Taipei (台北), Taitung (台東), Tainan (台南), Taichung (台中)

Avez-vous remarqué comme les noms de ces 4 villes taïwanaises se ressemblent? Le caractère (tai) peut signifier terrasse, autel, estrade ou bureau… Les caractères (bei), (dong), (nan), (zhong, prononcé « djong ») signifient respectivement nord, est, sud, milieu (ou centre). Vous noterez que les noms de ces villes écrits en caractères latins sont trompeurs. Quand je disais « taïtoung », on me regardait bizarrement et on me disait « ahhh… taïdong! ». De même quand je disais  « taïchoung », on me répondait « ohhh… taïdjong! »…

Voici, en tout cas, le mystère de ces ressemblances élucidé.

C’est l’occasion pour moi de vous dire à quel point, je trouve les idéogrammes beaux, magiques et fascinants.

 

Tainan (台南)

Tainan est une ville de près de 800.000 habitants, située à une heure de route au nord de Kaohsiung.

La ville a été fondée en 1624 par la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, sous le nom de fort Zeelandia. En 1662, après un siège de 9 mois contre fort Zeelandia, le général Zheng Chenggong obtient la reddition des néerlandais, mettant fin à leur domination de 38 ans sur l’île. Fort Zeelandia est rebaptisé Anping. Lorsqu’en 1681, les chinois assujettissent l’île, ils rattachent Taïwan à la province de Funan, changent de nouveau le nom de la ville en Taïwan-fu et en font la capitale de l’île. La ville se développe fortement dans les deux siècles suivants et restera capitale jusqu’en 1885, année où le centre administratif de l’île est déplacé plus au nord, à Toatun (aujourd’hui Taichung). En 1885, la ville change de nouveau de nom pour s’appeler Tainan.

La guerre sino-japonaise de 1895 voit la défaite de la Chine qui est contrainte de céder Taïwan à la Chine. Après le départ des chinois et avant l’arrivée des japonais, les taïwanais tentent de proclamer leur indépendance en créant la République de Formose depuis Tainan, en mai 1895. Le 21 octobre, les troupes japonaises entrent dans Tainan et reprennent le contrôle de la ville.

En 1904, avec 50.000 habitants, Tainan est encore la ville la plus peuplée de Taïwan. Après la seconde guerre mondiale, Tainan perd jusqu’à sa position dominante dans le sud de l’île au profit de Kaohsiung qui connaît un fort développement économique grâce à son port.

 

Musée national du palais

Le musée national du palais de Taipei a recueilli les collections impériales de la Cité Interdite de Pékin.

Puyi, le dernier empereur de Chine, est contraint d’abdiquer en 1912 et vit emprisonné dans la Cité Interdite jusqu’en 1924. En 1924, il est chassé de la Cité Interdite et le palais est placé sous la juridiction du ministère de l’intérieur. Le musée national du palais ouvre ses portes au public le 10 octobre 1925. En 1931, le Japon envahit la Mandchourie. Devant la menace japonaise, il est décidé d’évacuer les trésors de la Cité Interdite dans le sud de la Chine, vers Nanjing. C’est le début d’un long périple, au cours duquel, la collection sera divisée en plusieurs lots, passant au fil des années en d’innombrables villes de Chine pour être protégée des envahisseurs japonais. En 1947, la collection est réunie à Chongqing puis acheminée par voie fluviale à Nanjing. Face à l’insurrection communiste, les dirigeants de la République de Chine prennent la décision, de transférer les pièces les plus importantes à Taïwan. 3 navires sont affrétés. Le dernier arrivera à Taïwan en janvier 1949.

Aujourd’hui, le musée compte près de 700.000 pièces. Il se présente comme la plus grande collection d’art chinois dans le Monde. Toutes les oeuvres ne sont pas exposées. Le musée réalise des expositions temporaires pour faire tourner sa collection.

