Dernier mot sur le Cambodge

Il suffit de regarder la liste des articles pour comprendre que le principal attrait du voyage au Cambodge réside dans la visite d’Angkor, qui est probablement l’un des sites les plus impressionnants que j’ai eu l’occasion de visiter. Je souhaite à chacun d’avoir un jour le bonheur de découvrir ces ruines merveilleuses.

En-dehors d’Angkor, j’avoue avoir été déçu. Le pays est très sale. Les routes sont longées d’interminables amas de détritus. Les plastiques volent partout jusque dans les champs. Personne ne semble s’en émouvoir n’y faire le moindre effort pour limiter cette contamination du paysage. Bien sûr le pays est pauvre. Mais cela n’explique pas tout.

Si le pays a connu une croissance importante depuis une vingtaine d’années, les richesses produites sont probablement très mal réparties. En effet, partout, le dénuement des populations atteste de la pauvreté qui règne encore dans le pays.

Les cambodgiens sont peu souriants. Sans doute que l’histoire qu’ils ont vécue depuis les années 70, la situation politique du pays et la misère qui persiste expliquent largement ce désespoir qu’on lit souvent sur leurs visages.

Malgré tout, je pense que les conditions de vie s’améliorent progressivement. Des efforts semblent faits pour assurer une éducation minimale aux moins de vingt ans qui représentent plus de 40% de la population et l’avenir du pays.

 

Autres monuments de Phnom Penh

Les monuments d’une ville racontent son histoire. Ci-dessous vous trouverez des images…

  • des deux principaux temples bouddhistes (le Bouddhisme est religion d’Etat et constitue l’une des bases culturelles du pays),
  • du monument de l’Indépendance (acquise en 1953),
  • du monument en l’honneur de l’amitié entre le Cambodge et le Vietnam (rappelons que les vietnamiens ont chassés les khmers rouges du pouvoir en 1979 et ont mis le pays sous tutelle durant la décennie des années 80 ; vous remarquerez le style martial et communiste du monument),
  • du monument en l’honneur de Norodom Sihanouk.

La dernière photo de cet article montre la garde en charge de la surveillance du monument en l’honneur de Norodom Sihanouk. L’attitude de ces jeunes soldats manque pour le moins de tenue et traduit une désinvolture qui est un peu à l’image du pays. Ils semblent avoir perdu leurs repères entre une histoire tragique et une modernité qui progresse inexorablement et de manière désordonnée.


Wat Phnom, temple bouddhiste
(notez sur les photos du haut, les nâgas, divinités de l’hindouisme et du bouddhisme, incarnés par des serpents, habitants le monde souterrain et gardiens des trésors de la Terre)


Wat Ounalom, temple bouddhiste


Monument de l’Indépendance


Monument de l’amitié entre le Cambodge et le Vietnam


Monument en l’honneur de Norodom Sihanouk

 

Le palais royal de Phnom Penh

Le palais royal est le principal lieu d’intérêt dans la ville. Sans atteindre la splendeur du palais de Bangkok, celui de Phnom Penh rassemble un bel ensemble de temples et de monuments bouddhistes rénovés. Le palais est entouré d’un mur d’enceinte.

Comme en Thaïlande, le bouddhisme est religion d’Etat.


La salle du trône


Pavillons dans les jardins du palais


Campanile


Bureaux royaux


Pagode d’argent


Fresques


Maquette d’Angkor Vat devant la pagode d’argent


Stupas

 

Aeon Mall, Phnom Penh

Notre premier jour à Phnom Penh, nous avions besoin de retrouver un lieu un peu occidental. Nous avons visité un centre commercial, l’Aeon Mall, proche dans son organisation des centres commerciaux que nous connaissons en France. Mais très peu d’enseignes nous étaient familières. Nous avons été surpris de voir à quel point ce centre était vide. Dans les quelques images ci-dessous, vous verrez une photo prise dans un magasin type Printemps. Nous étions les seuls clients! Nous nous sommes demandés comment de tels magasins pouvaient vivre avec une fréquentation aussi faible.

Alice a passé un bon moment dans une attraction pour enfants, avec structures à escalader, parcours d’aventuriers en herbe et petite tyrolienne. Nous avons ensuite visité un petit espace avec aquariums et reptiles.

Finalement, nous avons déjeuné dans un excellent restaurant japonais, spécialisé dans les ramens. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de plats servis dans des bols avec du bouillon, des pâtes, des légumes, de la viande ou du poisson. Je n’en avais jamais goûté avant ce jour. J’ai beaucoup aimé.

