Bibliothèque Matenadaran

J’ai déjà eu l’occasion de dire l’importance de la langue arménienne dans l’identité du pays. Cette très belle bibliothèque expose une collection unique de manuscrits anciens décorés d’enluminures. Je vous renvoie au site de la bibliothèque qui présente quelques photos. Voir également l’article de Wikipedia.

 

Mosquée bleue, Erevan

Il existe une mosquée sur ce site depuis 1765. Durant l’ère soviétique, toutes les mosquées d’Erevan furent fermées. En outre, la guerre du Haut-Karabagh entraîna la fuite de la plupart des musulmans d’Erevan. Cette mosquée est la seule à avoir survécu. Elle fut reconstruite à la fin des années 90 grâce à des fonds iraniens.

 

Un jour d’escapade en Lada dans la campagne arménienne

Sur les six jours pleins que nous avons passés en Arménie, nous avons décidé de consacrer une journée pour visiter la campagne aux alentours d’Erevan. L’Arménie est un petit pays et il n’est pas besoin de faire de nombreux kilomètres pour découvrir des paysages sauvages et visiter des monuments, témoins d’une Histoire mouvementée aux influences variées.

Pour une journée, j’ai pensé qu’il n’était pas utile de prendre une voiture luxueuse. Aussi ai-je pris le premier prix qui n’était déjà pas si bon marché que cela (40 € sans compter l’assurance pour couvrir le risque de franchise). Il s’agissait d’une Lada présentant plutôt bien sur la photo, proposée par Hertz. Le véhicule devait être récupéré à la réception d’un hôtel situé à proximité de notre appartement.

En nous rendant à l’adresse prévue le matin de la location, nous ne trouvions pas l’hôtel désigné dans la réservation. Il s’agissait d’une arrière-cour décrépite et entourée d’immeubles noirs. Je demandai de l’aide à un premier passant puis à un deuxième. Le second nous renvoya vers la réception d’un hostel bâti au milieu de la cour. Les personnes de l’hostel nous indiquèrent le lieu précis que nous cherchions. En nous y rendant, nous découvrîmes une porte fermée par un code sans interphone. Je continuai ma quête d’aide auprès des boutiques sur la rue voisine. Une personne nous accompagna de nouveau devant cette porte fermée. Et un voisin finit par annoncer que l’hôtel que nous cherchions était fermé. Evidemment, nous n’avions pas moyen de téléphoner. Nous retournâmes à l’hostel où une personne accepta d’appeler pour nous. Finalement, elle nous expliqua que la voiture nous attendait à l’agence près du théâtre de Moscou en centre-ville. Nous prîmes un taxi qui nous coûta environ 2€ et nous arrivâmes enfin à l’agence Hertz. La voiture nous y attendait effectivement. Extérieurement, elle était à peu près conforme aux photos mais intérieurement c’était une antiquité. Le revêtement intérieur était noir, les vitres ne se remontaient pas complètement, le moteur faisait un bruit erratique et infernal, le frein à main se coinçait, les freins étaient faiblards, et après quelques centaines de mètres ma ceinture de sécurité se décrocha de la portière.

En d’autres circonstances, je me serais énervé et je serais retourné à l’agence, mais ce jour-là, je n’ai rien fait. Je pense que j’étais déjà content d’avoir trouvé une voiture. A posteriori, je me dis que ce n’était pas malin de rouler toute la journée dans cette épave et sans ceinture. Mais voilà, parfois on manque de bon sens. En tout cas, la voiture ne nous a pas lâchés, ce que je craignais le plus à entendre le bruit du moteur, même à l’arrêt. Nous avons beaucoup ri. La Lada a eu bien du mal à monter certaines côtes de la campagne arménienne. Mais nous avons quand même fait ce que nous avions prévu, à savoir, visiter le temple hellénique de Garni (30 km d’Erevan), le monastère de Geghard (40 km d’Erevan), puis la mère de l’Arménie (statue à la gloire de l’Arménie, sur les hauteurs d’Erevan).

