Auteur/autrice : Philippe

San Francisco, la ville aux deux visages

Nous sommes arrivés à San Francisco en soirée après avoir fait la route depuis Sequoia Park. Le soleil se couchait quand nous avons traversé San Mateo bridge. Le magnifique spectacle de la baie de San Francisco sous un ciel orangé est venu alléger la fatigue que je ressentais après trois journées consécutives de route.

La ville de San Francisco jouit d’un statut à part dans l’inconscient collectif. Elle est connue et respectée pour sa tradition de tolérance. Quand on l’évoque on pense souvent au mouvement hippie qui y a connu un essor particulier. On pense également à la forte communauté homosexuelle qui a souvent permis à la ville d’être précurseuse dans la défense de leurs droits. Aujourd’hui, la ville revendique être un sanctuaire pour les immigrés clandestins.

Je crois que même les personnes qui critiquent le plus sévèrement l’Amérique, dénonçant la dureté de son modèle économique ou son côté réactionnaire, posent sur la ville de San Francisco un regard différent.

Il m’a semblé que la ville de San Francisco était, en partie, conforme à son image de contre-culture ou de résistance par rapport à des politiques qui placeraient le profit sans conscience et sans humanisme, comme objectif principal de leur mandat. Nous avons observé à de nombreuses reprises, des panneaux accrochés aux fenêtres, aux portes, sur les voitures, dénonçant le régime en place et appelant à une résistance active. La ville communique également beaucoup sur sa volonté d’être à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais San Francisco n’est pas que cela. C’est aussi une ville américaine, riche, avec ses tours, ses banques, ses grandes entreprises… On ne peut parler de San Francisco, sans parler de ce que les américains appellent « The Bay Area ». L’air urbaine de San Francisco englobe au sud la Silicon Valley avec les sièges de quelques géants de l’informatique : Hewlett Packard (Palo Alto), Google (Mountain View), Apple (Cupertino), Facebook (Menlo Park). Elle englobe les universités de Stanford (au sud près de Palo Alto) et de Berkeley (à l’est près d’Oakland)… La région de San Francisco est l’une des plus riches des Etats-Unis. Le revenu moyen par habitant y serait même le plus élevé.

San Francisco est donc une ville de contraste où existe une tradition de contre-culture et de résistance, mais également une ville qui glorifie le développement économique le plus débridé.

Les plus riches se battent pour habiter dans les quartiers les plus « select ». La ville est belle. Elle compte de nombreuses demeures magnifiques. Mais que les prix de l’immobilier sont élevés! Nous-mêmes, nous avons dû nous résoudre à prendre un hôtel éloigné du centre pour ne pas trop nous éloigner du budget alloué. L’hôtel – le plus cher que nous ayons pris aux Etats-Unis – était d’ailleurs tout à fait quelconque.

 

Départ pour le Mexique

Il est 23h à Los Angeles. Nous partons demain matin pour Cancún, Mexique. Le décalage horaire avec la France va se réduire un peu, à 7 h. Il me reste à vous raconter nos dernières étapes dans les villes de la cote Californienne : San Francisco, Monterey puis Los Angeles. Je le ferai dans les prochains jours.

Je quitte Los Angeles à regret. Nous étions très bien installés dans notre appartement, trouvé sur Airbnb. Le climat y était doux et la vie facile. Quand j’avais découvert Los Angeles il y a 27 ans, j’avais été déçu. La ville m’était apparue sans âme. Aujourd’hui, j’ai une perception différente. Je m’y suis senti bien.

Nous quittons le monde anglo-saxon, pour entrer en Amérique latine. Ce sera l’occasion de pratiquer un espagnol que j’ai eu rarement l’occasion de parler ces dernières années.

Ces derniers jours, j’ai souvent pensé à Paris. Comment est la vie des personnes que je connais? Le stress de la rentrée est déjà loin. L’automne est arrivé…

Au pied des séquoias géants

Sequoia National Park et Kings Canyon National Park sont deux parcs accolés qui abritent plusieurs milliers de séquoias géants, espèce endémique de la Sierra Nevada californienne. Les séquoias géants ont besoin de conditions particulières pour se développer. Ils apprécient les climats humides, chauds en été et avec de la neige en hiver. Ils poussent entre 1200 et 2400 m d’altitude (ref : National Park Service). Quand ils sont jeunes, ces arbres ont besoin d’un fort ensoleillement. Ils ne peuvent donc se développer que dans des forêts suffisamment ensoleillées. Ce qui est étonnant, c’est l’importance des incendies de forêt dans leurs développements. Leur écorce extrêmement résistante permet aux arbres matures de résister à des feux importants. Les traces des incendies passés peuvent d’ailleurs être observées sur pratiquement tous les séquoias. Les incendies détruisent les espèces concurrentes moins résistantes, permettent la germination des graines dans la terre chauffée et la croissance rapide des jeunes arbres qui bénéficient d’espace et de lumière. Cette spécificité n’a été comprise que tardivement. Et la lutte contre les incendies pendant la première moitié du XXème siècle, désormais abandonnée, a été la cause de la régression de l’espèce.

Le séquoia peut atteindre des dimensions impressionnantes : sa hauteur peut dépasser les 70 m et son diamètre peut dépasser les 8 m. S’il existe d’autres espèces d’arbres pouvant atteindre des hauteurs supérieures ou des diamètres plus grands, les séquoias sont ceux qui atteignent les plus grands volumes. Le Général Sherman que nous avons pu observer à Sequoia National Park est réputé être l’arbre le plus volumineux au Monde avec les mensurations suivantes : 83,8 m de haut ; 31,3 m de circonférence à la base ; 13,5 m de circonférence à 55 m. Il ne grandit plus car son sommet est mort mais il continue de voir sa circonférence progresser à sa base. La forêt des géants de Sequoia National Park abrite de nombreux autres arbres aux dimensions exceptionnelles. Plusieurs portent les noms de généraux de la guerre de Sécession, car ils ont été découverts peu de temps après la fin de la guerre.

Si leurs dimensions sont exceptionnelles, leur longévité ne l’est pas moins. Les plus résistants peuvent dépasser les 3000 ans.

Comme dans la Vallée de la Mort, c’est avec respect que l’on entre dans la forêt des géants. L’air y est extrêmement pur et baigné d’odeurs végétales qui caressent les narines. Combien il est apaisant de marcher au milieu de la forêt lumineuse entre ces troncs larges aux couleurs orangés…

 

General Sherman Tree

 

Mc Kinley Tree

 

General Grant Tree

 

Les stigmates des incendies passés

 

La forêt baignée de lumière

 

Tronc d’un arbre vieux de plus de 2000 ans