude.

En repensant à notre voyage, je me suis dit que j’allais faire la liste des lieux où j’avais ressenti une émotion aussi forte ou presqu’aussi forte. Voici cette liste, dans l’ordre chronologique du voyage, avec pour chaque lieu une photo. Elle est évidemment toute personnelle. Il s’agit bien d’instants illustrés par des photos et non d’une sélection de photos.

 

Anse Saint-Jean, Québec, Canada

 

Mount Rushmore, Dakota du Sud, Etats-Unis

 

Monument Valley, Utah/Arizona, Etats-Unis

 

Grand Canyon, Arizona, Etats-Unis

 

Bryce Canyon, Utah, Etats-Unis

Death Valley, Californie, Etats-Unis

 

Los Angeles, Etats-Unis

 

Edznà, Campeche, Mexique

Palenque, Chiapas, Mexique

 

Machu Picchu, Pérou

 

Rio de Janeiro, Brésil

Chutes d’Iguazu, Argentine/Brésil

 

Perito Moreno, Patagonie, Argentine

 

Torres del Paine, Patagonie, Chili

 

Ahu Tongariki, Ile de Pâques

 

Rano Rakano, Ile de Pâques

Bora Bora, Polynésie Française

 

Uluru, Australie

 

Batu Caves, Kuala Lumpur, Malaisie

 

James Bond Island, Thaïlande

 

Bouddha couché, Wat Pho, Bangkok, Thaïlande

 

Temples de Chiang Mai, Thaïlande

 

Angkor Vat, Cambodge

 

Temples taoïstes de Saigon, Vietnam

 

Hoi An, Vietnam

 

Rizières entourées de pics karstiques, Tam Coc, Vietnam

 

Baie de Bai Tu Long, Vietnam

 

Place de la Liberté, Taipei, Taïwan

 

Gorges de Taroko, Taïwan

 

Forêt d’Alishan, Taïwan

 

Osaka-jo, Japon

 

Parc de Nara, Japon

 

Temples de Kyoto, Japon

 

Une année sur la route

Que retiendrai-je de cette année de voyage en famille? Qu’est-ce que le temps, qui efface progressivement les souvenirs, me laissera comme images inoubliables? Quelles impressions survivront dans ma mémoire? J’ai le sentiment qu’il est difficile de répondre à ces questions. Les photos seront là comme des petits cailloux jalonnant le chemin du temps écoulé. Mais les émotions seront-elles aussi fortes ou se dissiperont-elles inexorablement? Est-ce que cette année m’a changé, nous a changés?

Nous avons vécu une année exceptionnelle. Aucun problème sérieux n’est venu obscurcir notre route. Ni maladie, ni perte d’objets, ni violences… Dans l’ensemble, nous avons rencontré des gens accueillants. Les endroits où l’accueil a été plus froid ont été rares. Nous avons vu des lieux extraordinaires et je me souviens de grands moments d’émotions. Je crois l’avoir déjà écrit ; j’ai également beaucoup aimé le temps passé en famille. Je me souviendrai assurément des moments consacrés aux cours. Les filles m’ont surpris par leur calme, leur capacité d’adaptation et leur aptitude à relativiser les petits désagréments du voyage.

Vivre une année sur la route avec un gros sac à roulette et un petit sac à dos comme seuls bagages nous fait prendre conscience que nous encombrons nos vies de nombreux objets superflus. Cette expérience, si elle comporte sa part de contraintes, fait naître un profond sentiment de légèreté. Les préoccupations du voyage se résument essentiellement à trois questions : comment se déplacer? Où dormir? Comment se nourrir? Si on est en capacité de répondre à ces trois questions alors tout va bien! Et par la force des choses, on apprend vite à relativiser les imprévus. Dans un voyage comme celui-ci, il n’est en effet pas possible de tout maîtriser. Et donc, on apprend à s’adapter tout en devenant plus insouciant.

Si le budget a été bien calculé, on comprend vite qu’il est aisé de trouver des réponses aux trois questions essentielles évoquées ci-dessus, avec les outils de communication disponibles de nos jours. Faire un tour du Monde n’est pas une aventure comme cela pouvait l’être il y a 30 ans. Au cours de cette année, j’ai pris un peu plus conscience de la réalité du concept de village global. Même si on observe des différences de culture, de traditions d’un pays à l’autre, il existe bel et bien un socle commun, que l’on nommera modernité ou mondialisation ou numérisation, qui permet de ne jamais être complètement perdu. Cela facilite la vie du voyageur. Mais peut-être est-ce dommage car il perd un peu du sel du voyage?

