Tbilissi, une belle capitale

Si nous avons été un peu inquiets des événements qui ont précédé notre arrivée en Géorgie, nous avons vite été rassurés par le calme qui régnait dans la ville. Tbilissi accueille une population cosmopolite et est une ville ouverte sur le Monde. Notre séjour a été servi par un temps ensoleillé, parfois chaud. Nous avons pris beaucoup de plaisir a déambulé dans les rues de la ville. Notre tour du Monde s’est terminé sur une très belle note.

 

Georgian Museum of Fine Arts, Tbilissi

Pour notre dernière journée à Tbilissi, nous avons visité ce très beau musée dédié aux peintres et sculpteurs géorgiens depuis le début du XXème siècle à nos jours. Aménagé dans un bâtiment historique, l’intérieur du musée est très lumineux et met bien en valeur les oeuvres. L’escalier central, sur 4 niveaux, est entièrement en verre, ce qui donne, semble-t’il, une forte sensation de vertige aux personnes qui y sont sensibles.

La collection compte un nombre impressionnant de tableaux qui montre la recherche d’une expression picturale moderne dans l’art géorgien. S’il peut sembler souvent à la remorque de mouvements occidentaux, notamment du début du XXème siècle, j’ai été très sensible à l’esthétique très personnelle développée par certains artistes. J’ai pris en photo quelques tableaux des artistes qui m’ont le plus touché. Vous noterez peut-être ma préférence pour l’art figuratif.


Façade du musée


Drapeau géorgien dans le café du musée


Escalier de verre


Radish Tordia


Oleg Timchenko


Tato Akhalkatsishvili

Les bords du fleuve Koura

Tbilissi s’est construite autour du fleuve Koura, importante voie de communication au travers du Caucase, qui se jette dans la Caspienne au sud de Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan). La capitale de la Géorgie indépendante a su valoriser cet environnement naturel en associant harmonieusement monuments historiques, parcs et élégantes constructions modernes. Un téléphérique part du parc Rike (en photo ci-dessous), sur la rive gauche, et monte sur la colline qui surplombe la rive droite de la ville.

 

Le vieux Tbilissi

Le centre historique de Tbilissi compte de nombreuses églises (comme vous avez pu le constater dans mon précédent article) ainsi que d’autres bâtiments notoires et des monuments plus modernes. Mais les rues les plus anciennes abritent encore de nombreuses habitations décrépites qui sont progressivement rénovées ou transformées.


Façades délabrées du centre historique


Maisons rénovées


Quartier des thermes


Mosquée


Fontaine Wallace offerte par la France en 1918, à l’occasion de l’indépendance du pays


Tour-horloge de Rezo Gabriadze (2010)


Statue de Saint-Georges terrassant le dragon, place de la Liberté

Cette statue a remplacé une statue de Lénine, démolie en 1991.


Ruines de la forteresse Narikala (IVème siècle)

La forteresse, créée au IVe siècle, fut agrandie par les Omeyyades au VIIe siècle et plus tard, par le roi David le Bâtisseur (1089-1125). Son nom actuel est une déformation du nom donné par les Mongols : Narin Qala, signifiant « petite forteresse ».

 

Les églises orthodoxes de Tbilissi

A l’instar de l’église orthodoxe d’Arménie, l’église orthodoxe de Géorgie est autocéphale, c’est-à-dire indépendante de toute autre autorité religieuse. Tbilissi compte un très grand nombre d’églises qui attestent de l’importance de la religion dans l’histoire et dans l’identité culturelle du pays. Elles édictent un code vestimentaire strict. Par exemple, les femmes sont tenues d’être voilées.


Eglise orthodoxe Antchiskhati (VIème siècle)


Eglise orthodoxe Saint-Georges de Kachvéti (début du XXème siècle)


Eglise orthodoxe arménienne Jvaris Mama (XVIème siècle)


Eglise orthodoxe de la Dormition de la Vierge de Metekhi (XIIème siècle)


Eglise orthodoxe arménienne Saint-Georges de Tbilissi (XIIIème siècle)


Cathédrale orthodoxe Sioni (XIIème siècle)


Cathédrale de la Trinité (2004)

 

Emeutes au parlement de Géorgie

Le 20 juin au soir, Le Monde publiait un article intitulé « Emeutes au Parlement de Géorgie après le discours d’un député russe ». C’était 3 jours seulement avant notre arrivée à Tbilissi. Je pense que cette épisode est passé largement inaperçu en France. Aussi je pense utile d’en dire deux mots.

