Hanga Roa, dernier jour sur l’île de Pâques

Pour le dernier jour de 2018 et notre dernier jour sur l’île, nous pensions faire un bon repas au restaurant le midi. Le soir, ce n’était pas possible car nous devions prendre l’avion pour Papeete. Malheureusement, tous les restaurants dignes de ce nom avaient fermé leur porte le midi pour préparer le réveillon. Nous avons donc dû nous rabattre sur une petite gargote où ça sentait fort le graillon. Ils n’avaient pratiquement rien dans ce boui-boui. La moitié des choses inscrites à la carte n’étaient pas disponibles. Ils n’avaient même pas d’eau! Nous avons pris des jus d’ananas frais, excellents au demeurant.

Après nous être restaurés, nous nous sommes promenés sur la promenade du front de mer, le port, nous avons visité la petite église (enfin de l’exterieur car elle était fermée), et puis nous sommes allés dire un dernier au revoir aux moais proches d’Hanga Roa et aux moais de Tongariki.

Il était convenu qu’à 19h30, la propriétaire de la maison que nous avions louée, nous accompagne à l’aéroport. Au moment de partir, elle nous fit cadeau de colliers avec des moais en pendentif, pour que nous nous « souvenions » de notre séjour. Et nous avons fini 2018, dans l’aéroport attendant tranquillement notre avion. Le temps est finalement passé très vite…


Promenade sur le front de mer


Les 2 moais qui sont sur la promenade d’Hanga Roa et que nous n’avions pas vus avant ce 31 décembre 2018


Curieuse église avec des représentations de l’homme-oiseau et des symboles maçonniques

 

Ahu Vinapu

Ahu Vinapu est un site qui n’a pas été restauré. Deux ahus sont présents sur le site. Sur l’un d’entre eux, les pierres monumentales imbriquées les unes dans les autres rappellent fortement les constructions incas vues dans les Andes, notamment à Ollantaytambo. Ce site étaye la thèse d’un contact entre les habitants de l’Ile de Pâques et les Mayas.

Dans un premier temps, nous sommes passés à l’arrière des ahus et nous avons vu des amas de pierres qui ne nous évoquaient rien de particulier. En poursuivant, sur le site, nous avons découvert des têtes enterrées dans le sol, et puis des chapeaux, les pukao. Finalement, en revenant sur nos pas, nous avons compris que les amas de pierres étaient des moais brisés, allongés face contre terre. Ce site qui me paraissait peu intéressant de prime abord, révéla soudainement toute sa triste beauté.

Les pierres imbriquées de l’Ahu Vinapu, avec un moai presque enterré devant l’autel


Des amas de pierres insignifiants de prime abord


Des têtes de moais et un pukao


Les moais face contre terre

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Rano Raraku

Rano Raraku est le volcan où se trouve la carrière de fabrication des moais. Il y aurait plus de 200 moais, plus ou moins achevés sur ce site. D’après les archéologues, toutes les statues ont un corps comparable, visible ou non. Elles sont dans des positions variées. Certaines sont debout, d’autres sont couchées, d’autres encore sont inclinées. La plupart sont partiellement ensevelies. On voit des têtes à peine émergées du sol. Et toujours les mêmes expressions empreintes de tristesse et de gravité, comme si les moais souffraient de cet abandon. Ce lieu a quelque chose de poignant et de mystérieux.

Depuis Rano Raraku, on aperçoit au loin l’Ahu de Tongariki et vice versa.

Le volcan Rano Raraku, vu depuis l’Ahu Tongariki



Deux moais couchés inachevés


Cette statue est singulière, à l’écart des autres et surtout plus semblable à un être humain

Ahu Tongariki

C’est le site le plus impressionnant : 15 moais alignés sur un ahu de 200 mètres de long regardent droit devant, dans un environnement grandiose. Ils ont tous la même posture, mais des tailles et des visages différents, ce qui renforce le sentiment qu’ils sont des êtres magiques avec des personnalités propres. Le décor autour est splendide : l’océan en toile de fond, les falaises du volcan Poike qui donnent une tonalité dramatique au paysage, l’immense étendue d’herbe en légère pente ascendante devant eux qui permet de les observer d’une multitude de points différents.

