Mérida

La ville de Mérida fut fondée en 1542 par le conquistador Francisco de Montejo « el Mozo », à l’emplacement de l’ancienne cité maya T’ho. Je vous renvoie à l’article écrit sur la Guerre des Castes pour revoir le rôle important qu’elle a joué dans l’histoire du Yucatán. Elle compte aujourd’hui près de 800.000 habitants. C’est la ville la plus importante de la péninsule, devant Cancún, qui compte un peu plus de 600.000 habitants.

La ville est très étendue et comporte peu d’immeubles. Le Paseo de Montejo, baptisé en souvenir du conquistador, est l’avenue principale du centre ville. Bordé de nombreux bâtiments élégants, classiques et plus modernes, il est un témoignage de l’influence espagnole. Le « Monumento a la Patria » qui se trouve au nord du paseo évoque pour sa part, les racines mayas du peuple yucatèque. Plus au sud, se trouve la Plaza Grande, le coeur de la ville. De forme carrée, la place est bordée à la fois par le palais gouvernemental de la province (« Palacio del Gobierno »), le palais municipal, la cathédrale San Ildefonso, la Casa Montejo (ancien hôtel particulier de la famille Montejo, aujourd’hui transformé en musée libre d’accès). Autour de l’axe principal que constitue le Paseo de Montejo et la Plaza Grande, la ville est composée de maisons individuelles colorées, plus ou moins luxueuses. Certaines ont été rénovées et sont de véritables maisons bourgeoises. D’autres, à la peinture décrépie, semblent être abandonnées.

Nous avons eu la chance de trouver une maison en Airbnb dans ce quartier à deux rues du Paseo de Montejo. Derrière la façade verte, repeinte récemment, d’apparence modeste, se cachait une maison très bourgeoise. C’est le plus beau logement que nous ayons eu au Mexique et c’était le moins cher. Nous avons profité de 4 jours de repos dans cette magnifique demeure.

Le dimanche matin, nous sommes allés nous promener vers la Plaza Grande. Tout un quartier est fermé à la circulation et ainsi réservé aux cycles de tous genres et aux rollers. L’ambiance est joyeuse et chaleureuse avec beaucoup de musique.

Mérida est une ville très agréable.

Cité maya de Chichén Itzá

Chichén Itzá se trouve à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Valladolid, sur la route de Mérida. La cité aurait été le centre religieux le plus important de la péninsule à l’époque classique. Certains éléments architecturaux montrent des similitudes fortes avec des bâtiments des cités Toltèques du centre du Mexique, ce qui atteste d’échanges importants entre les 2 communautés.

Chichén Itzá jouit d’une réputation mondiale. Il a notamment été désigné en 2007 comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde. Situé à 2h de route de Cancún et de Tulum, il peut faire l’objet d’une excursion d’une journée depuis ces deux villes de la Riviera maya. Ce serait le deuxième site le plus visité du Mexique après Teotihuacán. Il est donc conseillé de le visiter le plus tôt possible. Même si nous sommes arrivés un peu tard sur le site, l’affluence n’était pas excessive. Nous avons pu circuler facilement.

En revanche, nous avons rencontré sur place un autre désagrément bien plus gênant : l’enceinte du site regroupe des dizaines de vendeurs de souvenirs, peut-être plus! Des lignes continues d’étales font comme des haies d’honneur qui accompagnent les touristes le long des chemins ombragés du site. Les vendeurs haranguent les touristes en permanence, circulent avec les statuettes, les colliers, imitent le bruit du jaguar avec un petit objet en terre cuite. Les statues et babioles se vendent à 20 pesos ou 1 $. C’est à se demander comment ces vendeurs peuvent gagner leur vie avec une telle concurrence et des prix aussi bas. Malheureusement, ces sollicitations incessantes gâchent vraiment le plaisir de la visite. Difficile de se projeter mentalement dans le passé dans ces conditions. Je dois ajouter, pour finir sur ce sujet, que tous ces vendeurs m’ont fait de la peine. Dans l’ensemble, ils sont sympathiques. J’aurais aimé leur faire plaisir en achetant une ou deux bricoles. Mais la place dans nos bagages est vraiment trop comptée.

Il reste que le site est magnifique. Je pense qu’il faut vraiment faire la visite très tôt le matin pour pouvoir l’apprécier au mieux.