Dans mon article précédent sur l’Histoire de la Géorgie, je rappelais l’intervention militaire russe en 1992 puis en 2008, en faveur des indépendantistes d’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie contre les autorités géorgiennes. La situation reste toujours tendue entre la Russie et la Géorgie. Et la coopération de la Géorgie avec les Etats-Unis, la France, la Turquie et l’Azerbaïdjan dans la construction d’un gazoduc reliant la mer Caspienne et la Méditerranée a aggravé la situation.

Or le 20 juin, Sergueï Gavrilov, député de la Douma (l’assemblée russe), qui plus-est réputé fervent défenseur des indépendantistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, a pris la parole au parlement géorgien pour ouvrir l’« Assemblée interparlementaire orthodoxe ». Cet événement a immédiatement déclenché l’ire d’une partie de la classe politique géorgienne et de ses partisans. Des milliers de personnes ont rapidement afflué vers le parlement, jusqu’à 10.000 selon les médias géorgiens et russes. Il s’en est suivit des émeutes violentes provoquant une trentaine de blessés parmi les manifestants et au moins autant parmi les policiers. Le lendemain, le bilan a été revu à la hausse et porté à 240 blessés au total.

Le lendemain matin, je recevais une alerte du Fil d’Ariane (organe de communication des autorités françaises à l’adresse des voyageurs inscrits sur le site) nous recommandant la plus grande prudence suite aux événements de la veille et annonçant de possibles manifestations violentes dans les jours qui allaient suivre.

En lisant cet article, je me suis interrogé sur l’opportunité de maintenir Tbilissi comme dernière étape de notre tour du Monde. J’ai interrogé notre hôte Airbnb qui a été plutôt rassurant. Le 21, le président de l’assemblée géorgienne, mis en cause par les manifestants, démissionna. Et la situation retrouva son calme dans les jours suivants.

Quand, nous sommes arrivés à Tbilissi, nous avons trouvé une ville calme. Quelques banderoles continuaient d’être accrochées devant le parlement géorgien, au style constructiviste, typique de l’époque soviétique. Tout semblait redevenu calme. Nous avons simplement assisté à une démonstration nationale sous la forme d’un bal de voitures klaxonnant et arborant les drapeaux blancs à croix rouges.

Cet épisode, s’il n’a été heureusement qu’un feu de paille, nous a rappelé combien la situation de ces jeunes républiques issues de l’ancien empire soviétique reste fragile.



 

Géorgie, repères historiques

Préhistoire et Antiquité

La région de l’actuelle Géorgie fut habitée très tôt dans l’histoire de l’Humanité (des restes d’un homme baptisé Homo georgicus datant de 1,8 millions d’années ont en effet été retrouvées à Dmanissi, dans le sud du pays). Durant l’Antiquité, l’actuelle Géorgie se trouvait au carrefour de nombreuses civilisations qui exercèrent successivement leur contrôle sur la région : les scythes, les perses, les grecs (à l’époque d’Alexandre le Grand). Au IIIème siècle avant JC, le territoire de l’actuelle Géorgie fut divisée en deux pays : la Colchide à l’ouest qui était sous domination grecque (patrie où Jason et les argonautes s’emparèrent de la toison d’or dans la mythologie grecque), l’Ibérie à l’est qui était indépendante. Sur la carte ci-dessous vous remarquerez les noms Iberia et Albania qui évoquent d’autres régions d’Europe, sans liens directs.