En 1960, un tsunami renversa les moais et les déplaça sur plusieurs dizaines de mètres. La restauration du site fut réalisée dans les années 90. Faute d’information précise sur la place des moais avant 1960, la disposition actuelle n’est qu’une reconstitution, probablement différente de la disposition d’origine. Le Japon reçu, en échange d’un financement pour la restauration du site, l’autorisation d’accueillir sur son sol l’un des moais. Celui-ci fut baptisé le moai voyageur car il est le seul à avoir quitté l’île et être revenu. Il est aujourd’hui placé à l’entrée du site, comme s’il accueillait les visiteurs.

Nous sommes retournés trois fois sur le site.

Les 15 moais de l’Ahu Tongariki et le moai voyageur au premier plan

 

Vues d’ensemble du site

 

Le moai voyageur

 

Ahu Tongariki

 

Les 15

 

Grande randonnée sur l’Ile de Pâques

Le 28 décembre, le lendemain de notre atterrissage sur l’île, nous partîmes en randonnée d’Hanga Roa, à la rencontre de nos premiers moais. Notre première halte se fit rapidement pour découvrir le seul cimetière de l’île. Le temps était très ensoleillé et le soleil bien orienté, ce qui me permit de faire des photos lumineuses que je diffuserai dans le prochain article.

Cimetière d’Hanga Roa


400 m plus loin, nous découvrîmes les premiers moais sur les sites d’Ahu Vai Uri (4 statues) et Ahu Tahai (1 statue solitaire). Et puis, presque attenant, Ahu Ko Te Riku (1 seule statue). Nous étions quasiment seuls sur ces sites délimités par des murets en pierre, entourés d’une herbe vert intense, la mer d’un bleu profond en décor et les rayons du soleil illuminant idéalement les statues. C’est un instant que je n’oublierai pas. Je ressentis une grande sérénité comme si j’étais dans un lieu magique, chargé de mémoire, un lieu habité. Les statues d’Ahu Vai Uri et d’Ahu Tahai, bien qu’abîmés par le temps, semblaient vivantes, se dressant droites, regardant toutes dans la même direction, stoïques. Ahu Ko Te Riku, la seule statue de l’île dont les yeux ont été restaurés m’apparut dans toute sa splendeur.

Ahu Vai Uri


Ahu Tahai et Ahu Ko Te Riku


Voilà! En moins d’un demi kilomètre de marche, nous étions entrés en contact avec ces statues venues d’un passé oublié, tournant le dos à la mer, portant les stigmates du temps, comme au garde à vous, les gueules cassées empreintes d’une éternelle tristesse. L’instant me fit frissonner d’émotion. Les minutes s’étiraient et je ne bougeais pas, contemplant longuement les moais qui me faisaient face. Je les trouvais fascinants car ils semblaient porteurs d’un message secret à l’adresse des visiteurs. Ces statues, dans leur simplicité, dans leur expressivité, disent quelque chose d’intemporel sur la relation de l’homme avec l’univers, ses interrogations sur la vie, ses inquiétudes par rapport à la mort, sur sa volonté de créer, de laisser une trace qui lui survivra. Cet art est absolu car il s’adresse directement à ce qu’il y a de plus profond en nous, et communique à tous les hommes, par delà les cultures, par delà les siècles. Il exprime quelque chose d’essentiel.

Après de longues minutes et une pause pique-nique – le corps nous arrache parfois à nos rêveries nous ramenant à des considérations toutes matérielles – qui nous permit de prolonger la contemplation, nous repartîmes en direction du site suivant, Ahu Hanga Kio’e (également 1 seule statue). Celui-ci est un peu plus éloigné, à 800 mètres de marche d’Ahu Ko Te Riku. Le moai est différent des précédents car son visage est davantage allongé ainsi que son nez, et son arcade sourcilière est plus marquée. Nous vîmes par la suite, beaucoup d’autres visages semblables, notamment dans la carrière de Rano Raraku. De toutes les statues vues ce premier jour, je crois qu’elle est celle qui est la plus emblématique des moais de l’Ile de Pâques.

Ahu Hanga Kio’e


J’avais lu sur un blog qu’il était possible de faire une marche de 7 km pour se rendre sur un autre site archéologique et revenir à Hanga Roa, en passant par les moais de Ahu Haviki, les seuls moais de l’île qui regardent l’océan. Portés par l’enthousiasme des premières rencontres, nous nous lançâmes dans la randonnée.

Sur le chemin, nous visitâmes une grotte accessible depuis un trou d’homme dans le sol, à quelques dizaines de mètres de la falaise, et aboutissant après une progression difficile dans le noir absolu sur des fenêtres ouvertes en à-pic au-dessus la mer.