Le musée est très bien conçu avec des salles vastes et bien éclairés. Il est organisé en sections : les peintures et la calligraphie, les bronzes, les sculptures de jade, les céramiques… C’est la section dédiée à la peinture et à la calligraphie que j’ai préférée. Mais je n’ai pas pensé à prendre des photos. Sans doute étais-je trop fasciné par les oeuvres que je contemplais…

 

Promenade en photos dans le centre de Taipei

Taipei est une ville très plaisante où le piéton est le bienvenu. Après trois mois passés dans des environnements urbains très bruyants, nous avons particulièrement apprécié le calme de la capitale taïwanaise. La ville compte de nombreux parcs, un riche patrimoine architectural, des quartiers animés sans être agressifs, un métro d’une propreté irréprochable et des habitants sympathiques.


Dans le métro de Taipei


Parc du mémorial de la paix 228 (en relation avec les événements sanglants du 28 février 1947).


Les taxis jaunes sont omniprésents dans les rues de la ville


Le petit temple taoïste Tianhou, coincé entre deux boutiques


The Red House est un bâtiment iconique du quartier commerçant de Ximanding. Construit en 1908 pour servir de marché, il a été reconverti depuis en centre culturel, accueillant artistes et créateurs.


Palais présidentiel


Statues dans le quartier de Ximanding


Le parc Nishi Honganji est un vestige de la période japonaise. Un temple bouddhiste qui a brûlé se trouvait en ce lieu. Il ne reste que la cloche qui a été rénovée et un pavillon construit pour l’abriter.


Eglise presbytérienne. Les chrétiens représentent environ 4% de la population taïwanaise. Les protestants sont plus nombreux que les catholiques.


Hôpital


Statue de Lin Sen, président de la République de Chine entre 1931 et 1943

 

Taïwan

Nous sommes venus à Taïwan un peu par hasard. Après avoir éliminé la Russie et la Chine de notre tour du Monde, pour nous éviter des complications avec l’obtention des visas, nous nous sommes interrogés sur le pays que nous pourrions caler dans notre programme. Je vous passe les étapes de notre réflexion. Mais nous avons fini par retenir Taïwan pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’y a pas de problème de visa. Puis, le pays se situe à mi-distance entre le Vietnam et le Japon, ce qui permettait de l’insérer facilement dans notre programme, sans allonger la distance parcourue. La culture étant proche de celle de la Chine continentale (même langue, mêmes influences religieuses, cuisine similaire…), il permettait, à défaut d’aller en Chine continentale, d’entrer en contact avec la culture chinoise. La période de 3 semaines disponibles semblait bien correspondre à la taille du pays. Enfin, des personnes m’avaient parlé de la beauté de l’île.

En arrivant, je connaissais peu de choses de l’histoire de Taïwan. Je savais que le chinois était la langue utilisée. Je savais que le pays avait appartenu à la Chine et qu’après la seconde guerre mondiale, il était devenu indépendant. Je savais les tensions diplomatiques qui existaient entre les 2 pays. J’avais en mémoire l’affaire de la vente des frégates par la France. J’avais noté, la provocation de Trump, favorable à une reconnaissance des « deux Chine », ainsi que la réplique du président chinois, rappelant les revendications territoriales de la Chine sur Taïwan. Mais, en arrivant, j’ai été surpris de découvrir l’influence japonaise sur l’urbanisme de Taipei, sur la cuisine (je crois qu’il y a plus de restaurants japonais que de restaurants chinois), sur les panneaux publicitaires ou dans les magasins dans l’utilisation de l’iconographie manga… En outre, nous avons découvert, au cours de notre visite de Taipei que la principale salle de concert, le Taipei Zhongshan Hall, avait été construit en l’honneur du couronnement d’Hirohito, l’empereur du Japon (1936). Enfin, nous avons vu de nombreux hommes d’affaires japonais dans les restaurants de la ville. J’ai ainsi pris conscience que je savais peu de choses sur l’histoire du pays. Il m’est apparu nécessaire de me documenter un peu. Voici donc en quelques phrases un résumé de l’histoire de Taïwan…


