Horseshoe Bend, côté pile

Dans l’ensemble, les parcs américains sont encore très fréquentés au mois de septembre. Mais rarement, nous avons rencontré une telle densité de touristes sur un site. Probablement, est-ce dû au fait qu’Horseshoe Bend est un site facile d’accès et très photogénique. Au-delà du spectacle merveilleux qu’offre la nature en ce lieu. Il est un autre spectacle étonnant ; celui des touristes qui se prennent en photo devant ce lacet du Colorado. Beaucoup de perches à selfie, beaucoup de positions extravagantes… Le centre de la photo n’est plus le site que l’on est venu visiter, mais la personne, le site n’étant plus qu’un décor. Je ne sais que penser de ce besoin de se prendre en photo ainsi devant chaque endroit visité. Est-ce simplement pour montrer qu’on y était? Est-ce pour se souvenir de ce moment? Est-ce pour se rassurer sur le fait que l’on est vivant? Et pourquoi tant de poses extravagantes? J’ai l’impression qu’elles tournent en dérision toute chose. Est-ce que mon habitude de prendre des photos sans personne a plus de sens? N’est-ce pas aussi dérisoire?

Lac Powell

Le Lac Powell est un lac artificiel qui se trouve à la frontière entre l’Utah et l’Arizona. Il a été créé par le barrage de Glen Canyon sur la rivière Colorado. A de nombreux endroits, les parois des canyons inondés par le barrage plongent à la verticale dans l’eau du lac. Sa profondeur atteint par endroit 170 m. Le contraste entre le bleu profond du lac et les couleurs chaudes des roches qui l’entourent crée un paysage fantasmagorique qui donne le sentiment d’être sur une autre planète. Ce cadre a d’ailleurs servi de décor aux premières scènes du film de Franklin Schaffner de 1968, « Planet of the Apes » (titre français : « la Planète des singes »).

Nous avons fait une croisière sur le lac en fin de journée lorsque la lumière du soleil se faisait plus douce. Le bateau a également navigué entre les parois d’Antelope Canyon. Voici quelques photos. On distingue nettement sur certaines photos une limite horizontale qui correspond au niveau des plus hautes eaux, atteint au début des années 80. Malheureusement, depuis plusieurs années l’eau ne cesse de baisser.

Antelope Canyon, Arizona

Si le Grand Canyon est impressionnant du fait de ses dimensions exceptionnelles, la beauté d’Antelope Canyon réside dans les jeux de lumière rendus possibles par son étroitesse. Du fait de l’exigüité du passage, la visite d’Antelope Canyon se fait nécessairement accompagnée. Le canyon se situant sur la réserve Navajo, ce sont les indiens qui exploitent le site et assurent les visites.

Nous avons pris connaissance assez tardivement de la nécessité de réserver les visites suffisamment tôt. Nous étions à Green River, c’est-à-dire 8 jours avant. C’est Elise qui m’a alerté en lisant un autre blog de voyageur. Lorsque nous avons voulu réserver, il n’y avait plus qu’une possibilité (sur les 3 jours de présence à Page!). Le créneau n’était pas idéal car positionné en fin de journée, tandis que la lumière est optimale quand le soleil est au zénith. Nous avons malgré tout réservé immédiatement.