C’est un lieu commun : l’argent fait tourner le Monde. Au cours de cette année, nous avons mesuré les différences de richesse qui existent d’un pays à l’autre ou à l’intérieur d’un même pays. Je n’oublierai pas la pauvreté extrême ou les misères rencontrées dans les Andes, dans les rues de San Francisco, au Cambodge, ou dans le coeur rouge de l’Australie.

Durant ce voyage, je ne voulais pas me contenter d’une position seulement contemplative. Je tenais à être acteur de ce moment pour partager, pour en conserver des traces, pour en faire un temps de réflexion. J’ai pu me livrer à la photographie comme jamais auparavant. Le blog a été ma discipline, mon rendez-vous quasi quotidien avec l’écriture. Bien sûr, il a nécessité un effort constant mais la satisfaction recueillie en a été que plus grande. J’en profite d’ailleurs pour remercier les lecteurs actifs ou silencieux qui ont suivi ce récit.

L’organisation du voyage au fil de l’eau, les visites, la photographie, le temps consacré au blog, les cours faits avec les filles, ont empli une bonne partie de mes journées. Mais il me restait encore du temps pour lire et réfléchir. J’ai beaucoup lu. J’ai réfléchi. Je peux le dire maintenant ; j’ai changé. Etrangement, alors que nous faisions un voyage avec de nombreux vols en avion, j’ai senti naître progressivement en moi une nouvelle conscience écologique. Cela peut paraître facile à dire maintenant. Mais si j’avais eu cette conscience écologique avant de partir, je n’aurais pas fait le voyage que nous avons fait. Entendez-moi, je ne veux pas dire que je n’aurai pas fait un tour du Monde. Je veux dire que je l’aurai fait différemment. Il n’est plus le moment d’y réfléchir et je ne me suis pas penché suffisamment sur la question. Mais probablement, aurai-je imaginé un tour du Monde avec le minimum de vols en avion, voire sans aucun vol. La traversée de l’Atlantique peut, par exemple, se faire en bateau. Bien sûr, cela aurait signifié visiter moins de pays, voyager plus lentement. Comme je l’écris, il n’est plus temps d’y penser maintenant. Ce qui est fait est fait.

Alors à la question « Est-ce que ce tour du Monde m’a changé? », je pense pouvoir répondre que oui. Plus qu’auparavant, je prends une certaine distance par rapport aux événements. J’espère être davantage en mesure d’apprécier la réelle valeur des choses. Et puis surtout, cette conscience écologique qui m’accompagne désormais a profondément changé mon regard sur le Monde.

 

Ré-installation

Deux mois ont passé déjà depuis notre retour en France. Nous avons retrouvé la famille et revu un certain nombre d’amis. Souvent on nous demande comment se passe le retour. Est-il difficile de se ré-acclimater? Etonnamment, tout s’est passé très vite. Je me rappelle encore de l’accueil que nous a réservé notre proche famille à l’arrivée à Roissy et de la route depuis l’aéroport. J’avais le sentiment d’être parti si peu de temps. Ce qui m’a frappé, c’est que tout semblait inchangé. Je connaissais la route par coeur. Tout se trouvait à la même place. Cette impression de retrouver un lieu connu m’a semblé étrange, un peu comme si je sortais d’un rêve. Au fond de moi, j’ai également ressenti un grand apaisement, heureux d’avoir accompli un si beau voyage sans anicroche, des souvenirs plein la tête, heureux de retrouver des êtres chers.

Dans les jours qui ont suivi, je me rappelle avoir noté le confort d’échanger en tout lieu avec ma langue natale.

Nous avons dormi chez mes parents quelques jours dans l’attente de récupérer notre maison, mise en location en meublé jusqu’à fin juin. Sur le plan culinaire, mon plus grand plaisir a été de retrouver la saveur des fromages français.

