La route entre Rapid City (Dakota du Sud) et Denver (Colorado)

Le jour où nous avons vu le Mont Rushmore puis Crazy Horse Memorial, nous avons pris la route pour Denver. Nous avons continué de serpenter une centaine de kilomètres entre les montagnes verdoyantes des Black Hills. Le paysage évoque par moment certaines régions vallonnées des Alpes suisses, tant la montagne est tapissée de pâturages. Quelques enclos avec le mot ranch nous rappellent que nous sommes aux Etats-Unis. Les quelques villes que nous traversons, notamment Custer, ont gardé un côté Western avec des maisons à la façade en forme de saloon.

En passant dans l’Etat du Wyoming, le paysage change radicalement. Durant environ 250 kilomètres, la route traverse d’immenses prairies desséchées, presque désertiques. Nous sommes au-dessus de 1000 m d’altitude, mais le paysage est plat ou à peine vallonné jusqu’à l’horizon où seules quelques montagnes cassent la monotonie. Très peu de traces humaines : pas de cultures, juste quelques élevages de vaches noires, des habitations isolées, quelques camions UPS ou Fedex… La route est longue sous un soleil de plomb. Nous croisons une voiture de temps en temps. Ce qui domine, c’est un sentiment d’immensité dépeuplée.

Au bout de cette route, nous arrivons dans le Colorado. Et les paysages changent de nouveau ; toujours aussi plats devant nous et sur la gauche de la route tandis qu’à droite, les montagnes se font plus hautes : ce sont les Rocheuses qui se dessinent nettement sur un ciel bleu azur. Nous retrouvons une végétation plus abondante, des cultures humaines. La route se fait plus large et le trafic plus dense. Enfin, nous voyons se dessiner au bout de notre route les tours du centre ville de Denver. Nous laissons de côté la grande ville, que nous n’aurons pas le temps de visiter, pour nous installer quelques jours dans un motel de Lakewood, dans la proche banlieue de la capitale du Colorado.

Crazy Horse Memorial

Le Crazy Horse Memorial est une réponse des amérindiens de la tribu des Lakota (Sioux) au monument du Mont Rushmore. Pour rappel, Crazy Horse avait coalisé Sioux, Cheyennes et Arapahos pour vaincre Custer à la bataille de Little Bighorn, en 1876.

Il s’agit d’une oeuvre en cours de réalisation dont la conception a été réalisée par le sculpteur américain Korczak Ziółkowski. Le projet ne bénéficie d’aucun financement public, le sculpteur ayant rejeté à deux reprises les propositions de financements faites par le gouvernement fédéral des Etats-Unis, de crainte d’un dévoiement du projet. Seules les donations privées et les recettes générées par l’exploitation du site financent le projet.

Le projet défie l’entendement par ses dimensions extraordinaires. L’oeuvre finale représentera le chef Sioux sur son cheval. Elle devrait être haute de 172 m et longue de 195 m. La tête à elle seule mesure 27 m de haut contre 18 m aux têtes de présidents. Il s’agit bien d’une sculpture à l’image de celle du Mont Rushmore, c’est-à-dire qu’aucun matériau extérieur ne sera utilisé : toute l’oeuvre sera réalisée par excavation.

Les travaux ont commencé en 1948 et aujourd’hui seule la tête est achevée. Les formes du corps et du cheval sont à peine dégrossies.

Malgré ses dimensions titanesques, le site ne dégage pas la même magie que le Mont Rushmore, probablement parce qu’il s’agit d’un chantier et que cela brise le charme. Bien sûr c’est intéressant à visiter et le visage de Crazy Horse est impressionnant. Mais vous noterez que son visage exprime une froideur et même une colère, qu’il effraie davantage qu’il ne fascine.

Le sculpteur est décédé en 1982, sans même voir le visage de la sculpture. La date d’achèvement du projet est inconnue. Les travaux avancent à mesure que les fonds sont disponibles. Quand nous avons visité le site, il semblait n’y avoir que quelques ouvriers (on les distingue sur la photo rapprochée du visage). Imaginez la situation de ces ouvriers qui travailleront peut-être tout une vie sur ce chantier sans jamais le voir achevé. Ce projet a quelque chose de complètement fou. Il m’a rappelé combien une vie humaine est courte.

Ci-dessous, la sculpture de Korczak Ziółkowski avec la montagne en arrière plan.

Vous trouverez ici le lien vers le site officiel du projet pour plus d’informations.

Mount Rushmore

George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt, Abraham Lincoln

 

Le Mont Rushmore était probablement l’une des choses au Monde que je souhaitais le plus voir. Je savais que venir en ce lieu magique serait un moment intense. Aussi ai-je veillé à ce que toutes les conditions soient réunies pour que l’expérience soit aussi belle que possible : nous avons dormi à Rapid City pour être à 30 minutes du monument ; j’ai décalé notre venue d’une journée pour bénéficier d’un ciel sans nuage ; nous nous sommes levés tôt le matin pour profiter d’une lumière douce, éviter la chaleur de milieu de journée et la foule des touristes.