Grotte Anna Kakenga


Et puis, nous reprîmes notre route. Celle-ci semblait bien plus longue que prévu. Petit à petit, notre enthousiasme s’éroda. Mais nous semblions si proche du site archéologique visé que nous prolongeâmes encore notre effort. Finalement, je fis les dernières centaines de mètres seul, laissant Elise et les filles se reposer en attendant mon retour. Ce faisant, nous renoncions à faire la route retour par Ahu Akivi. Le retour fut un vrai calvaire. Il faisait chaud. Le vent soufflait et adoucissait quand même la chaleur des rayons du soleil. Mais nous mourions de soif, et plus une goutte d’eau pour nous aider à avancer. Les derniers kilomètres furent un enfer. Et quel ne fut pas notre soulagement lorsque nous aperçûmes le premier moai, signe que nous approchions de la voiture.

Finalement, les 7 km annoncés sur un blog se transformèrent en 15 bons kilomètres dans la campagne, sur des chemins accidentés et caillouteux. Nous étions épuisés le soir. Qui plus est, avant de partir, nous avions omis de mettre de la crème solaire. Mal nous en prit! Elise et moi reçûmes, en paiement de notre inconséquence, nos pires coups de soleil depuis des années. Les filles furent moins touchées, sans doute du fait de la matité de leurs peaux.

Nous souffrîmes les nuits suivantes! Mais nous n’oublierons pas cette longue marche le long des côtes escarpées de la côte ouest de l’Ile de Pâques et ce premier contact avec les moais. Inoubliable!

 

L’Ile de Pâques

L’Ile de Pâques appartient au Chili. L’espagnol est la langue officielle. Le rapanui, la langue indigène, est parlé par une minorité des habitants.

De forme triangulaire, l’île mesure environ 24 km dans sa plus grande dimension. Elle compte 6.370 habitants selon le recensement de 2015.

L’Ile de Pâques est célèbre pour son patrimoine archéologique original, en particulier ses moais, statues en tuf ou basalte (roches volcaniques) de plusieurs mètres de haut. L’île aurait été peuplée pour la première fois entre 800 et 1200, par des polynésiens venus des Marquises ou de l’archipel des Tuamotu, sur des pirogues à balancier ou à double coque. Une reconstitution faite avec des embarcations semblables en 1999 a nécessité 17 jours de navigation. Cette thèse est notamment soutenue par le fait que les plus anciens moais ressemblent aux tikis, statues polynésiennes.

 

Les premiers immigrants, menés selon la tradition orale par un chef nommé Haumaka, auraient bâti une société complexe à l’origine de la production des moais. Certains historiens pensent qu’une crise environnementale entre 1500 et 1600 a été à l’origine d’un changement majeur dans la société de l’île, conduisant notamment à l’abandon de la construction des moais. Ceux-ci auraient été délibérément couchés par la population ou laissés à l’abandon dans les carrières où ils étaient en cours de fabrication. Un nouveau culte vint alors supplanter les croyances anciennes : le culte de Make-Make auquel était associé la compétition de l’homme oiseau.

Le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen fut le premier européen à visiter cette île qu’il découvrit le jour de Pâques 1722 et qu’il baptisa ainsi en souvenir de ce jour. Le nom originel de l’île est Rapa Nui. A cette époque, l’île comptait environ 4.000 habitants. L’Espagne l’annexa en 1770 mais s’en désintéressa. Au XIXème siècle, le Pérou déporta un nombre important d’habitants de l’île à des fins esclavagistes ce qui fit chuter sa population. En 1877, le nombre d’habitants était tombé à 111. Dans les années qui suivirent, des français s’installèrent sur l’île. Finalement elle passa sous contrôle chilien en 1888, comptant alors 178 habitants. Au début du XXème siècle, les rapanuis furent parqués dans un petit espace de l’île, le restant étant consacré à l’élevage des moutons. Ce n’est que dans les années 60, que les habitants retrouvèrent une liberté de mouvement, entraînant une augmentation de la population.

Dans les années 70, la NASA agrandit la piste d’atterrissage de l’île pour pouvoir l’utiliser en cas d’atterrissage d’urgence des navettes spatiales. Cet agrandissement permit aux gros porteurs d’atterrir sur l’île ce qui conduisit au développement du tourisme, devenu depuis sa principale ressource.

En 1995, le patrimoine archéologique de l’île fut classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.