 

La Guerre des Castes

Dans l’histoire du Yucatán, il est un événement majeur qui survient dans le milieu du XIXème siècle qui permet de mieux comprendre le pays.

En 1821, le Mexique et le Yucatán déclarent conjointement leur indépendance vis-à-vis de l’Espagne. Le Yucatán intègre le Mexique en 1823. Le Mexique se dote d’une constitution en 1824, proclamant l’égalité entre tous les individus, et abolit les distinctions de race. En 1829, le Mexique abolit l’esclavage (pour rappel, l’esclavage est définitivement aboli en France par la loi du 27 avril 1848 ; il est aboli aux Etats-Unis par la loi du 18 décembre 1865, à l’issue de la guerre de sécession).

Si le Yucatán a intégré le Mexique en 1823, il subsiste un fort sentiment régional qui résiste à la tendance centralisatrice de Mexico. Des velléités indépendantistes voient le jour. Le Yucatán est déchiré entre Mérida, l’indépendantiste, et Campeche, la légitimiste. Mérida est la ville où vit la plus forte communauté blanche. Y vivent également des métis et des indiens asservis. Le port de Campeche a construit sa richesse sur l’exportation des matières premières et a besoin de Mexico pour protéger ses routes commerciales. Dans le reste du Yucatán, le pouvoir est morcelé. Dans le centre de la péninsule, il est partagé en petites communautés, espagnoles, métis ou mayas qui exercent un contrôle sur les populations paysannes mayas. Au sud, le pays est recouvert par la forêt tropicale et les mayas vivent libres de toute contrainte.

La fin de la tutelle espagnole, réduit les échanges commerciaux avec Cuba. Le Yucatán développe ses propres cultures de canne à sucre, pour remplacer le sucre cubain. Progressivement, les élites de la région investissent le sud du pays qui bénéficient de terres plus fertiles et plus arrosées, réduisant au fur et à mesure les espaces où les mayas évoluent librement. Le développement fulgurant de la canne à sucre apporte une prospérité nouvelle à Mérida, qui vote en 1846 pour l’indépendance de la province. Un conflit s’engage avec Mexico et Campeche, restée fidèle à la capitale fédérale. Dans le même temps, Mexico entre en conflit avec les Etats-Unis, auxquels le Texas vient de demander son rattachement (1845-1848). Le Yucatán autour de Mérida, bénéficie de cette situation et parvient à préserver l’intégrité de son territoire. Dans ce conflit, les mayas sont utilisés comme chairs à canon entre les deux camps.

Si les frontières du Yucatán semblent sauvegardées pour un temps, la situation se dégrade à l’intérieur du pays. La disparation progressive de leur terre, l’exploitation par les élites de Mérida et les séquelles du conflit armé, poussent les mayas à la révolte. Les batabs, les chefs de clans mayas, seraient à l’origine du déclenchement de la Guerre des Castes, considérée comme la plus longue des rébellions paysannes d’Amérique latine. 85.000 personnes se seraient ainsi soulevées contre la domination exercée par l’élite blanche. Les révoltés mayas trouvent un appui en arme du côté de l’Angleterre qui cherche à étendre son influence dans la région. Au début de l’année 1848, les yucatèques sont tellement affaiblis qu’ils envisagent une évacuation de la péninsule. Le gouverneur propose un rattachement de la péninsule aux Etats-Unis pour trouver un soutien armé. Mais les Etats-Unis rejettent la proposition et mettent comme condition à la fourniture d’armes, la réintégration du Yucatán dans la fédération mexicaine. Forcée de s’allier de nouveau avec Mexico, Mérida parvient à stabiliser la situation et regagne progressivement du territoire. Le conflit va se transformer en une guerrilla qui durera officiellement jusqu’en 1901. En 1858, le Mexique créé l’Etat du Campeche et partitionne ainsi le Yucatán, au détriment de Mérida, meurtrie et appauvrie par le conflit.

Les mayas, quant à eux, payeront cher ce conflit. Après la fin officielle de la guerre, la plupart d’entre eux se retrouvent dans des conditions misérables.

 

Référence : Les Mayas et Cancún, Lucie Dufresne (publié aux Presses de l’Université de Montréal)