Nous avons marché dans le lit de la Virgin River à Zion

Après Monument Valley, le Grand Canyon et Bryce Canyon, notre capacité d’émerveillement s’est probablement un peu émoussé. Aussi Zion Canyon nous a presque paru banal de prime abord. Je pense que c’est injuste car les paysages sont magnifiques. J’avais prévu de faire une petite randonnée tranquille dans la partie la plus étroite du canyon, à l’endroit où les falaises sont si proches que les rayons du soleil n’y pénètrent que difficilement. Cette partie du canyon est baptisée les Narrows. Je me disais que voir un canyon depuis la rivière serait une nouvelle expérience. Je n’avais pas très bien préparé la randonnée. Et c’est à l’intérieur du parc, dans la navette qui nous emmenait au lieu choisi, que j’ai découvert que la randonnée que je comptais faire pouvait être éprouvante et même dangereuse. Le dépliant précisait qu’il était fortement recommandé de se munir d’un bâton pour pouvoir traverser la rivière à plusieurs reprises. Or nous n’en avions pas. Il était également indiqué qu’il fallait vérifier les conditions météo car le canyon peut être impraticable et même devenir mortel en cas de crues éclairs. En lisant tout ceci, je me disais que nous nous contenterions d’aller jusqu’à la limite des Narrows.

Je pensais qu’il ferait frais. En réalité, il faisait très chaud ce jour-là. Nous avons commencé notre promenade entre les falaises rouges de Zion en longeant la Virgin River et jusqu’à arriver à l’entrée des Narrows. Et là, nous observâmes les randonneurs qui traversaient la rivière avec leurs bâtons de toutes formes : bâtons de marche nordique, grand bâtons droit en bois ou bâtons tordus et noueux. La traversée de la rivière semblait compliquée. Nous nous apprêtions à faire demi-tour quand Alice nous demanda si nous pouvions traverser aussi. Elle insista un peu et je commençais à me résoudre à son idée. Elise et Emma étaient également d’accord pour traverser. Et coup de chance, deux personnes, qui revenaient, jetèrent leurs grands bâtons tordus contre la paroi rocheuse. A cet endroit, se trouvaient d’autres bâtons similaires. Nous nous décidâmes ainsi à prendre ces bâtons et à nous lancer dans la traversée de la rivière. L’eau était très froide en dépit de la chaleur de l’air. Le fond de l’eau était irrégulier avec des galets, des passages sablonneux, des trous. Le courant était assez violent et nous eûmes rapidement de l’eau jusqu’au mollet. Evidemment, pour Alice c’était pire. En quelques minutes, la traversée fut faite sans encombre. J’étais particulièrement prudent car je ne voulais courir aucun risque avec mon appareil photo. Nous reprîmes notre chemin sur la berge opposée, pensant que nous avions fait le plus dur. En fait, nous marchâmes très peu au sec. Une nouvelle traversée s’annonça, beaucoup plus longue cette fois. L’eau était  plus profonde et le courant plus fort. Mais nous nous habituions à la température de l’eau. Elise et moi avions désormais de l’eau au-dessus du genou. Nous continuâmes ainsi pendant plusieurs centaines de mètres. Plus nous avancions, plus les berges se faisaient étroites et courtes. A la fin, nous ne faisions que marcher dans le lit de la rivière. Nous nous résolûmes à faire demi-tour. Après être revenus à l’entrée des Narrows et avoir traversé une dernière fois la rivière, nous remîmes les bâtons à l’endroit où nous les avions trouvés. Nos chaussures étaient non seulement trempées mais pleines de sables.

Cette randonnée, qui devait être une ballade reposante, se transforma en une épreuve physique inattendue. Mais que de souvenirs…

 

Les falaises rouges de Zion et la Virgin River, très limoneuse

 

 

L’entrée des Narrows

 

 

Première traversée, nous pensions avoir fait le plus difficile

 

 

Au coeur de la Virgin River

 

 

Etape à Saint-George, Utah

Avec plus de 70.000 habitants, Saint-George est la ville la plus importante où nous ayons logé depuis Denver. Mais nous n’avons rien vu de la ville, hormis l’hôtel Wingate, dans lequel nous avons dormi, et, le Denny’s du coin, où nous avons dîné deux soirs de suite. Au passage l’hôtel était vraiment bien. Probablement le plus luxueux dans lequel nous ayons séjourné pour 85€ la nuit à 4, petits-déjeuners compris. Et qui plus est, le petit-déjeuner, sous forme de buffet, était remarquablement bien achalandé en comparaison des autres hôtels. Saint-George qui se situe à l’extrémité sud-ouest de l’Utah a été une étape studieuse. Nous avons quand même fait une petite randonnée à Zion Canyon pour ne pas perdre le rythme…

 

Panguitch, Utah

Pour la première fois depuis le début de notre périple aux Etats-Unis, nous avons quitté un lieu le matin (en l’occurrence Page), visité et randonné dans la journée (Bryce Canyon), pour dormir une nuit, avant de reprendre la route le lendemain. Chaque fois que possible, nous avons essayé d’éviter ce type d’étape très courte pour garder un rythme compatible avec les cours des filles. Mais le programme que nous avons prévu pour les Etats-Unis était trop dense, même avec 5 semaines et malgré certains renoncements (Yellowstone, Yosemite), pour l’éviter systématiquement.