Ca a été une journée tranquille. Retrouver un lieu propre nous a fait du bien…

 

Phnom Penh

Phnom Penh compte environ 1,5 millions d’habitants. La capitale du Cambodge est située au confluent des rivières Tonlé Sap et Bassac et du fleuve Mékong, lui-même divisé en deux bras un peu en amont de la ville. Quand on regarde une carte, on a ainsi l’impression que 4 rivières se rejoignent sur les rives de Phnom Penh.

Phnom Penh - situation

J’en profite pour ouvrir une parenthèse au sujet du Mékong qui est un fleuve très important pour l’Asie du Sud-Est. Il naît dans l’Himalaya, quelque part dans la province du Qinghai en Chine. Le lieu où il prend sa source n’est pas connu avec précision, car il naît de la convergence de plusieurs cours d’eau, situés dans une région difficile d’accès. Plus de la moitié du fleuve coule en Chine où il porte le nom de « fleuve turbulent » (Láncâng Jiâng), à partir de Qamdo au Tibet, en raison de ses gorges et précipices. Le fleuve forme ensuite sur 200 km, la frontière entre la Birmanie et le Laos, puis la frontière entre le nord de la Thaïlande et le Laos, traverse une partie du Laos en passant par Luang Prabang, forme de nouveau la frontière entre la Thaïlande et le Laos en passant notamment par Vientiane la capitale du Laos, repasse de nouveau au Laos en traversant Paksé, passe enfin au Cambodge par Phnom Penh avant d’arriver au Vietnam et de déboucher sur la mer de Chine en constituant un delta. Ce sont ainsi 6 pays qui sont liés à la course du Mékong. Mais la navigation étant difficile sur la majeure partie du fleuve, il a davantage contribué à diviser les populations et constitué une frontière naturelle, plutôt qu’il n’a favorisé les échanges commerciaux.

Bien que capitale depuis le XVème siècle, la ville de Phnom Penh commença à se développer réellement que dans la seconde moitié du XIXème siècle, après la construction du palais royal (1866) et sous l’impulsion des colonisateurs français. A partir des années 20 et jusque dans les années 70 la ville fut connue comme la « perle d’Asie ». En 1975, la ville comptait environ 2 millions d’habitants. Mais Lorsqu’elle tomba aux mains des khmers rouges, le 17 avril, elle fut vidée de ses habitants et abandonnée. Cet abandon dura jusqu’à ce que les khmers rouges fussent à leur tour chassés de la ville par les vietnamiens, le 7 janvier 1979. Plus de 80% des habitants avaient péri sous le régime des khmers rouges du fait des persécutions et des famines. Phnom Penh se repeupla progressivement et connut une réelle reconstruction à partir des années 90, grâce aux aides internationales et aux investissements étrangers.

Lorsque l’on découvre Phnom Penh aujourd’hui, il est difficile d’imaginer le passé faste que la ville a connu. La ville souffre d’un manque évident d’infrastructures. Par exemple, je n’ai pas mémoire d’avoir vu un seul feu rouge dans toute la ville. Les tuk-tuk continuent de constituer un moyen de transport très répandu. La ville compte un nombre incroyable de chantiers de construction mais beaucoup d’entre eux semblent avoir été interrompus avant la fin, probablement faute de financements suffisants. La ville est jonchée de poubelles plus ou moins sauvages qui ne semblent pas faire l’objet d’un ramassage ordonné et régulier, générant des odeurs nauséabondes rendues encore plus insupportables par la chaleur suffocante et la pollution.

La ville n’est pas agréable. Par ailleurs, son patrimoine architectural est plutôt modeste. Son palais royal et ses quelques temples font pâle figure à côté des merveilles de Bangkok ou de Chiang Mai. Son musée archéologique, vétuste et sans climatisation, est sans commune mesure avec le musée de Siem Reap.

Pour couronner le tout, l’appartement où nous avons séjourné était sale et dégageait une odeur de cigarette profondément incrustée.

Si j’ajoute à cela le fait que les cambodgiens ne décrochent jamais un sourire et sont tout juste polis, vous comprendrez que nous ne garderons pas un bon souvenir de la capitale cambodgienne.

 

Quelques mots sur l’histoire du Cambodge

Après sa chute face aux thaïs du Royaume d’Ayutthaya en 1431, Angkor perd son statut de capital au profit de Phnom Penh. L’empire Khmer disparaît et laisse la place à un petit pays dominé par ses voisins.