Le jour de la visite arrive. Nous nous rendons au point de ralliement : la boutique où les navajos vendent les billets. Le transfert vers la gorge se fait sur des petits camions avec 14 passagers positionnés à l’arrière sur deux banquettes qui se tournent le dos. Nous roulons une demi-heure pour arrivée à l’entrée de la gorge, la moitié du chemin sur de l’asphalte, l’autre moitié sur une piste très sablonneuse. Le conducteur navajo qui sera notre guide, s’en donne à coeur joie sur la piste pour nous secouer le plus possible. Les filles rient beaucoup. L’accès du canyon est indétectable si on ne le connaît pas. D’ailleurs, il semble que sa découverte soit tardive puisqu’elle aurait été faite par une jeune indienne en 1931. Notre guide, blagueur et sympathique, connaît tous les angles qui permettent d’observer des formes évocatrices dans la roche sculptée par l’eau, le sable et le vent : un lion, un loup, un ours, un coeur… Je n’ai pas réussi à tout voir! Il est tard et le canyon est plutôt sombre. Malgré tout, je prends de nombreuses photos en me disant que le post-traitement me permettra peut-être d’en tirer quelque chose. Je n’ai pas été déçu. Si au moment de la visite, la lumière était faible, l’oeil de mon objectif a permis de fixer des nuances de couleur dans l’ombre que j’ai pu révéler ensuite devant mon écran d’ordinateur.

 

L’entrée du Canyon

 

Les couleurs de l’ombre

 

Photos prises par le guide navajo

 

L’ours trouvé et photographié par Alice… le voyez-vous?

Page, Arizona

Page est situé à 200 km au nord de Flagstaff, à la limite avec l’Utah.

Si les nuits étaient fraîches à Flagstaff avec des températures autour de 10°C, à Page nous avons affronté des températures très chaudes avoisinant les 40°C dans la journée et dépassant les 25°C la nuit.

Page est une toute petite ville de moins de 10 000 habitants. Elle a été créée en 1957 à l’occasion de la construction du barrage de Glen Canyon. Malgré sa taille, la ville est une étape touristique importante, car elle se situe à proximité de deux sites très visités : Lake Powell et Antelope Canyon. La ville compte un nombre impressionnant d’hôtels. L’hôtel où nous avons séjourné 3 jours est d’ailleurs l’un de ceux qui présente le meilleur rapport qualité-prix, sans doute du fait de la concurrence qui existe.

Meteor Crater, Arizona

Situé à environ 60 km de Flagstaff, Meteor Crater est un immense cratère créé par une météorite tombée il y a environ 50 000 ans.

Il est difficile de prendre conscience de la taille du cratère quand on le voit. Pourtant ses dimensions sont impressionnantes. Entre 1,2 et 1,4 km de diamètre et 190 m de profondeur. Le fond du cratère n’est pas accessible. Le  cratère est utilisé à des fins scientifiques. Il a également servi de base d’entraînement pour le programme Apollo avant la mission lunaire. Une capsule d’entraînement d’Apollo est d’ailleurs visible à l’entrée du site.

Le ticket d’entrée donne également accès à un musée intéressant sur les météorites. C’est l’occasion de se rappeler que la chute d’une météorite pourrait être à l’origine de l’extinction des dinosaures et que ce péril pourrait causer l’extinction de l’humanité.

Grand Canyon, Arizona

Flagstaff se trouve à une heure et demi de route de l’entrée sud du parc national du Grand Canyon. Nous avons bien essayé de chercher des hôtels plus près. Mais les prix étaient prohibitifs. Ceci étant, la route de Flagstaff au Grand Canyon est si belle qu’on ne voit pas le temps passé. Nous passons devant le pic Humphreys qui culmine à 3852 m, traversons la forêt national de Kaibab où les arbres sont suffisamment éloignés les uns des autres pour laisser prospérer la prairie, enfin nous abordons des zones plus désertiques avant d’entrer dans le parc.

Le parc est fréquenté par des touristes du Monde entier en nombre important. De nombreux aménagements ont été réalisés pour organiser au mieux les accès. Par exemple, des navettes permettent de relier différents points de vue. Il existe également des hôtels et des restaurants à proximité du site, sans parler des magasins de souvenirs. Le tout donne un sentiment de parc d’attraction qui dénote un peu avec le site. C’est dommage.

En dépit de ces désagréments pour celui qui recherche la tranquillité et le contact avec la nature, voir le Grand Canyon reste un moment extraordinaire. Les dimensions du Canyon sont telles qu’il est difficile d’en prendre conscience quand on le voit. Devant la splendeur et l’immensité de ce paysage, on se sent à la fois écrasé et exalté.