Quand on fait ce genre d’étape très courte, il est souhaitable de trouver un lieu où dormir suffisamment près du site visité pour éviter d’arriver trop tard à l’hôtel. Pour cette fois-ci, nous avons décidé de dormir dans la toute petite ville de Panguitch qui compte environ 1500 habitants.

Etant donné qu’il s’agissait de dormir une seule nuit, nous avons cherché le plus économique possible. L’hôtel dans lequel nous avons atterri ne proposait pas de petit-déjeuner. Apparemment, l’hôtel venait de changer récemment de propriétaire. La famille qui venait de reprendre l’affaire ne semblait pas complètement au point. Les personnes qui sont arrivées juste avant nous à l’accueil ont eu la désagréable surprise de découvrir que leur réservation faite sur Booking, preuve à l’appui, n’avait pas été prise en compte par l’hôtel! Heureusement, nous n’avons pas eu le même problème. La jeune femme à l’accueil, casquette Pikachu sur la tête, a quand même mis 5 minutes avant de retrouver la clé de notre chambre, qui était mélangée avec toutes les autres clés de l’hôtel dans une boîte en métal. En entrant dans la chambre, la décoration très rétro (moquette vieillie, ventilateur à pales au plafond, télé des années 80…) a fait dire à Alice que nous avions atterri dans un hôtel des années 60… Ceci étant, les lits étaient de bonne qualité et nous avons pu faire notre étape courte dans de bonnes conditions…

 

Arrivée à Panguitch à la tombée de la nuit

 

Le cinéma de Panguitch, où les filles ont pris un milk-shake en guise de dessert

 

Panguitch, la nuit

 

Panguitch, au petit matin

Bryce Canyon, Utah

J’avais vu de nombreuses photos de Bryce Canyon avant de venir dans ce lieu. Je ne pensais pas être aussi surpris en le découvrant de visu. Le site officiel présente le parc en disant que les photographes ne lui rendent pas justice. Au combien ils ont raison! De même que pour le Grand Canyon, il est difficile de rendre en image l’impression que suscite la découverte de ce lieu féérique. Le canyon se caractérise par ses innombrables hoodoos (l’expression poétique « cheminée de fée » peut être utilisée en français). Ces immenses colonnes constituées de roches friables orangées, blanches ou jaunes évoquent des personnages. Je ne sais combien le canyon compte de hoodoos. Probablement des centaines. Peut-être mille? Ces colonnes ont été créées par l’érosion dans un canyon en forme d’amphithéâtre qui donne le sentiment d’être en présence d’une assemblée magique.

Nous avons eu la bonne idée de commencer notre visite depuis le point le plus haut qui se situe à près de 2800 m. Depuis la plateforme nous surplombons l’ensemble du canyon d’où nous pouvons contempler des hoodoos sur près de 360°. Le site est immense avec des à-pics de plusieurs centaines de mètres. Depuis ce point de vue, nous admirons la féérie aux couleurs chaudes qui se présente à nous. Mais nous sommes loin d’imaginer la taille de ces hoodoos. C’est ensuite en faisant une randonnée dans le canyon que nous prenons conscience de leurs dimensions (jusqu’à 45 m. pour les plus grands d’entre eux).

 

Vue d’ensemble du Canyon, depuis le point le plus élevé

 

Vue depuis Sunrise View

 

Le canyon vu de près

Lac Powell

Le Lac Powell est un lac artificiel qui se trouve à la frontière entre l’Utah et l’Arizona. Il a été créé par le barrage de Glen Canyon sur la rivière Colorado. A de nombreux endroits, les parois des canyons inondés par le barrage plongent à la verticale dans l’eau du lac. Sa profondeur atteint par endroit 170 m. Le contraste entre le bleu profond du lac et les couleurs chaudes des roches qui l’entourent crée un paysage fantasmagorique qui donne le sentiment d’être sur une autre planète. Ce cadre a d’ailleurs servi de décor aux premières scènes du film de Franklin Schaffner de 1968, « Planet of the Apes » (titre français : « la Planète des singes »).

Nous avons fait une croisière sur le lac en fin de journée lorsque la lumière du soleil se faisait plus douce. Le bateau a également navigué entre les parois d’Antelope Canyon. Voici quelques photos. On distingue nettement sur certaines photos une limite horizontale qui correspond au niveau des plus hautes eaux, atteint au début des années 80. Malheureusement, depuis plusieurs années l’eau ne cesse de baisser.