Colchide, Iberia

La Colchide tomba sous l’emprise du royaume du Pont (royaume antique centrée sur l’actuelle Turquie) puis de l’empire romain. L’Ibérie resta indépendante et lutta avec le royaume voisin d’Arménie pour le contrôle du Caucase, avant de passer à son tour sous domination romaine. A partir du IIème siècle, comme l’Arménie, l’Ibérie devint l’objet d’une lutte entre empire romain et empire perse qui envahirent alternativement le pays. Au milieu du IVème siècle, le Christianisme se développa en Ibérie.

Moyen-Age

Le roi Vakhtang Ier qui régna en Ibérie à la fin du Vème siècle, fut vainqueur des perses en 502. Il fonda le Catholicossat d’Ibérie qui devint par la suite l’Eglise orthodoxe de Géorgie. Selon la légende, il serait également le fondateur de la ville de Tbilissi (Tiflis). A la mort du roi Vakhtang Ier, l’Ibérie fut divisée en 2. La partie orientale passa sous le contrôle des perses tandis que la partie occidentale passa sous le contrôle des byzantins. Durant les siècles qui suivirent, l’Ibérie subit alternativement la domination des perses, des byzantins et des arabes.

Ce ne fut qu’au début du XIème siècle que tous les royaumes chrétiens entre l’Abkhazie (sur la mer Noire) et la Kakhétie (sur la Caspienne) furent unifiés pour la première fois, par le roi Bagrat III de Géorgie. Au début de son règne, il combattit l’empire byzantin et fit alliance avec le Califat des Fatimides (empire chiite centré en Afrique du Nord et s’étirant jusqu’au Moyen-Orient). Au milieu du siècle, le conflit avec l’empire byzantin prit fin. Mais débuta alors une longue période de guerre avec les turcs Seldjoukides, vainqueurs des Fatimides au Moyen-Orient, qui s’inscrivait dans le contexte plus large des croisades en Terre Sainte. L’empire géorgien atteignit son apogée sous le règne de la reine Tamar, à la fin du XIIème siècle (voir carte ci-dessous, notez que cet empire s’étendait alors sur une bonne partie de l’actuelle Arménie).

Empire géorgien (Tamar)

Comme l’Arménie, la Géorgie subit au début du XIIIème siècle les invasions mongoles. Le pays vécut ensuite jusqu’à la fin du XVIIIème siècle sous la domination de ses voisins mongols, ouzbeks, turkmènes, perses, ottomans. A la fin du XVème siècle, il fut même divisé en 3 Etats vassaux : l’Iméréthie (ouest), la Karthli (centre), la Kakhétie (est).

La domination russe

Le roi Héraclius II réunifia la Géorgie orientale en 1762. En 1783, il signa un accord de protection et de coopération avec l’empire de Russie de Catherine II qui devint suzeraine. Cet accord n’empêcha pas l’empire perse de détruire complètement Tbilissi en 1795. En 1800, la Russie d’Alexandre Ier annexa la Géorgie qui devint une simple province. L’Empire russe conquit l’Iméréthie en 1828. Si l’annexion fut mal vécue par les géorgiens, elle permit un nouvel essor de la société et de la culture géorgienne.

URSS

Suite à la révolution russe, profitant de la confusion qui régnait en Russie, la Géorgie déclara son indépendance en 1918 et mit en place un régime démocratique. Mais en 1921, l’Armée Rouge envahit le pays et instaura la République socialiste soviétique de Géorgie. La Géorgie perdit près d’un tiers de son territoire au profit des républiques socialistes voisines (Arménie, Azerbaïdjan, Russie). En particulier, l’oblast (division administrative) autonome d’Ossétie du Sud fut créé en 1922 au sein de la République socialiste soviétique de Géorgie.

En 1931, Staline, lui-même d’origine géorgienne, fit de l’Abkhazie une république socialiste soviétique autonome subordonnée à la République socialiste soviétique de Géorgie et imposa le géorgien aux abkhazes. Dans les décennies qui suivirent, les abkhazes protestèrent à plusieurs reprises contre cette « géorgisation » de l’Abkhazie.

L’indépendance

Dans le prolongement de la disparition de l’URSS, la Géorgie déclara son indépendance le 9 avril 1991.