En 1863, le Cambodge passe sous protectorat français. Il est par la suite intégré à l’Indochine française. Le pays acquiert son indépendance le 9 novembre 1953 à la fin de la guerre d’Indochine.

Devenu monarchie constitutionnelle sous le règne de Norodom Sihanouk, qui accéda au trône en 1947, le pays est un temps neutre dans le conflit vietnamien. Toutefois à partir de 1966, le Cambodge apporte un soutien logistique aux combattants nord-vietnamiens en autorisant le transit de matériel et de troupes sur son territoire. Mais en 1967, Norodom Sihanouk voit naître sur son territoire une insurrection menée par les khmers rouges, communistes d’inspiration maoïste. Il confie la direction du gouvernement au militaire Lon Nol et sollicite l’aide américaine pour résister à l’insurrection des khmers rouges. En 1970, Lon Nol profite d’un déplacement de Norodom Sihanouk à l’étranger pour le renverser. Les américains soutiennent le nouveau pouvoir dans le cadre de la stratégie d’endiguement du communisme. Avec le soutien des américains, Lon Nol parvient à contenir la progression des khmers rouges au prix d’une guerre faisant 600.000 à 800.000 morts. Mais le retrait des américains dans la région est fatal au régime en place et les khmers rouges de Pol Pot s’emparent de Phnom Penh le 17 avril 1975. Ils instaurent une dictature militaire.

Le régime des khmers rouges vide les villes de leurs habitants et les envoient dans les campagnes dans un objectif de « rééducation ». Les élites sont systématiquement traquées, déportées ou exterminées. Le simple fait de parler une langue étrangère ou de porter des lunettes est un danger. Le régime est particulièrement sanguinaire. 1,7 millions de personnes seraient mortes durant la période des khmers rouges, du fait des persécutions ou des famines.

Inquiet de la dérive de son voisin, le Vietnam envahit le Cambodge le 25 décembre 1978 et détruit les rizières, entraînant la chute du régime. Il instaure un régime communiste proche de celui qui existe alors au Vietnam. Une guérilla soutenue par la Thaïlande s’engage alors. Elle durera tout au long des années 80 ravageant le pays, disséminant d’innombrables mines, causant des périodes de famines, d’épidémies dans un pays ruiné et sans ressources.

En 1989, les troupes vietnamiennes quittent le pays et laissent la place à des soldats de l’ONU. Le pays retrouve progressivement une certaine autonomie. Norodom Sihanouk revenu d’exil, devient de nouveau roi en 1993 avant d’abdiquer en 2004 au profit de son fils, Norodom Sihamoni. Nommé premier ministre dès 1985, avec le soutien des vietnamiens, Hun Sen perd les élections en 1993, mais parvient à se maintenir proche du pouvoir. Il reprend le pouvoir par la force en 1997, avant de se faire élire premier ministre en 1998. Le PPC (Parti du peuple cambodgien), ancien parti communiste du Cambodge a depuis remporté toutes les élections, garantissant le maintien au pouvoir de Hun Sen. Celui-ci est accusé d’avoir instauré un régime autoritaire. Néanmoins, la période de stabilité que connaît le pays depuis 20 ans, attirent les investisseurs. Entre 1998 et 2007, la croissance annuelle moyenne du PIB est d’environ 10%. 3 ans après la crise de 2008, le Cambodge retrouve une croissance annuelle supérieure à 7% qui se maintient depuis.

 

Angkor, un dernier mot

Je dois être un « bon visiteur » comme il y a de « bon spectateur ». Je ne sais si je parviens à m’auto-convaincre de l’intérêt ou de la beauté de ce que je visite, mais je constate que je suis rarement déçu. Une nouvelle fois, j’ai été ravi par un site qui figurait dans ma liste secrète et dont je craignais d’être déçu.

Angkor est un site éblouissant pour peu qu’on le visite avec un peu de méthode. Je pense qu’il peut devenir étouffant, ennuyeux, si on veut faire trop de visites dans la même journée ou que l’on se trouve dans des temples surpeuplés de touristes. Angkor continue de vivre et de se transformer au grès des rénovations. Je suis convaincu que l’on peut y revenir indéfiniment et découvrir chaque fois de nouvelles facettes. Nous l’avons vu à une période chaude et sèche, mais j’imagine que les temples sous la pluie ou enveloppés de brume doivent révéler d’autres charmes.