Les premiers jours ont été occupés à acheter une petite voiture d’occasion, à faire l’état des lieux de la maison, à relancer tous les abonnements et assurances, à planifier le déménagement. Nous avons été heureux de retrouver une maison en bon été global même si quelques dommages ont justifié la retenue d’une partie de la caution. Il nous a fallu quelques jours pour ranger nos affaires personnels, sorties des cartons, et pour avoir le plaisir de retrouver notre « chez nous ». Nous avions fait un important tri dans nos affaires personnelles avant de partir. En revenant, nous avons continué de nous débarrasser de vêtements ou d’objets devenus inutiles. Nous avons beaucoup donné à Emmaüs. Mais il a fallu également que nous réinvestissions un peu dans les vêtements, notamment pour les filles qui ont beaucoup grandi en un an.

Je suis entré en contact avec la mairie pour voir comment je pouvais communiquer à propos de notre expérience. Cette proposition a semblé avoir rencontré un intérêt. Plusieurs possibilités ont été évoquées : article dans le journal de la commune, stand-up et échange avec les habitants de la commune, exposition photo. Affaire à suivre…

Le mois de juillet est passé sans que nous nous en apercevions.

Elise a repris le travail début août. Quant à moi, je suis toujours en discussion avec mon employeur qui ne sait pas comment me réintégrer. Je suis inactif pour le moment bien que rémunéré. J’ai gardé les filles tout le mois d’août. Je profite de cette dernière semaine avant l’école pour faire réviser les 4 opérations à Alice, qui rentre au CM1 lundi prochain.

Deux mois sont passés et je crois que le moment est venu pour moi de faire quelques bilans de cette très belle année. Je publierai donc quelques articles dans les prochains jours.

 

Tbilissi, une belle capitale

Si nous avons été un peu inquiets des événements qui ont précédé notre arrivée en Géorgie, nous avons vite été rassurés par le calme qui régnait dans la ville. Tbilissi accueille une population cosmopolite et est une ville ouverte sur le Monde. Notre séjour a été servi par un temps ensoleillé, parfois chaud. Nous avons pris beaucoup de plaisir a déambulé dans les rues de la ville. Notre tour du Monde s’est terminé sur une très belle note.

 

Georgian Museum of Fine Arts, Tbilissi

Pour notre dernière journée à Tbilissi, nous avons visité ce très beau musée dédié aux peintres et sculpteurs géorgiens depuis le début du XXème siècle à nos jours. Aménagé dans un bâtiment historique, l’intérieur du musée est très lumineux et met bien en valeur les oeuvres. L’escalier central, sur 4 niveaux, est entièrement en verre, ce qui donne, semble-t’il, une forte sensation de vertige aux personnes qui y sont sensibles.

La collection compte un nombre impressionnant de tableaux qui montre la recherche d’une expression picturale moderne dans l’art géorgien. S’il peut sembler souvent à la remorque de mouvements occidentaux, notamment du début du XXème siècle, j’ai été très sensible à l’esthétique très personnelle développée par certains artistes. J’ai pris en photo quelques tableaux des artistes qui m’ont le plus touché. Vous noterez peut-être ma préférence pour l’art figuratif.


Façade du musée


Drapeau géorgien dans le café du musée


Escalier de verre


Radish Tordia


Oleg Timchenko


Tato Akhalkatsishvili

 

Les bords du fleuve Koura

Tbilissi s’est construite autour du fleuve Koura, importante voie de communication au travers du Caucase, qui se jette dans la Caspienne au sud de Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan). La capitale de la Géorgie indépendante a su valoriser cet environnement naturel en associant harmonieusement monuments historiques, parcs et élégantes constructions modernes. Un téléphérique part du parc Rike (en photo ci-dessous), sur la rive gauche, et monte sur la colline qui surplombe la rive droite de la ville.

 

Le vieux Tbilissi

Le centre historique de Tbilissi compte de nombreuses églises (comme vous avez pu le constater dans mon précédent article) ainsi que d’autres bâtiments notoires et des monuments plus modernes. Mais les rues les plus anciennes abritent encore de nombreuses habitations décrépites qui sont progressivement rénovées ou transformées.