Elle révoqua l’autonomie de l’Ossétie du Sud tandis que les nationalistes ossètes demandaient le rattachement de l’Ossétie du Sud à l’Ossétie du Nord. Il s’ensuivit un conflit armé entre milices ossètes et l’armée géorgienne qui dura jusqu’en juin 1992. L’intervention de l’armée russe conduisit à la signature d’un cessez-le-feu. L’Ossétie du Sud proclama son indépendance en 1992 sur la base d’un référendum non reconnu par la communauté internationale. Un second référendum en 2006 subit le même rejet international. Seule la Russie reconnut la validité de ce référendum, suivie de quelques rares pays. En 2008, la Géorgie déclencha une offensive armée pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud. Elle fut repousser par l’armée russe.

A l’instar de l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie déclara son indépendance de la Géorgie le 23 juillet 1992. Elle ne fut pas davantage reconnue par la communauté internationale.

Le , le Parlement géorgien déclara l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud « territoires sous occupation russe ». Le , la Géorgie rompit toute relation diplomatique avec la Fédération de Russie.

Situation actuelle

Le pays s’est depuis rapproché des Etats-Unis et de l’Azerbaïdjan, faisant face à l’alliance entre russes, arméniens et iraniens dans le contrôle de la région.

 

5 jours à Tbilissi

La capitale géorgienne a donc été la dernière étape de notre tour du Monde. Nous sommes arrivés très tôt le matin après un vol de seulement une demi-heure depuis Erevan. Nous aurions pu choisir la voie terrestre. Mais il fallait compter environ 7 heures de route. Nous avions loué une nuit de plus à Tbilissi pour disposer de notre appartement dès notre arrivée. A 7 heures, nous étions dans notre nouvelle location. Et nous nous sommes recouchés à peine arrivés…

L’appartement était situé avenue David Aghmashenebeli sur la rive gauche du fleuve Koura (débouchant en Azerbaïdjan sur la Caspienne). C’est une très belle avenue bordée de petits immeubles au style néo-classique rappelant fortement certaines avenues de Saint-Pétersbourg. Notre appartement, à l’allure de loft d’artiste, était au dernier étage d’un immeuble réhabilité.

Quelques heures après notre arrivée, nous sommes partis à la découverte du quartier. Nous avons immédiatement été saisis du fort contraste avec Erevan. Autant à Erevan, nous avions l’impression d’être dans une ville très fermée avec une population austère, froide et désagréable. Autant à Tbilissi, nous avons eu le sentiment de découvrir une capitale moderne, ouverte sur le Monde. Les gens avaient un comportement normal avec nous. Ils nous croisaient dans la rue sans se retourner sur nous ou nous jeter des regards noirs. Dans les commerces, les gens nous disaient « bonjour », « au revoir », « merci » et même nous souriaient parfois. Tout cela paraît sans doute normal. Et pourtant nous avons été surpris après la froideur rencontrée dans le pays voisin.

Tbilissi est une très belle ville qui donne une impression de dynamisme, mélange d’un important patrimoine historique et de bâtiments modernes à l’architecture élégante. Les bords du fleuve sont joliment aménagés.

 

Arménie, repères historiques

La région du Caucase autour du Mont Ararat (aujourd’hui en Turquie) fut peuplée dès la préhistoire. Des traces d’une civilisation ayant vécu à l’âge de bronze (4000 avant JC) ont été retrouvées en 2010 et 2011, parmi lesquelles les plus vieilles chaussures en cuir au Monde, des vêtements et les éléments d’une culture vinicole.

Durant l’Antiquité, la région passa sous le contrôle de différentes puissances, parmi lesquelles le royaume d’Urartu (rival du Royaume assyrien, plus au sud), qui s’étendait, autour de 700 avant JC, depuis la méditerranée jusqu’aux frontières orientales de l’actuelle Arménie.

source

Selon des écritures cunéiformes retrouvées sur une pierre d’Erevan, Argishti 1er, roi de l’Urartu de 786 à 764 avant JC, fonda la ville d’Erebouni (actuelle Erevan) en 782 avant JC. Ce document fait d’Erevan la plus ancienne ville pouvant documentée la date de son édification.

