Pluies tropicales à Cobá

Le site maya de Cobá se situe à peu près à mi-distance de Tulum et de Valladolid (les deux villes étant elles-mêmes distantes d’environ 100 km). Cobá constituait donc une visite idéale avant de nous rendre à Valladolid, notre nouvelle étape.

Cobá a été l’une des cités importantes du monde maya à la période classique (entre 500 et 1000). La plupart des vestiges du site datent d’ailleurs de cette époque. Comme Tulum, la cité a été abandonnée au XVIème siècle, la jungle envahissant progressivement toutes les structures jusqu’à ensevelir la plupart d’entre elles. Ce n’est que dans les années 1920, que les archéologues entreprirent l’exploration du site. Jusque dans les années 1970, aucune route ne menait à Cobá.

Contrairement au site de Tulum qui est très aéré, la cité de Cobá est encore largement envahie par la jungle. On se sent un peu comme Indiana Jones, au milieu de ces temples, transpercés par les arbres ou cachés sous la végétation tropicale. Le site est très vaste. Il s’étendrait sur 80 km2. Seule une petite partie est accessible.

En arrivant à Cobá, nous avons été surpris par le nombre de touristes. Sur la route, entre Tulum et Cobá, il n’y avait pratiquement aucune voiture. J’en ai déduit, a posteriori, que ces touristes devaient venir de Cancún, la distance permettant de faire l’aller-retour dans la journée.

Les billets en poche et avec quelques boissons achetées à la supérette du coin, nous entrâmes dans le site. Nous déclinâmes les propositions des nombreux guides locaux, préférant explorer à notre rythme les ruines enfouies dans la jungle. Les distances étant assez grandes entre les ensembles à visiter, des vélos sont proposés à la location, et de nombreux cyclo taxis haranguent les touristes après l’entrée, pour leur proposer d’économiser leurs forces. Bien que le ciel était couvert, nous décidâmes de privilégier la marche. J’avais lu auparavant qu’il ne devait pas pleuvoir avant la toute fin d’après-midi. Nous n’étions alors qu’en début d’après-midi. Après 3/4 d’heure de visite des premières ruines, la pluie se mit à tomber, doucement d’abord, puis un peu plus violemment. Manque de chance, nous avions oublié nos capes de pluie dans le coffre de la voiture. Pourtant, je les avais bien préparées en vue de notre visite! Nous nous abritâmes sous les épais feuillages de la forêt tropicale. D’autres personnes s’abritèrent à une centaine de mètres sous le toit végétal d’une ruine maya restaurée. Au début, notre abri suffit. Puis, la pluie se mit à tomber beaucoup plus dru. Nous commencions à être bien mouillés. Et l’orage s’intensifia encore jusqu’au moment où un éclair déchira le ciel avec le fracas quasi simultané du tonnerre. La foudre ne devait pas être tombée très loin de nous! Nous sursautâmes.  Prenant conscience que nous ne pouvions rester plus longtemps sous les arbres, nous nous mîmes à courir vers la structure maya au toit végétal. Cette course d’une centaine de mètres sous une pluie tropicale intense nous trempa jusqu’aux os. Nous restâmes peut-être une demi-heure sous ce nouvel abri, sans que la pluie ne réduisît d’intensité. Finalement, l’orage s’éloigna et la pluie s’arrêta quasiment. Elle était alors suffisamment douce pour que nous pussions marcher sous les arbres de la forêt tropicale sans nous mouiller davantage. Nous sortîmes prudemment de notre abri nous apprêtant à retourner à l’entrée du parc. Finalement, la pluie s’arrêta complètement et nous pûmes marcher jusqu’à la pyramide de Nohoch Mul, la plus haute structure du site, avec 42 m de haut.