J’ai essayé à travers les photos de partager mon émerveillement. J’espère être parvenu à raviver des souvenirs chez ceux qui connaissent Angkor, et avoir donné aux autres l’envie de découvrir cette merveille.

 

Angkor Vat, noir et blanc

Lorsqu’on pénètre dans le temple, l’enchevêtrement de colonnes, de cours, de motifs décoratifs muraux, de bois et de pierre, les rayons du soleil qui tantôt pénètrent entre les structures tantôt s’évanouissent derrière les éléments architecturaux, les escaliers, les paliers, les changements de niveau, plongent le visiteur dans un état de fascination qui le conduit à se perdre entre pénombre et lumière et l’invite à la méditation.


Angkor Vat, photos

Edifice à l’entrée ouest d’Angkor Vat


Bibliothèques nord et sud, entre l’entrée ouest et le temple montagne


Angkor Vat, accès ouest par la terrasse d’honneur


Accès est


L’une des premières cours à l’ouest du temple


Bibliothèque nord, entre la première et la deuxième enceinte du temple


Escalier entre la première et la deuxième enceinte


Temple montagne, vu depuis l’extérieur de la deuxième enceinte


Cour dans la deuxième enceinte, vue depuis l’intérieur du temple


Prasats du temple montagne


Cour à l’intérieur de la troisième enceinte, au sommet du temple

 

Angkor Vat

Dédié initialement au dieu hindou Vishnou, consacré au bouddhisme par la suite, le temple d’Angkor Vat fut construit au début du XIIème siècle. Il est le seul temple à être demeuré un lieu de culte à travers les siècles. Il est devenu le symbole du Cambodge et est apparu sur le drapeau cambodgien dès 1863, à l’époque du protectorat français.

Le temple est entouré de douves externes et d’un mur d’enceinte.  Les douves forment approximativement un rectangle de 1,5 km sur 1,3 km et sont d’une largeur d’environ 170 m. L’accès principal se situe à l’ouest. Un édifice en forme de galerie de plus de 200 m de façade accueille les visiteurs. Une fois ce bâtiment traversé, on découvre une immense étendue découverte avec plusieurs bâtiments rectangulaires et deux bassins placés devant le temple montagne, situé en son centre. Le temple à proprement parlé est lui-même entouré de 3 galeries de forme rectangulaire. La galerie externe dessine un rectangle de 200 m sur 170 m. Cette architecture dessine une progressivité par le franchissement de plusieurs enceintes et cours, et par l’ascension progressive vers le lieu le plus sacré du temple.

Le temple possède des bas-reliefs finement décorés et aux dimensions gigantesques, représentant notamment des victoires des khmers sur leurs voisins chams.

Lorsque nous visitâmes le temple, la lumière était irréelle. Les rayons du soleil pénétraient difficilement la brume qui entourait le site et baignait les structures d’une lumière chaude et diffuse. L’émotion que je ressentis en découvrant Angkor Vat fut comparable à celle que j’avais ressentie quelques mois plus tôt au Macchu Picchu ou devant les étendues de l’ouest américain. Il est difficile d’expliquer un tel sentiment et d’en comprendre son origine. Mais l’émotion était tellement forte que j’en avais les larmes aux yeux.

Le temple présente une architecture simple en apparence qui répète des motifs récurrents. Comme c’est la tradition en Asie, les seuils des portes sont surélevés et ferment les cadres des portes qui semblent des accès magiques à de nouveaux espaces. Ces portes précisément et les colonnes dessinent des lignes de fuite qui semblent converger au bout des longues galeries externes qui entourent le temple. Les matériaux sombres sont patinés par le temps mais conservent une majesté mystérieuse. Lorsqu’on pénètre dans le temple, l’enchevêtrement de colonnes, de cours, de motifs décoratifs muraux, de bois et de pierre, les rayons du soleil qui tantôt pénètrent entre les structures tantôt s’évanouissent derrière les éléments architecturaux, les escaliers, les paliers, les changements de niveau, plongent le visiteur dans un état de fascination qui le conduit à se perdre entre pénombre et lumière et l’invite à la méditation.

Nous avons eu la chance de visiter Angkor Vat à une heure où le nombre de touristes était encore relativement faible, ce qui facilite la rêverie et la contemplation. J’imagine que quand les groupes s’amoncellent et se bousculent pour faire des selfies, la magie du lieu s’altère.