Autour de 600 avant JC, une tribu serait venue des Balkans et se serait mêlée au peuple d’Urartu, donnant naissance à l’ethnie arménienne.

Lorsqu’Alexandre Le Grand conquit la Perse, au IVème siècle avant JC, l’Arménie passa sous influence grecque. Celle-ci perdura jusqu’au IIème siècle avant JC.

En 189 avant JC, Artaxias proclama l’indépendance de l’Arménie. Il fonda Artaxate, la capitale de son royaume en 187 avant JC (voir carte ci-dessous, au sud d’Erevan ; la ville s’appelle aujourd’hui Artachat). Sous le règne de Tigrane le Grand (95-55 avant JC), le royaume d’Arménie s’étendait de la Méditerranée aux rives de la mer Caspienne. Ce même roi fit de Tigranocerte la capitale du royaume (voir carte ci-dessous ; la ville s’appelle aujourd’hui Silvan et est en Turquie).

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L’empire romain conquit la partie occidentale du royaume puis annexa l’Arménie en 65 avant JC. Durant les 3 premiers siècles de notre ère l’Arménie passa alternativement sous le contrôle des romains, des parthes (royaume au nord de l’actuel Iran) et des perses (ces derniers anéantissant au passage le royaume des parthes). En 298, les romains qui avaient repris le contrôle de la région et établit un protectorat sur l’Arménie portèrent au pouvoir le roi Tiridate IV qui se convertit au Christianisme, faisant de l’Arménie le premier royaume chrétien. C’est à cette époque que fut créé l’alphabet arménien (inspiré de l’alphabet grec), qui permit de préserver une identité arménienne malgré les invasions successives que connut le pays au cours des siècles suivants.

Au début du Vème siècle, l’Arménie était partagée entre la Perse (dynastie des Sassanides) et le royaume byzantin. Les arabes envahirent le pays et installèrent leur domination jusqu’en 885, année où l’Arménie retrouva son indépendance. Ani la capitale du royaume (aujourd’hui proche de la frontière arménienne, côté turc) devint le centre culturel, religieux et économique du Caucase. Cette période d’indépendance dura moins de 2 siècles car l’empire byzantin reprit le contrôle de l’Arménie en 1045. Puis ce furent les turcs seldjoukides qui s’emparèrent d’Ani en 1064, ruinant le pays. Si la reine Tamar reprit Ani aux turcs à la toute fin du XIIème siècle, le pays subit les invasions mongoles dès le XIIIème siècle, puis des ouzbeks, provoquant un exil massif des arméniens vers des régions plus occidentales telles que la Moldavie, la Transylvanie, la Hongrie, l’Ukraine, la Pologne, Chypre,  et la Cilicie (dans le sud de l’actuelle Turquie) où fut fondée le royaume arménien de Cilicie qui incarna la souveraineté nationale jusqu’en 1375. Durant cette période l’Arménie fut l’alliée des croisés de Terre Sainte.

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Le royaume arménien de Cilicie, dernier royaume chrétien de la région, fut vaincu par les mamelouks égyptiens en 1375. Dès lors, l’Arménie perdit toute incarnation étatique jusqu’au début du XXème siècle. A partir de 1441, l’église d’Arménie qui établit son saint-siège à Etchmiadzin joua un rôle important dans la transmission d’une identité arménienne à travers les siècles.

Jusqu’au début du XIXème siècle, la région qui correspondait au royaume de Tigrane le Grand, fut le théâtre de conflits entre l’empire ottoman et l’empire perse. Durant cette période, des communautés arméniennes se maintinrent dans tout l’empire ottoman et dans l’empire perse y compris dans les régions de l’actuelle Azerbaïdjan et jusqu’à Téhéran ou Ispahan, dans l’actuelle Iran. La majeure partie de ce territoire était sous le contrôle turc au début du XIXème siècle. En 1827, l’empire russe qui se posait en libérateur des peuples chrétiens du Caucase, récupéra les territoires du nord de l’empire perse et permit à la communauté arménienne de se regrouper et de se développer autour d’Erevan, de Tbilissi (capitale de l’actuelle Géorgie) et de Bakou (capitale de l’actuelle Azerbaïdjan), tandis que les musulmans se déplacèrent pour leur part vers l’empire ottoman ou l’empire perse.