L’ascension de la pyramide de Nohoch est difficile. Contrairement à ce que l’on a pu voir par la suite sur d’autres sites, l’escalier de pierres, très raide, avec des marches hautes et irrégulières, n’a pas été restauré. Il est d’autant plus dangereux quand il a plu. L’ascension est difficile. Mais la descente l’est encore plus, car il n’est alors plus possible de s’aider des mains, sauf à descendre face à la pyramide, ce qui est également compliqué. Malgré les conditions, avec beaucoup de prudence nous fîmes l’ascension. Nous fûmes récompensés par une vue extraordinaire sur la canopée. Depuis le haut de la pyramide, nous prîmes conscience que cette région était couverte par la jungle à perte de vue dans toutes les directions.

Pour faire les 2 km nécessaires pour revenir à l’entrée, nous fûmes bien heureux de trouver des cyclos taxis que nous avions snobés à l’aller.

La voiture retrouvée et après une heure de route, nous arrivâmes à l’hôtel de Valladolid, dans un état piteux. Plus que jamais, la douche fut un moment délicieux.

Caleta Tankah Beach

Les plages à l’abord de Tulum sont pour la plupart privatisées. L’accès est donc payant. Les rares plages publiques sont envahies par les sargasses. Ces algues rousses à l’odeur pestilentielle se sont propagées dans les Caraïbes (notamment dans les Antilles françaises) depuis une dizaine d’années. Les plages privatisées ne sont évidemment pas épargnées mais elles font l’objet d’un ramassage régulier.

La plage de Caleta Tankah Beach se trouve à quelques kilomètres au nord de Tulum. Nous avons déboursé environ 25 € à 4 pour y avoir accès. Le tarif est élevé surtout pour le Mexique. Mais avec ce prix, nous avons bénéficié du parking gratuit, nous avons eu accès à une plage propre et gardée, avec des transats et des douches.

Si on ajoute au prix dissuasif pour bon nombre, le fait que nous étions hors saison, cela nous a permis de jouir d’une plage magnifique quasiment déserte!

Sans surprise, nous avons retrouvé des paysages proches de ceux que nous avions vu en Floride en 2016 (voir ici pour les photos de la Floride) : une eau chaude aux reflets turquoises, des nuages dessinant des volutes sombres et colorées dans le ciel, un sable doux et presque blanc.

Arrivée mouvementée à Tulum

Tulum est une station balnéaire de la « Riviera maya ». Elle est située à 130 km au sud de Cancún. Nous avons découvert la ville après deux heures de route. Une voie rapide rejoint les deux villes, mais la vitesse est limitée à 100 km/h et même en deçà sur certaines portions. La circulation est dense. Il y a de nombreux camions. Nous avons été ralentis par plusieurs chantiers et quelques barrages de police. Dans l’ensemble, les mexicains roulent bien au-dessus des limites. Pour ma part, je respecte scrupuleusement les limitations de vitesses, car la police est très présente et a la réputation d’user de sa position de force, pour transformer la moindre erreur sur la route en une occasion de récupérer un peu d’argent auprès des touristes (ou des mexicains). La route n’est pas très bien entretenue malgré (ou à cause) du trafic important.

L’entrée de chaque ville un peu importante est filtrée par un barrage policier. Tulum ne faillit pas à la règle. Nous sommes passés devant le barrage au pas. Nous n’avons pas été contrôlés. La route devient ensuite la rue principale de la ville. Elle est bordée par des boutiques de souvenirs, quelques hôtels de qualité inférieure, des cafés et restaurants. De part et d’autre de la route des arbres et de grandes plantes tropicales font un peu d’ombre sur les trottoirs. J’ai été frappé par le contraste avec Cancún qui donne une image beaucoup plus lisse et dont le bord de mer est encombré de nombreux hôtels de luxe. Tulum est également une station balnéaire, mais nous n’avons pas vu de grands ensembles et la misère est présente dans les rues.

