Temple taoïste Guan Di

Ce temple, plus récent est dédié à l’empereur Guan Di ou Guan Yu (époque de la dynastie Han), seigneur de la guerre, divinisé après sa mort. Nous avons assisté au même rituel qu’au temple Sin Sze Si Ya. Mais le temple, plus grand, plus lumineux, plus moderne ne dégageait pas le même charme. En revanche, la statuaire était beaucoup plus importante dans ce temple.

 

Temple taoïste Sin Sze Si Ya

Sin Sze Si Ya est le plus ancien temple taoïste de Kuala Lumpur. Il a été inauguré en 1864. Nous avons eu un peu de mal à le trouver car il est situé dans une petite rue et rien ne le signalait. Lorsque nous pénétrâmes, nous étions les seuls occidentaux, hormis une autre femme qui prenait des photos. Des dizaines de personnes entraient et sortaient du temple. A l’intérieur une intense activité animait les fidèles qui achetaient des fruits, des fleurs, des boissons pour les porter en offrande. Des personnes allumaient de longues et fines bougies ou baguettes. De la fumée flottait dans l’air. Certains priaient. D’autres sonnaient le gong. D’autres encore discutaient ou mangeaient. Il régnait dans ce lieu, une atmosphère énigmatique. Chacun semblait connaître les gestes qu’il devait accomplir. En franchissant le seuil, nous entrâmes en un lieu magique, hors du temps. Je pense que le cérémonial empli de ferveur et de vie auquel nous assistâmes était associé à la proximité du Nouvel An chinois.

Nous étions étrangers dans ce lieu, mais je n’ai pas ressenti de regards inquisiteurs. Les personnes présentes accomplissaient leur rituel avec concentration sans même sembler nous voir. Les personnes qui avaient achevé le leur et qui discutaient, nous virent à peine. Il y avait du respect dans mes gestes et mes attitudes. J’avais le sourire aux lèvres et le regard brillant de fascination. Il y avait de la discrétion et de la sérénité dans leur accueil. Les quelques regards que je croisai furent bienveillants et répondirent à mes sourires. J’ai pris quelques photos. Ce n’était pas facile car le lieu était exigu, je ne voulais pas gêner et mes 3 femmes attendaient. Les 3 clichés ci-dessous donnent une petite idée de l’atmosphère envoûtante des lieux.

 

Taoïsme (道教)

A Kuala Lumpur, nous avons visité deux petits temples taoïstes dans le quartier chinois. Avant de vous donner mes impressions et de vous montrer les photos, il me semblait opportun d’écrire quelques lignes sur le sujet. Je connaissais très peu de choses sur le taoïsme avant notre séjour. L’article de Wikipedia est très riche et érudit. Il s’appuie sur des références nombreuses. En faire une synthèse m’a semblé trop complexe. Aussi, je me suis contenté de reprendre quelques éléments qui me semblaient des repères intéressants. Une fois n’est pas coutume, certains passages sont repris mot pour mot. Naturellement, ils sont indiqués entre guillemets. Si parmi les lecteurs du blog, il existe des connaisseurs du taoïsme, je les invite à enrichir le blog de leurs commentaires.

 

Philosophie et religion

Le taoïsme est à la fois une philosophie et une religion, qui puise ses racines dans la Chine ancestrale et qui apporte entre autres :

  • une mystique quiétiste
  • une éthique libertaire
  • un sens des équilibres yin yang
  • un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art

Le Tao (道) 

Etymologiquement, Taoïsme signifie « enseignement de la voie ». « Le tao est la « Mère du monde », le principe qui engendre tout ce qui existe, la force fondamentale qui coule en toutes choses de l’univers. C’est l’essence même de la réalité et par nature ineffable et indescriptible. Il est représenté par le taìjítú, symbole représentant l’unité au-delà de la dualité yin-yang. »

« Le Yin, représenté en noir, évoque entre autres, le principe féminin, la lune, l’obscurité, la fraîcheur, la réceptivité, etc. Le Yang quant à lui (laissant apparaître le fond blanc), représente entre autres le principe masculin, le soleil, la luminosité, la chaleur, l’élan, etc. »

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taìjítú

 

Suivre la Voie

« La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l’harmonie. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur et son esprit (…) dans la Voie (le Tao), c’est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l’homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Prônant une sorte de quiétisme naturaliste (…), le taoïsme est un idéal d’insouciance, de spontanéité, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques. (…)

Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition entre d’une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l’améliorer (les confucianistes) et, d’autre part, ceux qui considèrent qu’il est impossible et dangereux d’améliorer la société, qui n’est qu’un cadre artificiel empêchant le naturel de s’exprimer (les taoïstes), une dialectique peut-être analogue à la question de l’engagement de l’intellectuel. Zhuangzi a des images frappantes : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L’inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l’occupant d’une barque se fera insulter copieusement s’il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n’avoir pas d’idées préconçues et le moins d’opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c’est-à-dire : librement « s’ébattre dans la Voie ». »

 

La quête d’immortalité

« La quête d’immortalité est un principe organisateur des multiples pratiques du taoïsme. »

 

Histoire

Il est difficile de dater les débuts du taoïsme ou d’en raconter son histoire, tant ce terme regroupe des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, sur 2.500 ans d’histoire. Toutefois, il existe des textes fondateurs auxquels le mouvement se réfère. En particulier, le texte Tao Tö King (Livre de la Voie et de la Vertu) de Lao Tseu (VIème-Vème siècle avant JC), contemporain de Confucius et considéré a posteriori comme le père fondateur du taoïsme.

Le taoïsme situe un âge d’or avant l’histoire, avant les empereurs, imaginant une société paysanne heureuse sans ordre politique. Le plus ancien empereur auquel le mouvement se réfère, dont l’existence est d’ailleurs incertaine, est Huángdì (-2697~-2598), ce qui situe cet âge d’or. Outre la référence à cet empereur, 4 éléments importants du taoïsme apparaissent entre 1500 et 500 avant JC : le chamanisme, les sinogrammes, la dualité yin-yang, les immortels (仙).

Entre 400 et 1800, confucianisme, bouddhisme et taoïsme s’influencent mutuellement.

De tous temps, les écoles taoïstes ont été considérées comme des lieux idéaux pour développer des mouvements d’opposition. Dès le XIXème siècle, les taoïstes sont victimes de répression. Celle-ci s’intensifie à partir de 1919. « En 1920, une loi, peu appliquée il est vrai, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l’usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples consacrés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés. »

A partir de 1948, les temples et monastères taoïstes furent victimes de destructions occasionnées par les communistes de Mao qui atteignirent leur paroxysme durant la révolution culturelle (1966), certains taoïstes trouvant refuge à Taïwan.

C’est en 1979 sous Deng Xiaoping que le taoïsme reprit une certaine activité en Chine. Certains temples furent rouverts et des associations taoïstes virent le jour avec l’aide d’anciens maîtres. Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et des ordinations reprirent en 1989. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. En novembre 1992 eut lieu la première visite officielle en Chine d’une délégation de l’Association générale des taoïstes de Taiwan. »