La décadence de l’empire ottoman à la fin du XIXème siècle, la menace grandissante des nations européennes, firent naître une défiance grandissante des turcs vis-à-vis des arméniens, perçus comme une menace interne. Les arméniens furent victimes de premiers massacres entre 1894 et 1896, provoquant de 80.000 à 300.000 morts.

Allié de l’Allemagne durant la première guerre mondiale, l’empire ottoman entreprit la déportation et le massacre des arméniens dans une logique d’éradication totale, perpétrant ainsi un génocide entre 1915 et 1916. Les massacres se poursuivirent encore pendant plusieurs années provoquant au total entre 1,2 et 1,5 millions de morts, souvent massacrés dans des conditions atroces.

Suite à la révolution russe de 1917, l’Arménie parvint à créer une république indépendante à l’existence éphémère (1918-20). Lors de la Conférence de la Paix de 1919, elle se prit à rêver de la refondation d’une Grande Arménie, incluant la partie occidentale contrôlée par les turcs. Ses espoirs furent déçus. Menacée par la Turquie, l’Arménie se résolut à accepter la protection des communistes russes. Le 29 novembre 1920 naquit la République Soviétique d’Arménie ne couvrant qu’une petite partie des territoires revendiqués par les arméniens. En 1922, elle fut incluse dans la République Socialiste Fédérative Soviétique de Transcaucasie dont Tbilissi devint la capitale. En 1936, elle devint une république socialiste soviétique à part entière. Le Haut-Karabagh peuplé très majoritairement par des arméniens fut rattaché à la République Soviétique d’Azerbaïdjan.

Alors que la perestroïka permit aux républiques de retrouver plus d’autonomie à la fin des années 80, les arméniens du Haut-Karabagh déclarèrent leur autonomie vis-à-vis de la République d’Azerbaïdjan en 1988, provoquant des violences sur ce territoire. Lorsque l’Azerbaïdjan puis l’Arménie déclarèrent leur indépendance à la fin de l’été 1991, un conflit éclata aussitôt entre les deux pays pour le contrôle du Haut-Karabagh. Un référendum en faveur de l’autonomie fur organisé en 1991 et vit la victoire écrasante des autonomistes. Les autorités azéris refusèrent de céder et le conflit se poursuivit jusqu’en 1994, date à laquelle fut signé un cessez-le-feu. Les parties s’accordèrent pour confier la résolution du conflit au groupe de Minsk, présidé par la France et placé sous l’autorité conjointe des Etats-Unis et de la Russie. Mais aucune solution politique n’émergea.

Le 20 février 2017 fut organisé un nouveau référendum dans le Haut-Karabagh proposant une modification de la constitution de la région autonome. La modification approuvée par 76% de la population établit la naissance de la République d’Artsakh, dirigée par un président avec Stepanakert comme capitale. Cette nouvelle république, enclavée en Azerbaïdjan, n’est pas aujourd’hui reconnue par la communauté internationale et fait l’objet d’un blocus par l’état azéri qui empêche tout vol commercial d’atterrir sur son territoire. Pour plus d’informations sur le Haut-Karabagh ou la République d’Artsakh, je vous renvoie à cet excellent article de GEO.

source

Comme dans un effet miroir, le Nakhitchevan majoritairement peuplé d’azéris, proclama, le 20 janvier 1990, son indépendance vis-à-vis de l’Arménie à laquelle il fut rattaché durant la période soviétique. Cette république autonome est sous le contrôle des azéris bien qu’elle soit exclavée, sans voie de communication terrestre avec l’Azerbaïdjan.