En arrivant, après avoir parcouru la rue principale sur quelques centaines de mètres, nous tournâmes à gauche, dans la rue où se trouvait la résidence de notre location. Si la rue principale donnait l’illusion d’une ville bien entretenue, nous fûmes surpris par l’état de la route. De grands trous béants nous obligèrent à rouler au pas. Devant nous se trouvait un véhicule de police de type pick-up militaire, avec des barres pour que les hommes se tiennent debout à l’arrière. Plusieurs policiers, tout de noir vêtus, en casques, et fusils d’assaut en main, étaient juchés sur l’arrière du véhicule. Nous eûmes le sentiment que nous entrions dans une zone de guerrilla. Après quelques dizaines de mètres seulement, les bâtiments sur la gauche de la rue disparurent pour laisser la place à une jungle délimitée par un grillage et où étaient construites de nombreuses baraques en tôle et en bois ; un bidonville. De nombreuses familles semblaient s’entasser dans une misère qui nous surprit. Des enfants jouaient par terre. Des chiens erraient le long de la route. Des hommes nous regardaient passer. Enfin, après quelques centaines de mètres derrière le véhicule de la police, nous arrivâmes à notre résidence. Une vingtaine d’ouvriers travaillaient dans une tranchée ouverte juste devant la résidence. Une rue, en forme de piste non goudronnée, tournait sur la droite juste après la résidence. N’étant pas sûr d’être arrivé à bon port, je garai la voiture à l’angle des rues, obstruant le passage de la petite rue qui tournait à droite. Je descendis et allai à la réception pour m’assurer que nous étions au bon endroit et pour m’enquérir du lieu où je pouvais garer la voiture. Je laissai Elise et les filles dans la voiture à peine 5 minutes. Ayant eu confirmation que j’étais arrivé au lieu escompté et ayant récupéré les instructions pour le parking, je revins à la voiture. A ma grande stupeur, tous les ouvriers qui travaillaient à la tranchée s’étaient arrêtés et regardaient en direction de notre voiture. Le véhicule de police qui était devant nous avait fait demi-tour et souhaitait, comme par hasard, tourner dans la minuscule rue que je bloquais. Elise, tétanisée par le policier armé jusqu’aux dents, descendu de son véhicule, avait pris la place du conducteur pour déplacer la voiture. J’arrivai à temps pour prendre sa place et libérer la rue. Je m’excusais avec un « perdón » auprès d’eux. L’un d’entre eux me fit un signe d’acquiescement de la tête. Elise mit plusieurs minutes avant de retrouver son calme.

Dans les jours qui suivirent, nous rencontrèrent, un nombre incalculable de fois, des véhicules comparables ou des policiers en moto. Cette présence policière donnait le sentiment d’une ville en état de siège ou de guerilla. Pourtant, à aucun moment, nous n’avons ressenti de menace dans les rues. Est-ce que cette présence policière, extrêmement ostentatoire, avait précisément pour objectif de dissuader tout acte violent? Je ne saurais le dire. Mais ce qui est certain, c’est que cet étalage de forces armées m’a donné le sentiment que nous n’étions pas complètement en sécurité.

La résidence où nous avons séjourné était superbe. Elle était composée de 3 petits immeubles avec chacun une piscine à débordement sur le toit. Notre appartement, un duplex recouvert de tadelakt sur toutes les surfaces et toutes les pièces, gardait bien la fraîcheur et était joliment décoré. Deux gardiens se relayaient le jour et la nuit pour veiller à la tranquillité des lieux. Autour de la résidence, nous étions entourés par la jungle. Quelques demeures de luxe, de style comparable, se trouvaient à l’arrière de la résidence. D’autres chantiers étaient en cours. Manifestement, un programme important de construction de demeures de luxe avait été lancé depuis quelques temps.  Ces belles résidences émergeaient au milieu de la jungle, dans des rues pas encore goudronnées, et, en bordure de bidonvilles. Ce contraste entre le quartier luxueux qui progressait et les demeures misérables était saisissant.

Malgré cet environnement étrange, nous avons passé un très bon moment à Tulum. Comme je l’écris plus haut, jamais les personnes miséreuses que nous avons rencontrées n’ont exprimé d’agressivité. Celle-ci était plutôt à chercher du côté des forces de l’ordre. J’écris ces phrases sans exprimer le moindre jugement sur la situation. Nous manquons de recul pour saisir les enjeux et les risques réels encourus. Disons simplement qu’il nous a semblé que les forces de l’ordre déployées étaient disproportionnées.