Notre chère Lada qui ne présentait pas si mal de l’extérieur…

 

Arménie, repères historiques

La région du Caucase autour du Mont Ararat (aujourd’hui en Turquie) fut peuplée dès la préhistoire. Des traces d’une civilisation ayant vécu à l’âge de bronze (4000 avant JC) ont été retrouvées en 2010 et 2011, parmi lesquelles les plus vieilles chaussures en cuir au Monde, des vêtements et les éléments d’une culture vinicole.

Durant l’Antiquité, la région passa sous le contrôle de différentes puissances, parmi lesquelles le royaume d’Urartu (rival du Royaume assyrien, plus au sud), qui s’étendait, autour de 700 avant JC, depuis la méditerranée jusqu’aux frontières orientales de l’actuelle Arménie.

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Selon des écritures cunéiformes retrouvées sur une pierre d’Erevan, Argishti 1er, roi de l’Urartu de 786 à 764 avant JC, fonda la ville d’Erebouni (actuelle Erevan) en 782 avant JC. Ce document fait d’Erevan la plus ancienne ville pouvant documentée la date de son édification.

Autour de 600 avant JC, une tribu serait venue des Balkans et se serait mêlée au peuple d’Urartu, donnant naissance à l’ethnie arménienne.

Lorsqu’Alexandre Le Grand conquit la Perse, au IVème siècle avant JC, l’Arménie passa sous influence grecque. Celle-ci perdura jusqu’au IIème siècle avant JC.

En 189 avant JC, Artaxias proclama l’indépendance de l’Arménie. Il fonda Artaxate, la capitale de son royaume en 187 avant JC (voir carte ci-dessous, au sud d’Erevan ; la ville s’appelle aujourd’hui Artachat). Sous le règne de Tigrane le Grand (95-55 avant JC), le royaume d’Arménie s’étendait de la Méditerranée aux rives de la mer Caspienne. Ce même roi fit de Tigranocerte la capitale du royaume (voir carte ci-dessous ; la ville s’appelle aujourd’hui Silvan et est en Turquie).

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L’empire romain conquit la partie occidentale du royaume puis annexa l’Arménie en 65 avant JC. Durant les 3 premiers siècles de notre ère l’Arménie passa alternativement sous le contrôle des romains, des parthes (royaume au nord de l’actuel Iran) et des perses (ces derniers anéantissant au passage le royaume des parthes). En 298, les romains qui avaient repris le contrôle de la région et établit un protectorat sur l’Arménie portèrent au pouvoir le roi Tiridate IV qui se convertit au Christianisme, faisant de l’Arménie le premier royaume chrétien. C’est à cette époque que fut créé l’alphabet arménien (inspiré de l’alphabet grec), qui permit de préserver une identité arménienne malgré les invasions successives que connut le pays au cours des siècles suivants.

Au début du Vème siècle, l’Arménie était partagée entre la Perse (dynastie des Sassanides) et le royaume byzantin. Les arabes envahirent le pays et installèrent leur domination jusqu’en 885, année où l’Arménie retrouva son indépendance. Ani la capitale du royaume (aujourd’hui proche de la frontière arménienne, côté turc) devint le centre culturel, religieux et économique du Caucase. Cette période d’indépendance dura moins de 2 siècles car l’empire byzantin reprit le contrôle de l’Arménie en 1045. Puis ce furent les turcs seldjoukides qui s’emparèrent d’Ani en 1064, ruinant le pays. Si la reine Tamar reprit Ani aux turcs à la toute fin du XIIème siècle, le pays subit les invasions mongoles dès le XIIIème siècle, puis des ouzbeks, provoquant un exil massif des arméniens vers des régions plus occidentales telles que la Moldavie, la Transylvanie, la Hongrie, l’Ukraine, la Pologne, Chypre,  et la Cilicie (dans le sud de l’actuelle Turquie) où fut fondée le royaume arménien de Cilicie qui incarna la souveraineté nationale jusqu’en 1375. Durant cette période l’Arménie fut l’alliée des croisés de Terre Sainte.

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Le royaume arménien de Cilicie, dernier royaume chrétien de la région, fut vaincu par les mamelouks égyptiens en 1375. Dès lors, l’Arménie perdit toute incarnation étatique jusqu’au début du XXème siècle. A partir de 1441, l’église d’Arménie qui établit son saint-siège à Etchmiadzin joua un rôle important dans la transmission d’une identité arménienne à travers les siècles.