Si les premiers points de vue que nous gagnons sont protégés par des gardes-corps, rapidement nous arrivons dans des zones où le bord de la falaise est accessible. Commence alors un jeu étourdissant qui consiste à s’approcher le plus possible du précipice. On est pris de vertige devant tant de beauté, devant l’immensité du paysage sculpté par le temps et la Nature, et, par la proximité du gouffre. La fascination pour ce paysage naît de sentiments mêlés : glorification de la vie, sentiment d’éternité, proximité du précipice…

Le Nouveau-Mexique et la Route 66

Après nos 3 nuits passés à Cortez, nous reprenons la route pour Flagstaff (Arizona) qui sera notre prochaine étape. Nous quittons rapidement le Colorado, en descendant vers le sud, pour pénétrer au Nouveau-Mexique que nous ne ferons que traverser. La route est bordée de terres désertiques jusqu’à Gallup où nous faisons une pause pour acheter notre pique-nique du  midi. Les Navajos sont très nombreux à Gallup qui se trouve à la limite avec la réserve. Cela me frappe particulièrement lorsque nous faisons nos courses chez Walmart : j’ai l’impression que la grande majorité de la population est indienne. Pour la première fois, j’entends un père parler indien à son fils. Il semble que dans le comté de Mc Kinley, auquel appartient Gallup, près de la moitié de la population parle navajo ou zuñi à la maison.

Gallup est aussi une ville étape de la mythique route 66 que nous longerons jusqu’à Flagstaff.

 

Once upon a time in the West

Je ne peux parler de Monument Valley sans évoquer ce chef d’oeuvre de Sergio Leone. Vous trouverez ci-dessous un extrait du film qui me chavire à chaque fois que je le revois.

Il s’agit du moment où Jill (Claudia Cardinale) descend du train et arrive à Flagstone, une ville de l’ouest. Jill est une ancienne prostituée de la Nouvelle-Orléans. Elle a quitté la ville élégante de la Louisiane pour retrouver le mari qu’elle a épousé depuis peu, un irlandais nommé Peter Mc Bain qui pense faire fortune dans l’ouest.

La pendule de la gare, le visage inquiet de Jill et sa montre à gousset disent la surprise de la jeune femme qui se pensait attendue. Le temps est l’un des thèmes principaux du film. Le temps qui s’immobilise pour traduire l’ennui ou l’attente, le temps qui s’accélère quand la mort frappe, le temps qui emprisonne Harmonica (Charles Bronson) dans son passé, le temps qui avance inexorablement comme la ligne de chemin de fer qui annonce l’avènement de la modernité et la disparition d’un ouest sauvage…

Jill attendait son mari qu’elle devait retrouver dans cet ouest qu’elle ne connaît pas. Le spectateur sait déjà qu’il est mort. Lui et ses enfants ont été abattus par une bande de tueurs vêtus de longs manteaux. Jill ignore ce qu’il s’est passé, mais l’angoisse qu’on lit sur son visage laisse deviner qu’elle a un mauvais pressentiment. Sur un sol poussiéreux, elle se résout à quitter la gare. La musique mélancolique d’Ennio Morricone va progressivement se faire plus intense et plus présente. Commence alors, un plan extraordinaire, qui débute par un travelling arrière qui accompagne Jill jusqu’à la gare, nous montre l’intérieur de la gare par la fenêtre, puis la caméra s’élève progressivement, à mesure que la musique monte, pour nous faire découvrir cette petite ville de l’ouest balayée par la poussière.

On retrouve Jill à bord d’une carriole dirigée par un homme qui la conduit à la maison de son mari. Son regard change à mesure qu’elle découvre la ville, comme fascinée par ce qu’elle voit. Puis, ils quittent la ville et traversent les paysages fabuleux de Monument Valley, passant notamment devant les ouvriers qui construisent la ligne de chemin de fer qui doit relier la cote Pacifique et la cote Atlantique…