Façades délabrées du centre historique


Maisons rénovées


Quartier des thermes


Mosquée


Fontaine Wallace offerte par la France en 1918, à l’occasion de l’indépendance du pays


Tour-horloge de Rezo Gabriadze (2010)


Statue de Saint-Georges terrassant le dragon, place de la Liberté

Cette statue a remplacé une statue de Lénine, démolie en 1991.


Ruines de la forteresse Narikala (IVème siècle)

La forteresse, créée au IVe siècle, fut agrandie par les Omeyyades au VIIe siècle et plus tard, par le roi David le Bâtisseur (1089-1125). Son nom actuel est une déformation du nom donné par les Mongols : Narin Qala, signifiant « petite forteresse ».

 

Les églises orthodoxes de Tbilissi

A l’instar de l’église orthodoxe d’Arménie, l’église orthodoxe de Géorgie est autocéphale, c’est-à-dire indépendante de toute autre autorité religieuse. Tbilissi compte un très grand nombre d’églises qui attestent de l’importance de la religion dans l’histoire et dans l’identité culturelle du pays. Elles édictent un code vestimentaire strict. Par exemple, les femmes sont tenues d’être voilées.


Eglise orthodoxe Antchiskhati (VIème siècle)


Eglise orthodoxe Saint-Georges de Kachvéti (début du XXème siècle)


Eglise orthodoxe arménienne Jvaris Mama (XVIème siècle)


Eglise orthodoxe de la Dormition de la Vierge de Metekhi (XIIème siècle)


Eglise orthodoxe arménienne Saint-Georges de Tbilissi (XIIIème siècle)


Cathédrale orthodoxe Sioni (XIIème siècle)


Cathédrale de la Trinité (2004)

 

Emeutes au parlement de Géorgie

Le 20 juin au soir, Le Monde publiait un article intitulé « Emeutes au Parlement de Géorgie après le discours d’un député russe ». C’était 3 jours seulement avant notre arrivée à Tbilissi. Je pense que cette épisode est passé largement inaperçu en France. Aussi je pense utile d’en dire deux mots.

Dans mon article précédent sur l’Histoire de la Géorgie, je rappelais l’intervention militaire russe en 1992 puis en 2008, en faveur des indépendantistes d’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie contre les autorités géorgiennes. La situation reste toujours tendue entre la Russie et la Géorgie. Et la coopération de la Géorgie avec les Etats-Unis, la France, la Turquie et l’Azerbaïdjan dans la construction d’un gazoduc reliant la mer Caspienne et la Méditerranée a aggravé la situation.

Or le 20 juin, Sergueï Gavrilov, député de la Douma (l’assemblée russe), qui plus-est réputé fervent défenseur des indépendantistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, a pris la parole au parlement géorgien pour ouvrir l’« Assemblée interparlementaire orthodoxe ». Cet événement a immédiatement déclenché l’ire d’une partie de la classe politique géorgienne et de ses partisans. Des milliers de personnes ont rapidement afflué vers le parlement, jusqu’à 10.000 selon les médias géorgiens et russes. Il s’en est suivit des émeutes violentes provoquant une trentaine de blessés parmi les manifestants et au moins autant parmi les policiers. Le lendemain, le bilan a été revu à la hausse et porté à 240 blessés au total.

Le lendemain matin, je recevais une alerte du Fil d’Ariane (organe de communication des autorités françaises à l’adresse des voyageurs inscrits sur le site) nous recommandant la plus grande prudence suite aux événements de la veille et annonçant de possibles manifestations violentes dans les jours qui allaient suivre.

En lisant cet article, je me suis interrogé sur l’opportunité de maintenir Tbilissi comme dernière étape de notre tour du Monde. J’ai interrogé notre hôte Airbnb qui a été plutôt rassurant. Le 21, le président de l’assemblée géorgienne, mis en cause par les manifestants, démissionna. Et la situation retrouva son calme dans les jours suivants.

Quand, nous sommes arrivés à Tbilissi, nous avons trouvé une ville calme. Quelques banderoles continuaient d’être accrochées devant le parlement géorgien, au style constructiviste, typique de l’époque soviétique. Tout semblait redevenu calme. Nous avons simplement assisté à une démonstration nationale sous la forme d’un bal de voitures klaxonnant et arborant les drapeaux blancs à croix rouges.