Jusqu’au début du XIXème siècle, la région qui correspondait au royaume de Tigrane le Grand, fut le théâtre de conflits entre l’empire ottoman et l’empire perse. Durant cette période, des communautés arméniennes se maintinrent dans tout l’empire ottoman et dans l’empire perse y compris dans les régions de l’actuelle Azerbaïdjan et jusqu’à Téhéran ou Ispahan, dans l’actuelle Iran. La majeure partie de ce territoire était sous le contrôle turc au début du XIXème siècle. En 1827, l’empire russe qui se posait en libérateur des peuples chrétiens du Caucase, récupéra les territoires du nord de l’empire perse et permit à la communauté arménienne de se regrouper et de se développer autour d’Erevan, de Tbilissi (capitale de l’actuelle Géorgie) et de Bakou (capitale de l’actuelle Azerbaïdjan), tandis que les musulmans se déplacèrent pour leur part vers l’empire ottoman ou l’empire perse.

La décadence de l’empire ottoman à la fin du XIXème siècle, la menace grandissante des nations européennes, firent naître une défiance grandissante des turcs vis-à-vis des arméniens, perçus comme une menace interne. Les arméniens furent victimes de premiers massacres entre 1894 et 1896, provoquant de 80.000 à 300.000 morts.

Allié de l’Allemagne durant la première guerre mondiale, l’empire ottoman entreprit la déportation et le massacre des arméniens dans une logique d’éradication totale, perpétrant ainsi un génocide entre 1915 et 1916. Les massacres se poursuivirent encore pendant plusieurs années provoquant au total entre 1,2 et 1,5 millions de morts, souvent massacrés dans des conditions atroces.

Suite à la révolution russe de 1917, l’Arménie parvint à créer une république indépendante à l’existence éphémère (1918-20). Lors de la Conférence de la Paix de 1919, elle se prit à rêver de la refondation d’une Grande Arménie, incluant la partie occidentale contrôlée par les turcs. Ses espoirs furent déçus. Menacée par la Turquie, l’Arménie se résolut à accepter la protection des communistes russes. Le 29 novembre 1920 naquit la République Soviétique d’Arménie ne couvrant qu’une petite partie des territoires revendiqués par les arméniens. En 1922, elle fut incluse dans la République Socialiste Fédérative Soviétique de Transcaucasie dont Tbilissi devint la capitale. En 1936, elle devint une république socialiste soviétique à part entière. Le Haut-Karabagh peuplé très majoritairement par des arméniens fut rattaché à la République Soviétique d’Azerbaïdjan.

Alors que la perestroïka permit aux républiques de retrouver plus d’autonomie à la fin des années 80, les arméniens du Haut-Karabagh déclarèrent leur autonomie vis-à-vis de la République d’Azerbaïdjan en 1988, provoquant des violences sur ce territoire. Lorsque l’Azerbaïdjan puis l’Arménie déclarèrent leur indépendance à la fin de l’été 1991, un conflit éclata aussitôt entre les deux pays pour le contrôle du Haut-Karabagh. Un référendum en faveur de l’autonomie fur organisé en 1991 et vit la victoire écrasante des autonomistes. Les autorités azéris refusèrent de céder et le conflit se poursuivit jusqu’en 1994, date à laquelle fut signé un cessez-le-feu. Les parties s’accordèrent pour confier la résolution du conflit au groupe de Minsk, présidé par la France et placé sous l’autorité conjointe des Etats-Unis et de la Russie. Mais aucune solution politique n’émergea.

Le 20 février 2017 fut organisé un nouveau référendum dans le Haut-Karabagh proposant une modification de la constitution de la région autonome. La modification approuvée par 76% de la population établit la naissance de la République d’Artsakh, dirigée par un président avec Stepanakert comme capitale. Cette nouvelle république, enclavée en Azerbaïdjan, n’est pas aujourd’hui reconnue par la communauté internationale et fait l’objet d’un blocus par l’état azéri qui empêche tout vol commercial d’atterrir sur son territoire. Pour plus d’informations sur le Haut-Karabagh ou la République d’Artsakh, je vous renvoie à cet excellent article de GEO.

