La communauté portugaise de Toronto

Il est délicat d’aborder la question du communautarisme dans sa globalité. Le sujet est d’une très grande complexité car il met en jeu des mécanismes multiples (économie, culture, langue, religion, politique, urbanisme, histoire, guerre…). Je me considère trop peu connaisseur de ces phénomènes pour m’autoriser à en parler dans le cadre de ce blog. Je sais qu’en France nous avons coutume d’opposer notre système républicain d’intégration avec le modèle des communautarismes à l’anglo-saxonne. Même si cette opposition me semble en partie fondée, je pense que la réalité est infiniment plus nuancée et que précisément les mécanismes que j’évoquais ci-dessus font qu’il me semble hasardeux de simplifier ainsi. Par ailleurs, il existe des communautés en France, religieuses ou non religieuses. Le territoire français est morcelé. Ainsi, l’écart qui existe, entre l’idéal républicain d’intégration et la réalité, m’invite, en tant que français, a la plus grande modestie sur le sujet.

Ceci étant dit, je voulais dire un mot de cette communauté portugaise que je connais un peu. Tout d’abord, je voulais dire que cette Nation reste à mes yeux une énigme. Comment expliquer que tant de portugais, génération après génération, décident de quitter leur pays pour aller chercher fortune ailleurs? Bien sûr, je comprends la motivation économique. Mais, c’est la proportion qui m’étonne. Même si les chiffres sont à prendre avec beaucoup de prudence, Wikipedia indique que la diaspora portugaise dans le Monde s’élèverait à 82 millions de personnes pour 10 millions d’habitants au Portugal. Il me semble qu’il existe chez les portugais une propension et une capacité à émigrer qui n’existe pas dans la plupart des autres pays. C’est une force indéniable et cela révèle une grande capacité d’adaptation. Il me semble que c’est une immigration qui procède d’une démarche collective. Elle est possible car il existe des liens forts entre les individus d’une même famille, d’un même village, d’une même région, qui me semblent bien supérieurs à ceux qui peuvent exister en France. Il n’est pas aisé de décider de tout abandonner chez soi pour aller s’installer dans un pays dont on ne parle pas la langue. Mais si dans ce pays, il existe une communauté de compatriotes disponibles pour vous accueillir et vous aider à vous installer, les choses sont plus aisées. C’est ainsi que se fait l’émigration des portugais. Ils partent dans un pays où ils vont retrouver des personnes qu’ils connaissent. Et ensuite, eux-mêmes constitueront un pôle d’attractivité pour la famille ou les amis restés au pays.

La plupart des portugais quittent leur pays pour des raisons économiques et avec l’idée de revenir un jour. Cette situation d’émigré est transitoire. L’intégration, l’apprentissage de la langue, l’obtention d’une nouvelle citoyenneté ne sont pas des priorités. Ils sont éventuellement des moyens qui servent l’objectif principal qui est de se constituer une épargne pour préparer le retour. Dans ce contexte, la communauté d’expatriés est primordiale : elle est la principale source d’informations, d’aide. Elle permet également de retrouver, dans l’exil, un morceau du Portugal à travers des symboles et des marqueurs culturels forts : le drapeau, le coq, le pain, les pâtisseries, la cuisine, les jeux de carte, les chaînes de télé, les clubs de football…

La raison économique qui a amené les portugais à quitter leur pays les incite, par ailleurs, à travailler beaucoup pour maximiser l’épargne, et souvent bien au-delà des limites légales. Personnellement, je ne manque pas d’être impressionné par leur courage et leur puissance de travail.

Si l’objectif de départ est de se constituer rapidement une épargne importante pour vivre mieux ensuite au Portugal, les choses ne s’avèrent pas si simples. Les années passent, les enfants grandissent et deviennent progressivement des citoyens du pays d’accueil. Si les enfants sont arrivés très jeunes ou sont nés dans le pays d’accueil, la perspective d’un retour au Portugal peut les rebuter. Au Canada, nous avons ainsi rencontré plusieurs familles où les enfants parlent anglais avec leurs parents parce qu’ils parlent peu le portugais. La question du retour devient alors un dilemme pour les parents. Ce qui était provisoire devient progressivement une situation qui dure. Et si les enfants se marient dans le pays d’accueil et donnent des petits enfants à leurs parents, il est hautement probable que cette situation devienne définitive. Les petits-enfants deviendront de vrais citoyens du pays d’accueil et l’intégration sera ainsi réalisée.

En écrivant ces lignes, je me rends compte que je viens de raconter l’histoire des parents d’Elise et de tant d’autres portugais qui vivent en France. Finalement, ce que j’ai pu observer au Canada ressemble fortement à ce que nous connaissons en France. La seule chose qui me semble différer concerne le statut des immigrés portugais qui vivent au Canada. Beaucoup sont en situation irrégulière. Ils travaillent, consomment, achètent des maisons, leurs enfants vont à l’école… Et pourtant ils ne sont pas en règle sur le plan administratif. Le Canada semble fermer les yeux sur cette situation puisque ces personnes ne sont pas inquiétées par les autorités canadiennes. En revanche, si elles sortent du pays, par exemple pour des vacances au Portugal, elles courent le risque de ne plus pouvoir entrer. Ces portugais sont un peu comme prisonniers au Canada et ressentent encore plus fortement le besoin de se retrouver dans la communauté.

Si certains portugais regrettent d’avoir fait le choix de partir pour le Canada, nous en avons rencontré beaucoup qui étaient très heureux de cette nouvelle vie.

 

Un commentaire sur « La communauté portugaise de Toronto »

  1. Je comprends bien tout ce que tu dis, Philippe, évidemment, sur les motivations et les raisons qui font que les personnes de la même culture, portugais ou pas, se rassemblent. Cela vaut aussi en partie pour les expatriés français, d’ailleurs.
    Ce que je voulais dire, c’est que cela convient parfaitement au modèle communautariste anglo-saxon et ce modèle, je l’exècre sans aucune modestie. Notre système républicain d’intégration est le meilleur qui soit. Et d’ailleurs les portugais vivant en France l’ont parfaitement compris. Il faut faire une différence entre intégration et assimilation.
    Il m’est difficile de développer mes idées dans le cadre de ce blog. Mais en tous cas, pour conclure ce commentaire, je maintiens qu’il est important en France actuellement de construire du commun et de lutter contre ce modèle anglo-saxon qu’on voudrait nous imposer, notamment sur le plan religieux.

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