Cet épisode, s’il n’a été heureusement qu’un feu de paille, nous a rappelé combien la situation de ces jeunes républiques issues de l’ancien empire soviétique reste fragile.



 

Géorgie, repères historiques

Préhistoire et Antiquité

La région de l’actuelle Géorgie fut habitée très tôt dans l’histoire de l’Humanité (des restes d’un homme baptisé Homo georgicus datant de 1,8 millions d’années ont en effet été retrouvées à Dmanissi, dans le sud du pays). Durant l’Antiquité, l’actuelle Géorgie se trouvait au carrefour de nombreuses civilisations qui exercèrent successivement leur contrôle sur la région : les scythes, les perses, les grecs (à l’époque d’Alexandre le Grand). Au IIIème siècle avant JC, le territoire de l’actuelle Géorgie fut divisée en deux pays : la Colchide à l’ouest qui était sous domination grecque (patrie où Jason et les argonautes s’emparèrent de la toison d’or dans la mythologie grecque), l’Ibérie à l’est qui était indépendante. Sur la carte ci-dessous vous remarquerez les noms Iberia et Albania qui évoquent d’autres régions d’Europe, sans liens directs.

Colchide, Iberia

La Colchide tomba sous l’emprise du royaume du Pont (royaume antique centrée sur l’actuelle Turquie) puis de l’empire romain. L’Ibérie resta indépendante et lutta avec le royaume voisin d’Arménie pour le contrôle du Caucase, avant de passer à son tour sous domination romaine. A partir du IIème siècle, comme l’Arménie, l’Ibérie devint l’objet d’une lutte entre empire romain et empire perse qui envahirent alternativement le pays. Au milieu du IVème siècle, le Christianisme se développa en Ibérie.

Moyen-Age

Le roi Vakhtang Ier qui régna en Ibérie à la fin du Vème siècle, fut vainqueur des perses en 502. Il fonda le Catholicossat d’Ibérie qui devint par la suite l’Eglise orthodoxe de Géorgie. Selon la légende, il serait également le fondateur de la ville de Tbilissi (Tiflis). A la mort du roi Vakhtang Ier, l’Ibérie fut divisée en 2. La partie orientale passa sous le contrôle des perses tandis que la partie occidentale passa sous le contrôle des byzantins. Durant les siècles qui suivirent, l’Ibérie subit alternativement la domination des perses, des byzantins et des arabes.

Ce ne fut qu’au début du XIème siècle que tous les royaumes chrétiens entre l’Abkhazie (sur la mer Noire) et la Kakhétie (sur la Caspienne) furent unifiés pour la première fois, par le roi Bagrat III de Géorgie. Au début de son règne, il combattit l’empire byzantin et fit alliance avec le Califat des Fatimides (empire chiite centré en Afrique du Nord et s’étirant jusqu’au Moyen-Orient). Au milieu du siècle, le conflit avec l’empire byzantin prit fin. Mais débuta alors une longue période de guerre avec les turcs Seldjoukides, vainqueurs des Fatimides au Moyen-Orient, qui s’inscrivait dans le contexte plus large des croisades en Terre Sainte. L’empire géorgien atteignit son apogée sous le règne de la reine Tamar, à la fin du XIIème siècle (voir carte ci-dessous, notez que cet empire s’étendait alors sur une bonne partie de l’actuelle Arménie).

Empire géorgien (Tamar)

Comme l’Arménie, la Géorgie subit au début du XIIIème siècle les invasions mongoles. Le pays vécut ensuite jusqu’à la fin du XVIIIème siècle sous la domination de ses voisins mongols, ouzbeks, turkmènes, perses, ottomans. A la fin du XVème siècle, il fut même divisé en 3 Etats vassaux : l’Iméréthie (ouest), la Karthli (centre), la Kakhétie (est).

La domination russe

Le roi Héraclius II réunifia la Géorgie orientale en 1762. En 1783, il signa un accord de protection et de coopération avec l’empire de Russie de Catherine II qui devint suzeraine. Cet accord n’empêcha pas l’empire perse de détruire complètement Tbilissi en 1795. En 1800, la Russie d’Alexandre Ier annexa la Géorgie qui devint une simple province. L’Empire russe conquit l’Iméréthie en 1828. Si l’annexion fut mal vécue par les géorgiens, elle permit un nouvel essor de la société et de la culture géorgienne.