Taipei Zhongshan Hall


Jusqu’au XVIème siècle, les populations austronésiennes de l’île de Taïwan développèrent une société autonome sans contact important avec l’extérieur. Le premier contact avec les populations européennes eut lieu en 1542, lorsque les portugais découvrirent l’île. La légende dit d’ailleurs que l’ancien nom de Formose aurait été donné par les portugais, séduits par la beauté de l’île, l’expression « isla formosa » signifiant « belle île » en portugais ancien. En 1646, le gouverneur espagnol des Philippines envoya une expédition sur l’île qui débarqua à l’emplacement de l’actuelle Keelung (nord-est de l’île) et y fonda la ville de San Salvador. Des missions chrétiennes y furent actives jusqu’en 1632. Mais ce sont les hollandais, colonisateurs de l’île, qui induisirent un changement majeur dans la vie de l’île en favorisant une migration chinoise, qui se poursuivit après que les hollandais furent chassés de l’île par Zheng Chenggong, en 1662. Quelques années auparavant, la dynastie Ming fut elle-même chassée du pouvoir en Chine continentale par les mandchous. Il est intéressant de noter que Zheng Chenggong, fidèle aux Ming considérait alors Taïwan comme une base arrière pour reconquérir la Chine continentale. A ce moment, la population de l’île s’élevait à 200.000 personnes qui se répartissaient comme suit : 100.000 chinois, 50.000 hollandais, 50.000 aborigènes. En 1683, Taïwan tomba à son tour aux mains de la dynastie régnante en Chine continentale. L’île demeura sous le contrôle de la Chine continentale jusqu’en 1895.

Entre 1894 et 1895, la Chine et le Japon furent en guerre, à l’origine pour le contrôle de la Corée. La défaite de la Chine donna lieu à la signature du traité de Shimonoseki par lequel elle céda Taïwan au Japon. L’île vécut ainsi sous domination japonaise jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Les troupes du Parti Nationaliste chinois (Kuomintang), dirigé par Chiang Kai-Shek, arrivèrent à Taïwan en 1945, dès le retrait des japonais, et installèrent un gouvernement qui rencontra l’opposition des taïwanais. Le 28 février 1947, des émeutes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, entraînant près de 30.000 morts. Ce fut le début de la terreur blanche. En Chine continentale, les communistes de Mao Zedong défirent l’armée de Chiang Kai-Shek. Ce dernier se réfugia à Taïwan avec environ 2 millions de personnes dans son sillage, fuyant le régime communiste. A partir de ce moment, l’île vécut sous la dictature soutenue par les Etats-Unis. A la mort de Chiang Kai-Shek, son fils Chiang Chin-Kuo, lui succéda et le régime s’assouplit progressivement, jusqu’à l’apparition du multi-partisme (1986), l’organisation d’une première élection présidentielle au suffrage universel direct (1996) et l’avènement d’une première alternance (2000).


Monument de la paix, en commémoration des événements du 28 février 1947


Taïwan, qui se nomme officiellement la République de Chine, n’a jamais proclamé son indépendance car ses dirigeants considèrent qu’ils sont les seuls représentants légitimes de la Chine et revendiquent le rattachement de la Chine continentale. Evidemment, les dirigeants chinois, considèrent a contrario que Taïwan n’est qu’une province de la Chine. Cette histoire explique le face à face tendu qui existe entre les deux pays depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Jusqu’en 1971, le siège de la Chine à l’ONU était occupé par Taïwan. Le refus de Chiang Kai-Shek de reconnaître qu’il était légitime que la Chine continentale disposât d’un siège à l’ONU, conduisit en 1971 au vote de la résolution 2758 qui fit perdre son siège à Taïwan au profit de la République Populaire de Chine.

A partir des années 70, Taïwan connut une croissance économique très rapide, à l’instar de la Corée du Sud, de Hong-Kong et de Singapour (les 4 pays étant alors connus comme les 4 dragons asiatiques). Le pays est ainsi devenu l’un des pays les plus riches d’Asie. Le pays se classait en 2017, selon le FMI, au 21ème rang mondial par son PIB (en parité de pouvoir d’achat), devant des pays comme le Royaume-Uni (28e), la France (29e), le Japon (30e) ou la Corée du Sud (32e).