 

Cité maya de Tulum

La cité maya de Tulum aurait été fondée en 564 et aurait vécu longtemps sous la domination de la cité de Cobá. Les principaux vestiges présents sur le site datent de l’époque post-classique tardive, c’est-à-dire après 1200. Durant cette période et jusqu’à l’arrivée des espagnols, la cité semble avoir gagné son autonomie et a probablement joué un rôle important dans le commerce maritime de la région.

Le site fut abandonné au XVI siècle et la végétation l’ensevelit durant les siècles suivants. Ce n’est qu’en 1841 que deux explorateurs, John Lloyd Stephens et Frederick Catherwood, la redécouvrirent.

La ville maya est protégée par un mur d’enceinte qui court sur 3 côtés. Le 4ème côté est bordé par la mer des Caraïbes. Les structures ne sont pas très grandes. Le bâtiment principal, « el castillo », est haut de 12 m. Mais la situation du site, face à la mer, est exceptionnelle. A l’intérieur de l’enceinte, la végétation a été entièrement dégagée, ce qui permet de profiter d’un large panorama sur les ruines.

Lors de notre visite, la tempête qui allait devenir l’ouragan Michael, se situait au large des côtes de Tulum. Le site était alors traversé par des vents violents venus du large et assombri par des nuages menaçants. Nous avions pris dans notre sac à dos des capes légères en plastique pour nous protéger en cas de pluie. Pour la petite histoire, nous avions acheté ces capes en 2017 à Edinburgh car nous redoutions de prendre la pluie lors du Military Tattoo (je vous renvoie aux photos de l’Ecosse dans les voyages passés pour les images de ce très beau spectacle). Finalement, la pluie nous a épargné pendant notre visite. Ce n’est qu’à la fin, qu’une chaude pluie tropicale s’est abattue sur nous. Nous étions contents d’avoir les capes avec nous!

 

Plan du site

Tulum - Plan

 

La pluie

 

 

La tempête tropicale Michael

Dans la journée de samedi, une forte dépression s’est formée dans les Caraïbes, au large de la côte de Quintana Roo, où nous sommes. Samedi en fin de journée et dimanche matin, nous avons suivi avec attention l’évolution des prévisions météorologiques dans la zone, pour pouvoir adapter notre programme. Il a plu, pratiquement sans discontinuer, toute la journée de samedi. Ce matin, dimanche, il a également beaucoup plu, mais nous avons pu observer quelques périodes d’accalmie. Et cet après-midi, nous avons profité d’un créneau de 2 heures pour visiter les ruines Maya de Tulum en bordure de la mer des Caraïbes. Nous avons pu faire la visite dans de bonnes conditions. Le ciel était noir, magnifique. Le vent soufflait fort. Mais il n’a pratiquement pas plu sauf au moment où nous quittions le site.

Dans la nuit de samedi à dimanche, la dépression s’est transformée en tempête tropicale. Elle a pris le nom de Michael et devrait continuer de grossir dans les prochains jours. Heureusement pour nous, cette tempête longe la côte Maya vers le nord. Les vents ont commencé de devenir très violents à Cancún. Les autorités ont d’ailleurs recommandé aux habitants de Cancún  (et des îles voisines) d’éviter de sortir après 18h dimanche soir. Nous avons quitté la ville à temps!

Je savais que nous serions au Mexique à la saison des ouragans. Je m’étais dit qu’il fallait courir le risque ou ne pas visiter le Mexique. Pour le moment, les désagréments que nous avons subi sont faibles. Il est étonnant de voir les mexicains continuer de sortir et de vaquer à leurs occupations même quand la pluie tropicale s’abat sur eux. Nous avons décidé de faire de même aujourd’hui, avec des capes de pluie dans le sac à dos pour parer au pire. Bien nous en a pris, car nous avons passé une belle après-midi, entre les ruines de Tulum et sous un ciel d’orage qui donnait au site une dimension encore plus onirique.