URSS

Suite à la révolution russe, profitant de la confusion qui régnait en Russie, la Géorgie déclara son indépendance en 1918 et mit en place un régime démocratique. Mais en 1921, l’Armée Rouge envahit le pays et instaura la République socialiste soviétique de Géorgie. La Géorgie perdit près d’un tiers de son territoire au profit des républiques socialistes voisines (Arménie, Azerbaïdjan, Russie). En particulier, l’oblast (division administrative) autonome d’Ossétie du Sud fut créé en 1922 au sein de la République socialiste soviétique de Géorgie.

En 1931, Staline, lui-même d’origine géorgienne, fit de l’Abkhazie une république socialiste soviétique autonome subordonnée à la République socialiste soviétique de Géorgie et imposa le géorgien aux abkhazes. Dans les décennies qui suivirent, les abkhazes protestèrent à plusieurs reprises contre cette « géorgisation » de l’Abkhazie.

L’indépendance

Dans le prolongement de la disparition de l’URSS, la Géorgie déclara son indépendance le 9 avril 1991.

Elle révoqua l’autonomie de l’Ossétie du Sud tandis que les nationalistes ossètes demandaient le rattachement de l’Ossétie du Sud à l’Ossétie du Nord. Il s’ensuivit un conflit armé entre milices ossètes et l’armée géorgienne qui dura jusqu’en juin 1992. L’intervention de l’armée russe conduisit à la signature d’un cessez-le-feu. L’Ossétie du Sud proclama son indépendance en 1992 sur la base d’un référendum non reconnu par la communauté internationale. Un second référendum en 2006 subit le même rejet international. Seule la Russie reconnut la validité de ce référendum, suivie de quelques rares pays. En 2008, la Géorgie déclencha une offensive armée pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud. Elle fut repousser par l’armée russe.

A l’instar de l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie déclara son indépendance de la Géorgie le 23 juillet 1992. Elle ne fut pas davantage reconnue par la communauté internationale.

Le , le Parlement géorgien déclara l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud « territoires sous occupation russe ». Le , la Géorgie rompit toute relation diplomatique avec la Fédération de Russie.

Situation actuelle

Le pays s’est depuis rapproché des Etats-Unis et de l’Azerbaïdjan, faisant face à l’alliance entre russes, arméniens et iraniens dans le contrôle de la région.

 

5 jours à Tbilissi

La capitale géorgienne a donc été la dernière étape de notre tour du Monde. Nous sommes arrivés très tôt le matin après un vol de seulement une demi-heure depuis Erevan. Nous aurions pu choisir la voie terrestre. Mais il fallait compter environ 7 heures de route. Nous avions loué une nuit de plus à Tbilissi pour disposer de notre appartement dès notre arrivée. A 7 heures, nous étions dans notre nouvelle location. Et nous nous sommes recouchés à peine arrivés…

L’appartement était situé avenue David Aghmashenebeli sur la rive gauche du fleuve Koura (débouchant en Azerbaïdjan sur la Caspienne). C’est une très belle avenue bordée de petits immeubles au style néo-classique rappelant fortement certaines avenues de Saint-Pétersbourg. Notre appartement, à l’allure de loft d’artiste, était au dernier étage d’un immeuble réhabilité.

Quelques heures après notre arrivée, nous sommes partis à la découverte du quartier. Nous avons immédiatement été saisis du fort contraste avec Erevan. Autant à Erevan, nous avions l’impression d’être dans une ville très fermée avec une population austère, froide et désagréable. Autant à Tbilissi, nous avons eu le sentiment de découvrir une capitale moderne, ouverte sur le Monde. Les gens avaient un comportement normal avec nous. Ils nous croisaient dans la rue sans se retourner sur nous ou nous jeter des regards noirs. Dans les commerces, les gens nous disaient « bonjour », « au revoir », « merci » et même nous souriaient parfois. Tout cela paraît sans doute normal. Et pourtant nous avons été surpris après la froideur rencontrée dans le pays voisin.

Tbilissi est une très belle ville qui donne une impression de dynamisme, mélange d’un important patrimoine historique et de bâtiments modernes à l’architecture élégante. Les bords du fleuve sont joliment aménagés.