Malgré les blessures de l’Histoire, Taïwan est parvenu à développer une société prospère, riche d’une culture originale, ouverte sur le Monde, mélange de différentes influences, et a su préserver une indépendance de fait vis-à-vis de la République Populaire de Chine, en dépit du déséquilibre du rapport de forces qui existe (23,5 millions d’habitants contre 1,4 milliard d’habitants). Cela a été possible grâce au soutien des Etats-Unis. Mais combien de temps cela durera-t’il encore? Tout se monnaye et les Etats-Unis sont loin de Taïwan… Il y a fort à craindre que dans un avenir plus ou moins proche, les Etats-Unis finissent par « lâcher » Taïwan, livrant ainsi l’île à son voisin aux visées impérialistes, subissant le sort que connurent, ces dernières décennies, Macao puis Hong-Kong.

 

Hội An, visite de la ville en photos

Hoi An compte une vingtaine de temples, maisons anciennes et musées qui peuvent être visitées. La ville propose un système de visite à la carte qui consiste à acheter des tickets pouvant être utilisés partout. On donne un ticket à chaque visite. La première fois, on achète obligatoirement 5 tickets. Ensuite, on achète le nombre de tickets complémentaires en fonction des visites que l’on souhaite faire. Il existe de nombreux points de vente dans tout le quartier piétonnier. Pour notre part, nous avons passé deux jours pleins à Hoi An et avons visité une quinzaine de sites en deux matinées. Voici quelques photos…


Maison commune de la congrégation chinoise du Fujian (1690)


Temple Quan Cong (1653)


Maison commune de la congrégation Minh Huong (XVIIème siècle)


Maison commune de la congrégation chinoise du Hainan (fin du XIXème siècle)


Temple chinois Trieu Chau (1845)


Maison commune des 5 congrégations chinoises (1773)


Ancienne maison de commerçant chinois, 9 D Nguyen Thai Hoc (XVIIIème siècle)


Pont couvert japonais (1590)


Maison Tan Ky (fin du XVIIIème siècle)


Maison de la famille Tran (fin du XVIIIème siècle)


Maison commune de Cam Pho


Maison commune de la congrégation chinoise de Canton (1786)


Divers

 

Hội An

La ville de Hoi An compte aujourd’hui 120.000 habitants. Elle est située à 30 km au sud de Da Nang, la 3ème ville du Vietnam.

Hoi An fut longtemps une ville importante et une étape prisée par les commerçants chinois et japonais, sur la route de la soie. Elle connut une forte expansion à partir du XVème siècle jusqu’à devenir l’un des principaux ports d’Asie du sud-est. Au XIXème siècle, l’assèchement de la rivière Thu Bon qui traverse la ville rendit l’accès au port compliqué pour les bateaux de grande taille. La ville déclina progressivement au profit de Da Nang. Au XXème siècle, Hoi An, échappa miraculeusement aux destructions occasionnées par les différentes guerres.

La vieille ville fut inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999. 844 bâtiments sont aujourd’hui répertoriés par l’UNESCO pour leurs intérêts historique et architectural. Le coeur de la vieille ville est interdit aux véhicules à moteur. Toutefois, il est fortement recommandé de visiter la ville tôt dans la journée car l’après-midi elle est envahie par les touristes déversés par cars entiers. A la nuit tombée, la ville retrouve un peu de son calme.

Un après-midi nous avons emprunté des vélos que l’hôtel tenait à notre disposition. L’accès à la vieille ville a été périlleux car nous avons dû affronter la terrible circulation vietnamienne où les croisements se font sans feu rouge. C’est une épreuve redoutable pour les nerfs. Mais une fois arrivés à la vieille ville, nous avons eu la surprise de découvrir des rues tellement encombrées de touristes qu’il était quasiment impossible de circuler en vélo, même en avançant au pas.


Photo de notre hôtel, où nous avons reçu un accueil exceptionnel de chaleur et d’attention