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Comme dans un effet miroir, le Nakhitchevan majoritairement peuplé d’azéris, proclama, le 20 janvier 1990, son indépendance vis-à-vis de l’Arménie à laquelle il fut rattaché durant la période soviétique. Cette république autonome est sous le contrôle des azéris bien qu’elle soit exclavée, sans voie de communication terrestre avec l’Azerbaïdjan.

Conclusion

Si vous avez eu le courage d’aller jusqu’au bout de cet article, vous comprendrez pourquoi la situation de l’Arménie m’a inspiré le précédent article sur la notion de Nation. Voici un pays issu de la décomposition de l’Union Soviétique qui, mise à part l’éphémère indépendance de 1920-22, n’avait pas eu d’existence politique depuis le XIVème siècle, et encore, existait-il alors sur un territoire dont l’intersection avec ses frontières actuelles est vide. Sur les deux derniers millénaires, l’Arménie a existé en tant qu’Etat durant à peine 500 ans, en périodes morcelées et sur des périmètres géographiques différents. Finalement, c’est la religion chrétienne et la survivance d’une langue écrite arménienne qui a assuré au travers des siècles une continuité au fil ténu, entre ces différentes époques jusqu’à l’Arménie actuelle.

Carte identifiant les capitales historiques de l’Arménie (en bleu), les zones d’exil ou de développement de fortes communautés arméniennes à travers les siècles (croix oranges), et enfin les deux zones de conflit avec l’Azerbaïdjan (étoiles sur fond rouge). L’émigration du XXème siècle notamment l’exil suite au génocide n’est pas ici identifié.

 

Statues d’Erevan

Voici quelques photos des innombrables statues qui peuplent et embellissent la capitale arménienne. Nous sommes en pleine construction du récit national… Evidemment les statues de Lénine, Staline et Marx ont disparu.

De gauche à droite et de haut en bas :

  • photo 1 : Zoravar Andranik (1865-1927), militaire – inaugurée en 2002
  • photo 2 : Vardan II Mamikonyan (?-451), chef militaire – inaugurée en 1985

  • photos 3 et 4 : Yeghishe Charents (1897-1937), poète, victime des purges staliniennes – inaugurée en 1985
  • photo 5 : Vahan Teryan (1885-1920), poète et politicien – inaugurée en 2000
  • photo 6 : chien de race gampr (ou berger arménien), endémique de la région – inaugurée en 2018 (offert par la communauté arménienne des Pays-Bas)
  • photo 7 : l’Arménie ressuscitée – inaugurée en 1985
  • photo 8 : Komitas (1869-1935), prêtre et musicien né en Turquie, mort en exil en France – inaugurée en 1988
  • photo 9 : Aram Khachatryan (1903-1978), compositeur – inaugurée en 1999
  • photo 10 : Hovhannès Toumanian (1869-1923), écrivain – inaugurée en 1957
  • photo 11 : Alexandre Spendarian (1871-1928), compositeur – inaugurée en 1957
  • photo 12 : Arno Babadzhanyan (1921-1983), pianiste – inaugurée en 2003
  • photo 13 : Smoking woman de Fernando Botero – inaugurée en 2012
  • photo 14 : Big Blue Kiwi de Peter Woytuk
  • photo 15 : Guerrier romain de Fernando Botero – inaugurée en 2002
  • photo 16 : Chat de Fernando Botero – inaugurée en 2002
  • photo 17 : Aram Manoukian (1879-1919), politicien, révolutionnaire et général – inaugurée en 2018
  • photo 18 : Lion
  • photo 19 : Alexander Myasnikyan (1886-1925), révolutionnaire bolchevik – inaugurée en 1980

 

6 jours passés en Arménie

Erevan a été la première étape de notre court séjour dans le Caucase, entre Arménie et Géorgie. Après un voyage de 24 heures un peu éprouvant pour sa longueur, mais finalement confortable dans les avions d’Aeroflot, nous sommes arrivés à Erevan à 1 heure du matin. Nous avions demandé à notre hôte de nous organiser un transfert depuis l’aéroport jusqu’à l’appartement car c’est un luxe appréciable de savoir que quelqu’un nous attend quand nous arrivons dans un nouveau pays, surtout quand c’est en pleine nuit.