Ce monument me fascine depuis toujours par sa démesure et par son côté surréaliste – des visages qui surgissent d’une montagne et lui donnent vie. Mais surtout, être sur ce lieu c’est comme entrer dans le film d’Hitchcock, « North by Northwest » (titre français : « La Mort aux trousses »).

A peine, ai-je aperçu le monument par la route qui serpente en contrebas de l’oeuvre que j’ai ressenti des frissons me parcourir. Il devait être aux alentours de 8h quand nous sommes arrivés sur place (le site ouvre à 5h du matin!). Il n’y avait pratiquement personne sur les lieux, ce qui a renforcé l’intensité de l’instant. Le lieu était très silencieux et les quelques personnes que nous avons croisées étaient d’une discrétion incroyable, comme en recueillement dans ce lieu mythique. Bien sûr, je pense que ce monument revêt une dimension patriotique importante pour les citoyens américains. Mais je ne suis pas du tout sensible à cet aspect. Pour moi, le Mont Rushmore c’est Hitchcock.

Avant de voir le monument de près, nous avons pris une boisson chaude à la cafétéria. Un peu comme à l’aéroport de Rapid City, le temps semblait ici s’être arrêté dans les années 50. Le décor a gardé un côté rétro. La cafétéria était presque vide et plongée dans un silence monastique. Je voyais les têtes des présidents à travers la grande façade vitrée et je repensais à l’instant du film où Cary Grant se fait tirer dessus par Eva Marie-Saint à la grande stupéfaction de James Mason. Instant culte du cinéma. Ce jour-là, je m’attendais presque à voir Cary Grant surgir d’une porte tellement tout était parfait.

Et puis, nous sommes sortis. L’air était frais, autour de 15°C à 16°C. Nous nous sommes approchés des sculptures, en faisant la promenade d’une demi-heure aménagée à cet effet. La température monta progressivement à mesure que nous approchâmes de l’oeuvre de Gutzon Borglum. S’est en arrivant au pied des sculptures que je pris pleinement conscience de leurs dimensions (18 m. de haut) et de la minutie de l’oeuvre. Le scuplteur a réussi à donner à ces visages sculptés dans la montagne une beauté messianique qui fait toute la puissance de l’oeuvre. Pour l’anecdote, on remarque à gauche de George Washington des stries dans la montagne : ce sont les traces d’une tentative avortée de sculpter le visage de Thomas Jefferson à gauche de celui de George Washington (le sculpteur s’étant aperçu en cours de route que la montagne n’offrait pas assez de matière en cet endroit pour réaliser le visage de Jefferson).

Effet 3D

Pour un effet 3D, regardez les deux images ci-dessous en passant rapidement de l’une à l’autre.

Quelques infos sur le monument

Le monument a été réalisé pour favoriser le développement du tourisme dans la région des Black Hills. Sa construction a débuté en 1927, avec l’accord du Sénat américain, et a été achevée en 1941. Le sculpteur, Gutzon Borglum, est mort quelques mois avant l’achèvement de son oeuvre.

L’oeuvre est un sujet de controverse pour les amérindiens car la montagne choisie était considérée comme sacrée. Elle résonne comme une provocation car elle apparaît à leurs yeux comme une glorification de l’homme blanc. En réponse, un autre monument est en cours de construction dans une montagne voisine en hommage au chef indien Crazy Horse.

Pour plus d’infos :

  • lien Wikipedia
  • lien vers le site du Parc National

North by Northwest, Hitchcock

Pour le plaisir, vous trouverez ci-dessous un lien pour revoir un extrait du film « North by Northwest ». Pour ceux qui ne connaissent pas le film, je vous déconseille de regarder l’extrait dans l’intégralité, car il vous révèlera le dénouement du film.

Chapelle norvégienne, Rapid City

Cette chapelle, réplique d’une église de Borgen a été construite par des citoyens américains descendants d’immigrés norvégiens. Le site comprend également une maison  ancienne importée de Norvège et remontée pièce à pièce ainsi qu’un petit musée décrivant l’habitat de ces immigrés norvégiens venus chercher fortune en Amérique au moment de la ruée vers l’or. Le drapeau norvégien flotte à l’entrée du site.

Comme de nombreux sites, l’accès est gratuit et les visiteurs sont invités à faire une donation s’ils ont apprécié la visite. L’accueil y est simple et le contact facile.

Ce site nous rappelle que l’Amérique a été, en partie, construite par de nombreuses vagues d’immigration successives venues d’Europe. Il n’est pas possible de comprendre ce pays sans avoir à l’esprit le rôle qu’ont joué ces familles pionnières qui ont construit leur existence en partant de rien, dans un pays qu’elles ne connaissaient pas.