Conclusion

Si vous avez eu le courage d’aller jusqu’au bout de cet article, vous comprendrez pourquoi la situation de l’Arménie m’a inspiré le précédent article sur la notion de Nation. Voici un pays issu de la décomposition de l’Union Soviétique qui, mise à part l’éphémère indépendance de 1920-22, n’avait pas eu d’existence politique depuis le XIVème siècle, et encore, existait-il alors sur un territoire dont l’intersection avec ses frontières actuelles est vide. Sur les deux derniers millénaires, l’Arménie a existé en tant qu’Etat durant à peine 500 ans, en périodes morcelées et sur des périmètres géographiques différents. Finalement, c’est la religion chrétienne et la survivance d’une langue écrite arménienne qui a assuré au travers des siècles une continuité au fil ténu, entre ces différentes époques jusqu’à l’Arménie actuelle.

Carte identifiant les capitales historiques de l’Arménie (en bleu), les zones d’exil ou de développement de fortes communautés arméniennes à travers les siècles (croix oranges), et enfin les deux zones de conflit avec l’Azerbaïdjan (étoiles sur fond rouge). L’émigration du XXème siècle notamment l’exil suite au génocide n’est pas ici identifié.

 

Dernière étape avant Paris

Nous sommes arrivés ce matin à Tbilissi, notre dernière étape avant le retour en France. Le vol était très matinal : décollage à 5h45 d’Erevan. Le soleil se levait quand nous avons décollé. Nous avions une superbe vue sur le Mont Ararat enneigé (5137 m), aujourd’hui en Turquie, revendiqué par les arméniens comme leur terre ancestrale. Nous avons loué une nuit de plus à Tbilissi pour pouvoir disposer de l’appartement dès notre arrivée autour de 7h du matin. La ville a l’air belle. Il fait chaud. La météo prévoit 32°C aujourd’hui. Peut-être moins qu’à Paris? L’appartement ressemble à un loft d’artiste sous les toits. Il est situé au deuxième étage d’un immeuble classique d’une des rues cossues de la ville. Il est vaste et très agréable. Nous avons dormi un peu à notre arrivée. Nous émergeons à peine. Plus que 5 jours avant de rentrer en France…

 

Actualisation de notre itinéraire

Entre deux articles sur l’Australie, je vous informe que je viens d’actualiser la page itinéraire en fonction des dernières évolutions que je vous décris ci-dessous.

En premier lieu, nous avons décidé d’abandonner l’idée de passer par la Chine. Je le regrette car je n’aurai pas l’occasion de voir certaines personnes qui me sont chères. Je m’excuse auprès d’elles. L’obtention du visa chinois depuis un pays étranger reste compliqué et nous obligerait surtout à nous immobiliser un temps incertain dans l’attente de la décision. Nous avons préféré reporter ce voyage éventuel à une prochaine fois. En contrepartie, nous avons choisi de passer le temps rendu ainsi disponible à Taïwan, où il n’est pas demandé de viser pour un séjour touristique. Finalement, c’est assez logique dans notre parcours, puisque Taïwan se situe à mi-chemin entre le Vietnam et le Japon.

En second lieu, nous avons arrêté les conditions de notre voyage de retour en France. Pour nous éviter un vol direct entre Tokyo et Paris, nous avons opté pour une dizaine de jours dans deux capitales d’Europe de l’est, dans d’anciennes républiques soviétiques : Erevan, capitale de l’Arménie, et Tbilissi, capitale de la Géorgie. Nous avons ainsi réservé un premier vol Tokyo-Erevan (avec escale à Moscou), le 17 juin, un deuxième vol entre Erevan et Tbilissi (de seulement une 1/2 heure), le 23 juin, et enfin un ultime vol direct entre Tbilissi et Paris CDG, le 28 juin. Voilà, notre date de retour à Paris est désormais arrêtée! Cette combinaison de vols permet également d’optimiser le coût des billets pour notre retour en France.

Je publierai encore au moins une version 5 de l’itinéraire, car les itinéraires détaillés de nos séjours au Vietnam, à Taïwan et au Japon ne sont pas encore finalisés. Nous hésitons d’ailleurs sur la durée de nos séjours respectifs à Taïwan et au Japon, ce qui nous a amené à ne pas réserver le vol Taipei-Osaka, pour le moment.