Les bagages récupérés, nous nous sommes dirigés vers la sortie. Nous attendait un homme pas très rassurant de prime à bord, trapu, les cheveux presque rasés, avec des tatouages sur tout le corps jusqu’au visage. Il était accompagné d’un acolyte, grand et mince. Les deux, ensemble, donnaient l’impression d’être des hommes de main de la mafia locale. En fait, le premier était notre hôte, Eric. Il nous a accueillis avec le sourire et nous a mis à l’aise tout de suite. Après 20 minutes de route, nous avons découvert le superbe appartement où nous allions loger, nous sommes allés au supermarché en bas de l’immeuble (ouvert 24h sur 24) pour acheter quelques boissons et de quoi faire un petit-déjeuner le lendemain et puis, à notre grand soulagement, nous nous sommes allongés pour profiter d’un sommeil réparateur.

Le lendemain en nous levant, nous avons découvert la superbe vue sur la cathédrale Saint-Grégoire, située à 50 m de l’immeuble. Le temps était ensoleillé. Notre façade étant exposée à l’ouest, la cathédrale était illuminée de la douce lumière matinale. Derrière elle, un large panorama de la ville en terrasse d’Erevan s’offrait à nos yeux. Et au fond, nous apercevions le mont Aragats enneigé (4090 m). Erevan se situe elle-même à peu près à 1000 m d’altitude. Notre appartement était magnifique, bien équipé et nous bénéficions d’un support permanent du staff de l’immeuble : une jeune fille présente toute la journée pour nous donner des conseils, Eric qui passait de temps en temps, les gardiens en bas de l’immeuble. Tous étaient souriants, sympathiques et dévoués.

Malheureusement, ce sont à peu près les seules personnes sympathiques que nous ayons rencontrées durant notre séjour. Je me rappelle encore de trois dames souriantes à l’accueil du musée de l’Arménie et encore une autre à l’entrée du mémorial du génocide arménien. Et voilà, c’est à peu près tout. Pour le reste, je ne me pas rappelle pas d’avoir été dans un lieu avec une telle impression désagréable d’être persona non grata. Dans la rue, dans les supermarchés, à l’entrée des musées, dans les églises, au restaurant, dans les transports, les gens nous toisaient avec des regards scrutateurs et ouvertement hostiles. Répondre à ces regards noirs par des sourires ne changeaient en rien leur attitude. Même les filles s’en sont rendues compte. Pas de sourire, mais pas de « bonjour », de « merci », ni de quelque mot que ce soit, juste une attitude glaciale. Quelle en est la raison? J’avoue l’ignorer totalement. Pourtant, partout la relation forte entre l’Arménie et la France est vantée. Charles Aznavour, le franco-arménien, est un héros national. J’ai pensé un temps que c’était leur façon d’être y compris entre eux. Mais au bout du compte, je pense qu’il y a autre chose. Est-ce une fermeture de principe à tout ce qui vient de l’étranger et aux touristes? Est-ce une souffrance par rapport à leur histoire dont ils n’arrivent pas à se départir? Est-ce de la jalousie? Cela reste un mystère à mes yeux. J’ai beaucoup aimé la ville d’Erevan et la campagne alentour que nous avons eu l’occasion de visiter en voiture. Mais cette attitude des arméniens nous a un peu gâché le plaisir. Je me rends compte qu’en écrivant ces lignes, je peux blesser certaines personnes qui les liront. Je m’en excuse par avance auprès d’elles. Malheureusement, la sincérité de ce que j’écris est réelle. Et cela m’attriste.

Evidemment, après le Japon où les gens étaient aussi aimables et souriants, cela a été un choc. Mais nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur, en nous intéressant à la ville et au pays. Heureusement, en rentrant de nos escapades nous retrouvions le staff charmant de l’immeuble ainsi que notre très bel appartement.

La ville n’est pas très grande. Nous avons emprunté plusieurs fois le métro pour nous rapprocher des centres d’intérêts, situés à une ou deux stations de chez nous. Le métro date de l’époque soviétique. Il ressemble dans sa conception aux métros de Moscou et Saint-Pétersbourg, mais en beaucoup moins luxueux. Sa construction a été terminée dans les années 80. Mais, il semble avoir été construit au début du siècle dernier tant il est vétuste, bruyant, humide. Les filles riaient beaucoup avec les escalators extrêmement rapides, les plus rapides que je n’ai jamais vus.


Vue sur la cathédrale Saint-Grégoire depuis notre appartement, matin


Vue sur la cathédrale Saint-Grégoire depuis notre appartement, début d’après-midi

 

Dernière étape avant Paris

Nous sommes arrivés ce matin à Tbilissi, notre dernière étape avant le retour en France. Le vol était très matinal : décollage à 5h45 d’Erevan. Le soleil se levait quand nous avons décollé. Nous avions une superbe vue sur le Mont Ararat enneigé (5137 m), aujourd’hui en Turquie, revendiqué par les arméniens comme leur terre ancestrale. Nous avons loué une nuit de plus à Tbilissi pour pouvoir disposer de l’appartement dès notre arrivée autour de 7h du matin. La ville a l’air belle. Il fait chaud. La météo prévoit 32°C aujourd’hui. Peut-être moins qu’à Paris? L’appartement ressemble à un loft d’artiste sous les toits. Il est situé au deuxième étage d’un immeuble classique d’une des rues cossues de la ville. Il est vaste et très agréable. Nous avons dormi un peu à notre arrivée. Nous émergeons à peine. Plus que 5 jours avant de rentrer en France…

 

Retour en Europe

Nous avons quitté le Japon hier matin. Notre avion décollait de Narita à 12h15. L’aéroport international de Tokyo est situé au nord de la ville à 70 km environ du centre ville. Le trajet en train depuis la gare centrale nécessite un peu plus d’une heure. Pour se garder une bonne marge à l’aéroport et y prendre un petit-déjeuner, nous avons visé d’être à 9h30 à Narita. Nous nous sommes levés à 6h30 pour boucler les derniers bagages avant de partir. Pour la première fois, nous étions dans le métro aux heures de pointe. Même pour des parisiens, c’était plutôt impressionnant de voir ces quais noirs de monde avec des trains qui déversaient ou absorbaient en continu des milliers de personnes.

Nous avons voyagé avec Aeroflot de Tokyo à Erevan (Arménie), via Moscou Sheremetyevo, avec des billets nous revenant à moins de 500 € par personne. Elise avait lu pas mal d’avis négatifs et même un peu inquiétants, d’une part, sur la qualité, le confort et le service à bord des avions d’Aeroflot, d’autre part, sur l’aéroport de Sheremetyevo, réputé être un « triangle des Bermudes » pour les bagages en transit. Finalement, tout s’est passé dans d’excellentes conditions. Nous n’avons pas vu passer les 9 heures de vol entre Tokyo et Moscou, dans une classe économique proche de la business pour d’autres compagnies. Nous avons notamment mangé deux repas de très bonne qualité pour le prix du billet. L’attente de 4 heures à Sheremetyevo a été un peu longue mais nous avions prévu tout ce qu’il fallait en matière de lecture pour que cela se passe dans de bonnes conditions. Le dernier vol de 3 heures a été plus pénible mais surtout parce que nous étions épuisés à cause du décalage horaire. Nous avons atterri à 0h30, heure locale, c’est-à-dire, 4h30, heure de Tokyo. Heureusement, quelqu’un nous attendait à l’aéroport pour nous accompagner à notre appartement. Le temps de passer la douane, de récupérer les bagages (qui ne s’étaient pas perdus!), de faire le trajet et d’acheter quelques bricoles au supermarché en bas de l’immeuble pour le petit-déjeuner, nous nous sommes couchés à 3h00, heure locale, c’est-à-dire 7h00, heure de Tokyo.

Nous sommes donc restés 24 h debout. Les filles ont dormi un peu dans l’avion entre Moscou et Erevan, mais Elise et moi avons à peine dormi sur tour le trajet. Nous avons été ravis de découvrir un appartement magnifique dans le centre d’Erevan avec vue imprenable sur la cathédrale Saint-Grégoire. Evidemment articles et photos à suivre. Mais avant il me reste à publier, dans les 2 ou 3 jours qui viennent, les derniers articles de notre merveilleux séjour au Japon.

A suivre…